1° conférence sur l’encyclique de Benoît XVI : « Dieu est amour ». Il m’a été demandé de le faire paraître sur Internet, ce que j’ai fait volontiers. Cependant ce premier commentaire est un résumé de mon intervention. Notez qu’il y a des mots grecs difficiles à écrire en français, notamment le mot «agapè », qui doit se prononcer avec l’accent grave sur la dernière lettre(même s’il est écrit en majuscule.)
2. Dans sa première encyclique, le Pape Benoît XVI a voulu orienter les esprits et les cœurs sur le caractère central de l’amour dans la foi chrétienne. « Même si, dit-il, le thème de cette encyclique se concentre sur le problème de la compréhension et de la pratique de l’amour dans la Sainte Ecriture et dans la Tradition de l’Eglise, nous ne pouvons pas simplement faire abstraction du sens que possède ce mot dans les différentes cultures ».
« Rappelons en premier lieu le vaste champ sémantique du mot amour. On parle d’amour de la patrie, d’amour pour son métier, d’amour entre amis, d’amour du travail, d’amour entre parents et enfants, entre frères et entre proches, d’amour pour le prochain et d’amour de Dieu.
Cependant, dans toute cette diversité de sens, l’amour entre homme et femme, dans lequel le corps et l’âme concourent inséparablement et dans lequel s’épanouit pour l’être humain une promesse de bonheur qui semble irrésistible, apparaît comme l’archétype de l’amour par excellence, devant lequel s’estompent, à première vue, toutes les autres formes d’amour. »
3° La Grèce antique avait donné le nom de « EROS » à l’amour entre l’homme et la femme. On le trouve deux fois dans l’Ancien Testament, tandis que le Nouveau Testament ne l’utilise jamais. Parmi les trois mots grecs relatifs à l’amour, EROS, PHILIA (amour amitié) et AGAPE, les écrits du nouveau testament emploient plutôt « agapè ». Quant au mot « PHILIA », il est utilisé dans l’Evangile de Jean notamment pour exprimer le rapport d’amitié entre Jésus et ses disciples. La mise de côté du mot EROS, et le fait que la nouvelle vision de l’amour s’exprime dans le mot AGAPE cela dénote quelque chose d’essentiel dans la nouveauté du Christianisme.
EROS (qui a donné érotisme) concerne le corps. Il y a eu toujours une tendance à exalter le corps. Mais la façon d’exalter le corps à laquelle nous assistons plus particulièrement aujourd’hui est trompeuse. « L’EROS rabaissé simplement au « sexe » devient une marchandise, une simple chose que l’on peut acheter et vendre ; plus encore, l’homme devient une marchandise. Nous nous trouvons devant une dégradation du corps humain qui n’est plus l’expression vivante de la totalité de notre être, mais qui se trouve cantonné au domaine purement biologique ».
La foi biblique ne construit pas un monde parallèle ou un monde opposé au phénomène humain originaire qui est l’amour, mais elle accepte tout l’homme, intervenant dans sa recherche d’amour pour la purifier. Cette nouveauté de la foi biblique se manifeste surtout en deux points qui méritent d’être soulignés : l’image de Dieu et l’image de l’homme.
9. La nouveauté de la foi biblique.
La première nouveauté de la foi biblique consiste dans la révélation d’un Dieu unique. « Ecoute Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique » (Dt.6,4) . Non seulement il est Unique, mais encore il l’unique créateur du ciel et de la terre, et aussi le Dieu de tous les hommes. Cela veut dire que tous les autres, supposés des dieux, ne sont pas effectivement Dieu et que toute la réalité dans laquelle nous vivons remonte par conséquent à Dieu. Cela signifie encore que sa création lui est chère, puisqu’elle a été voulue par Lui-même. Ainsi apparaît un deux- ième élément important : ce Dieu aime l’homme. Chez les philosophes anciens, dieu est tout autre. Non seulement il n’est pas unique, (ils sont nombreux), mais lui-même n’a besoin de rien et n’aime pas. Au contraire le Dieu unique auquel Israël croit aime personnellement. Et cet amour tellement passionnel peut même être qualifié « d’EROS », en même temps qu’il est totalement agapè. Les prophètes Osée et Ezéchiel ont décrit cette passion de Dieu pour son peuple avec des images érotiques audacieuses. Cette relation de Dieu avec son peuple est illustrée par des mots comme « fiançailles », « mariage » et par conséquent l’infidélité, l’idolâtrie est déclarée adultère, prostitution.
