C’est le journaliste Paul Bourdarie, qui eut l’initiative de créer une société savante spécialisée dans les problèmes de l’outre-mer, l’Académie des Sciences Coloniales, devenue le 7 juin 1957 l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, dont il fut le premier Secrétaire perpétuel.
La formation de l’Académie a pour origine une série de réunions qui eurent lieu au cours de l’année 1922 et au début de l’année 1923. En février 1922, Paul Bourdarie accompagné de Maurice Delafosse, africaniste bien connu, et d’Alfred Martineau, professeur au Collège de France, remit à Albert Lebrun, sénateurs et ancien ministre des colonies, une note expliquant la nécessité d’une académie. Celui-ci ayant donné son accord, des réunions préparatoires se succédèrent, puis le 8 juillet, au siège de l’Alliance Française, 101, boulevard Raspail, se tint la réunion décisive dont l’ordre du jour portait : "Fondation de l’Académie des Sciences Coloniales ; lecture et discussion des projets de statuts et du règlement intérieur et, éventuellement, du bureau".
Les 38 personnalités présentes ou excusées furent considérées comme étant les pères de l’Académie. Le bureau fut constitué de Gabriel Hanotaux, président, et de Paul Doumer, Louis Archinard, Ernest Roume, et Auguste Pavie, vice-présidents représentant respectivement le Parlement, l’Armée coloniale, l’Administration et les explorateurs. Le titre de président fondateur fut attribué à Albert Lebrun.
La séance solennelle d’ouverture de l’Académie eut lieu le 18 mai 1923 à la Sorbonne sous la présidence d’Albert Sarraut, ministre des colonies. C’est là que Paul Bourdarie, Secrétaire perpétuel, lança les quatre verbes : savoir, comprendre, respecter, aimer, qui deviendront la devise de l’Académie. Gabriel Hanotaux, Président de l’Académie, membre de l’Académie Française, exalta le rôle que devait jouer ce nouveau laboratoire intellectuel, cet institut d’idées.
Parmi les membres fondateurs, on compte : trois futurs présidents de la République, Albert Lebrun, Gaston Doumergue et Paul Doumer, Paul Bourdarie, Augustin Bernard, Maurice Delafosse, le général Charles Mangin, Lucien Hubert, Président de l’Association des anciens élèves de l’Ecole Coloniale, Alfred Martineau, le maréchal Lyautey, Pierre Mille…
Parmi les membres qui ont illustré l’Académie on peut citer, outre les trois Présidents de la République, Gaston Doumergue, Paul Doumer et Albert Lebrun, les Présidents du Conseil, Albert Sarraut, Edgar Faure, René Pleven et Pierre Messmer, les ministres Jean-Jacques Juglas, Gratien Candace, Louis Marin, Georges Leygues, Henri Lemery, Marcel Naegelen, Jean Berthoin, Leo Hamon, Jacques Soustelle, Jean Letourneau, Paul Devinat, Robert Lemaignen, les maréchaux de France Joseph Joffre, Franchet d’Espérey, Hubert Lyautey, Alphonse Juin, Leclerc de Hautecloque, les généraux Henri Gouraud, Emile Marchand, Edgard de Trentinian, Maxime Weygand, les médecins Yersin, Girard, Robic, Jamot ; les explorateurs Binger, Auguste Pavie, les membres de l’Académie française Gabriel Hanotaux, André Chevrillon, Jérome Tharaud, l’amiral Lacaze, le général Weygand, le maréchal Juin, les gouverneurs généraux Jules Brévié, Robert Delavignette, Oswald Durand, Reste de Roca, Léon Pignon, Robert Bargues.
Il faut nommer encore plusieurs chefs d’Etats : les rois Albert Ier et Léopold III de Belgique, et le Président de la République de Côte d’Ivoire, Houphouët Boigny et l’empereur Bao Daï.
Aujourd’hui l’Académie s’honore de la présence du chancelier honoraire de l’Institut de France, Pierre Messmer, de deux Secrétaires perpétuels de l’Institut de France Jean Leclant (Inscriptions et Belles Lettres), Arnaud d’Hauterives (Beaux Arts), de membres de cet Institut : Alain Decaux et Léopold Sedar Senghor de l’Académie Française, Jean Favier de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Yves Coppens, Jean Dorst, Théodore Monod de l’Académie des Sciences et Xavier Deniau de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, d’éminentes personnalités telles que les anciens présidents de la République du Sénégal, du Liban et du Portugal et du Dahomey, Léopold Sedar Senghor, Abdou Diouf, Charles Hélou, Mario Soarès et Emile Derlin Zinsou ; le président de la République du Burkina Faso, Blaise Campaoré et les anciens ministres Jacques Augarde, Yvon Bourges, Alain Decaux, Xavier Deniau, Yves Guena (actuellement président du Conseil constitutionnel), Jean Pierre Soisson et le professeur François Luchaire ancien membre du Conseil constitutionnel.
Un décret 72-10-38 du 16 novembre 1972 porte refonte des statuts et approbation du règlement intérieur de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer. Il est complété par un décret n° 82-593 du 6 juillet 1982. Ces textes sont reproduits et modifiés par le décret du 29 mai 2000 n°2000 472.
L’Académie possède près de 70 000 ouvrages, 3 000 périodiques dont 500 vivants, un millier de manuscrits et environ 10 000 brochures et tirés à part. Elle est devenue, depuis le départ vers Aix en Provence des archives d’outre-mer entreposées jusque là rue Oudinot à Paris au ministère des DOM TOM, le principal pôle de référence en région parisienne pour l’outre-mer français passé et actuel ; ses collections sur l’Afrique, Madagascar, l’Indochine et le Pacifique sont particulièrement riches. Certains pays, anciennes colonies et territoires d’outre-mer devenus des Etats souverains peuvent y trouver l’empreinte de leur mémoire.
L’informatisation de la bibliothèque est réalisée. En 2005, l’intégration au SUDOC (Système Universitaire de Documentation) a été réalisée.
La bibliothèque est alimentée essentiellement par les achats importants de livres effectués grâce aux subventions de l’Administration, ainsi que par les services de presse et par des dons et legs plus ou moins conséquents. Tout cela représente une entrée de 1 500 livres par an. Ajoutons que par la revue Mondes et Cultures, les échanges entre les bibliothèques et les institutions analogues ont été très fortement développés.
Les programmes de reliure sont poursuivis dans le cadre de la conservation des ouvrages.
La bibliothèque, ouverte au public, est fréquentée, en dehors des académiciens et des membres de la Société des amis, par des professeurs des Universités, des chercheurs, des doctorants et étudiants du 3ème cycle, des fonctionnaires, des personnes du secteur privé, des journalistes, des écrivains et des étudiants de toutes origines.
On ne saurait trop insister sur l’importance que revêt la possession d’une telle bibliothèque. Rares sont les académies qui bénéficient d’un pareil avantage. C’est à la fois un instrument de travail à portée de main pour les académiciens et une source d’information unique au monde pour tous ceux qui s’intéressent à l’outre-mer français.
La documentation ne se limite plus aux pays francophones, mais s’étend de plus en plus aux pays du Sud.