Faites moi penser à vous le décrire… en même temps nous évoquerons les bruits de mon enfance…
Oui !soudain ce soir là dans les hauteurs de Montebello pas loin de la maison familiale… un bruit de crécelle… à peine perceptible au début puis beaucoup plus violent pour devenir enfin assourdissant… Surprise des uns… dont moi… explications des autres… ce sont nos nouvelles cigales… grosses comme le pouce… d’où viennent-elles ? du laboratoire de l’INRA voisin… échappées pendant un cyclone… et depuis lors elles se répendent en Guadeloupe… du Nord au Sud de l’EST à l’Ouest…
Pourquoi ces expériences ?
Celà ressemble à un autre phénomène… l’importation des tourterelles dites turquent qui colonisent elles aussi le département… Et dire qu’en 1956, le vétérinaire en chef du Département avait donné l’ordre d’égorger quelques tourterelles de Saint-Martin que l’Association des Chasseurs de la Guadeloupe avait fait venir par bateau…
La différence entre ces deux tourterelles est énorme… pas le même roucoulement pas le même plumage, pas le même bruit au décollage, pas la même démarche et surtout pas le même goût… La tourterelle de Guadeloupe ou de Saint-Martin est si belle… Je me souviens que ma Maman les élevait dans une grande volière… Une seule difficulté dans cet élevage la nourriture des oisillons… était-ce une difficulté ou un bon prétexte pour nous faire prendre ces petites boules tiède dans nos doigts d’enfant pour les nourrire en glissant dans leur bec des morceaux de grains de maïs… et tout doucement nous leur caressions le cou pour faire descendre ces grains dans leur gosier… tout un art ensuite de leur fair boire quelques gouttes d’eau… le matin c’était de vrais concerts de roucoulement et nous arrivions même à reconnaître leurs chants.
Mais le premier bruit dont je me souviens en Guadeloupe est celui des moteurs de ces camionettes citroën à la forme carrée… un bruit de moteur quoi… mais celui-là m’est resté gravé dans le micro-sillon… plus tard j’ai collectionné quelques autres bruits… celui des batons de craie au tableau noir… crispant à vous donner la chair de poule… et le bruit particulier des 13 juillet veille du 14 juillet et aussi de vacances… le crissemnt des morceaux de verre bouteille pour raper les tables d’école et éffacer toutes nos tâches de l’année… ce bruit sentait bon la gomme de bois et le sang de nos doigts.
Plus tard… ce fut le bruit du claquement du fusil "darwning" de mon père… ce bruit s’accompagne lui de douloureux souvenir de cuisantes épines des raquettes volantes qui nous sautaient vétitablement deçus… quand ce n’étaient pas les guèpes qui nous interdisaient à leur façon l’accès aux halliers… la seule manière de soigner ces piqures de guèpes était de faire pipi et d’appliquer le liquide tiède de nos entrailles sur les peaux à vif.
Et sur mon morne depuis quelques semaines le chant un peu triste et désespéré d’un Gligli…
Gisèle Pineau parle de cet oiseau dans un de ses plus beau roman "la Grande Drive des Esprits
Un matin, je décidai d’entrer au plus profond des campagnes. Et je découvris là, ô délice de photographe en herbe ! une case plus que centenaire, agrippée comme un gligli fiévreux au flanc d’un morne vert. Fulgurant contraste ! Puissance du symbolisme ! La vie et la mort rassemblées dans un dernier combat. J’ajustai mon Rolex, réglai l’ouverture. Clic ! Clac ! je m’appropriai la vision exaltante et morbide. Au même instant, derrière mon dos, une voix de colère s’éleva soudain.
« Qui es-tu toi ? Tu as demandé la permission à quelle personne, hein ? Tu as dans l’idée d’imiter les blancs qui viennent ici pour photographier les chutes là-haut ! Tu n’as pas de famille ! D’où viens-tu ? Qui est ta manman ? »
Effrayée, manquant de trébucher, je me retournai aussitôt. C’était une vieille femme rouge aux hanches épaisses. Ses gencives portaient de noirs chicots. Sur sa tête, qui ne connaissait pas la couleur d’une peigne, des choux antiques dressaient des épingles comme des épées. Elle arborait une robe laide et toute déchirée, tachée par le lait de la banane. Elle tenait un petit coutelas et ses yeux me hachaient menu. Subitement, je ne sus pourquoi, sa colère disparut. Sa main s’ouvrit. Le coutelas atterrit à ses pieds maculés de boue. Et son visage luisant de sueur baigna dans une eau sans ride.
Jean-Claude HALLEY