10.Mais l’amour de Dieu est surtout AGAPE. Non seulement parce qu’il est donné absolument gratuitement, sans aucun mérite préalable, mais encore parce qu’il est un amour qui pardonne. C’est surtout le prophète Osée qui nous montre la dimension de « l’amour-agapè » de Dieu pour l’homme, en ce sens que cela dépasse de beaucoup la simple gratuité. Israël a commis « l’adultère », c’est-à-dire qu’il a été infidèle à l’Alliance. Dieu devrait le juger et le répudier. Et bien non ! « Comment t’abandonnerais-je Ephraïm, te livrerais-je Israël ? Mon cœur se retourne contre moi, et le regret me consume. Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère. Je ne détruirai pas Israël, car je suis Dieu et non pas homme : au milieu de vous, je suis le Dieu saint. » Os 11, 8-9.. L’amour passionné de Dieu pour son peuple résiste à la rupture (au divorce pourrait dire). Il est si grand qu’il retourne de Dieu contre lui-même.
11. La première nouveauté de la foi biblique consiste, comme nous l’avons vu, dans l’image de Dieu ; la deuxième, qui lui est essentiellement liée, nous la trouvons dans l’image de l’homme. D’abord, dans le livre de la Genèse , le récit de la création nous parle de la solitude de l’homme. Dieu lui donne une aide en la personne d’Eve. « Voici, dit Adam, l’os de mes os, et la chair de ma chair. ».C’est-à-dire : celle qui m’est semblable. Chez les philosophes anciens, on avait aussi une conception de la création de l’homme. Selon Platon, l’homme avait été crée sphérique (comme une boule) parce que complet en lui-même. Mais pour le punir de son orgueil ZEUS (le dieu de la mythologie grecque) le coupe en deux, de sorte que sa moitié est toujours à la recherche de son autre moitié, afin de retrouver son intégrité. Dans le langage populaire, les gens ne disent-ils pas « qu’un tel ou une telle est à la recherche son autre moitié ? » Mais dans le récit biblique on ne parle pas de punition. Pourtant l’idée de l’homme incomplet est une idée qui est sous jacente au récit biblique, car il ne deviendra « complet » c’est-à-dire « communion » qu’avec l’autre sexe. « A cause de cela l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un » (Gn.2, 24). L’Eros est comme enraciné dans la nature de l’homme : Adam est en recherche et il quitte son père et sa mère pour trouver sa femme. C’est seulement ensemble qu’ils représentent la totalité de l’humanité, qu’ils deviennent une seule chair.
12 La véritable nouveauté du Nouveau Testament ne consiste pas en des idées nouvelles, mais dans la figure même du Christ. Jésus est l’amour incarné de Dieu. Par Jésus-Christ nous ne découvrons pas seulement des paroles, mais l’explication de l’être même de Dieu et de son agir. « Quand Jésus, par ex. dans ses paraboles, parle du Pasteur qui va à la recherche de la brebis perdue, de la femme qui cherche la drachme, du père qui va au-devant du fils prodigue et qui l’embrasse, il ne s’agit pas seulement de paroles, mais de l’explication de l’agir de Dieu ». Et dans sa mort sur la croix, par le fait qu’il a été percé au coeur par la lance du soldat, il se donne, il s’offre tout entier pour relever l’homme et le sauver : tel l’amour dans sa forme la plus radicale.
13. A cet acte d’offrande, Jésus a donné une présence durable par l’institution de l’Eucharistie. L’image du mariage entre Dieu et Israël devient réalité d’une façon proprement inconcevable : Par la participation à l’offrande de Jésus, participation à son corps et à son sang, cette réalité devient union.
14. Enfin il faut faire attention à cette chose : l’union au Christ par la communion sacramentelle est en même temps union avec tous ceux auxquels Jésus se donne. Le sacrement a un caractère social. « Nous formons un même corps (chantons-nous), nous qui avons part au même Pain et Jésus-Christ est la tête de ce Corps : l’Eglise du Seigneur. » La communion me tire hors de moi-même vers Lui et, en même temps, vers l’unité avec tous les chrétiens. Tel le mystère de l’Eucharistie. « Il est grand le Mystère de la Foi ! » A partir de là, on comprend comment AGAPE est devenue aussi un nom de l’Eucharistie.