La Soufrière de la Guadeloupe et deux frères en imagination !

Les Basse-Terriens racontent que si la Soufrière, « leur Grande Dame » ne leur a pas fait trop de mal, c’est parceque, nichée en son sein se trouve une très jolie statue de la vierge Marie.

La Soufrière aura tout de même fait beaucoup de mal… le récent documentaire de RFO Guadeloupe a montrer certains aspects de cette extraordinaire exode de près de 75 000 personnes… Chacun aura vécu celà à sa manière…

Un souvenir personnel : se retrouver tout seul au fond du captage de Capes Dolé pour effectuer un prélèvement d’eau afin de contrôle… accomplir tous les gestes habituels et laisser cavaler son esprit chevauchant une peur bleue… et se raconter des histoires pour conjurer cette peur… et je dialoguais idiotement avec la Grande Dame… tu ne peux pas nous faire celà ! nous nous connaissons si bien… Pas une semaine sans que je n’accompagne quelque ami pour te rendre visite… je me suis enduis le visage de ton souffre… je suis monté même de nuit pour assister avec toi au lever du soleil… un jour même t’en souviens-tu nous avions quelques jeunes décidé de rejoindre Basse-Terre et courant… surpris que ce fut aussi facile… On a même donné au punch le nom de « Magma »…

Pour la petite histoire l’institut pasteur rendait difficilement son verdict… Eau Potable… l’Usine pouvait donc recommencer à produire et nous profiter alors du marché abandonné par les eaux d’importation incapables de subvenir aux demandes métropolitaines de l’été torride de 1976… nous aurions même réussi à envoyer un Conteneur d’eau à Marseille si la Préfecture ne l’avait réquisitionné au dernier moment…

Mais le personnage qui a été absent de cette émission de télévision est incontestablement le Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Basse-Terre… dès le tout premier jour de l’évacuation il était au combat pour le retour à Basse-Terre… homérique cette partie de câche câche avec les gendarmes chargés de contrôler les laisser passer délivrés chichement par la préfecture… Ils en ont mis du temps, nos amis gendarmes, à s’apercevoir que par « CHIMIN CHIEN » on pouvait arriver à Basse-Terre… et que leurs cartes d’état major n’était pas à jour… Exemple le chemin du cimetière de Gourbeyre voyait passer bien du monde alors que la barrage des gendarmes était ailleurs sur la nationale 1… Les petits chemins de Bois-Sec du côté de Goyave ont été aussi bien utiles aux volontaires du retour…

Mais les Guadeloupéens se souviennent-ils, ont-ils même su, le prodige d’imagination déployé par la minuscule équipe de la Chambre autour du regretté Germain WILLIAM… Savent-ils que dès les premiers jours c’est le Maire de Vieux Fort l’ami Feller qui offrait un Bureau de sa Mairie pour que la CCI ne quittent pas le territoire de Basse-Terre. Gérard et Germain son Secrétaire (modestement il n’avait pas accepter le titre de Directeur), avaient refusé le confortable asile de la CCI de Pointe-à-Pitre pour un petit coin tout près de leur ville.

Et cette étonnante histoire des faux vrais laissers passers qui ont permis, au grand damne de la préfecture, de laisser entrer dans la ville ceux qui voulaient qu’elle renaisse au plus vite… Et le Préfet Aurousseau qui fulminait de voir encore tant de monde circuler dans la ville.

Bien plus tard il a fallu toute la sympathie et la compétence du Président des Chambres de Commerce de France pour apporter des idées des solutions… par exemple : une opération qui donne aujourd’hui la très prospère zone artisanale de Baillif. Après le cyclone Hugo, le Président Mitterand avait dit quelque chose comme « Foin de procédures » et l’on avait vu s’installer des délivrances foraines de permis de construire… Gérard n’était pas dans l’illégalité, Germain ne l’eusse pas toléré… il était dans l’imagination pour trouver des solutions fiscalo-financières à la sauvegarde d’une belle région… Sont venus alors une miriade d’initiaves qui aura donné un peu de regain à cette ville de Basse-Terre portée pour morte. Rivière sens, les services banquaires de la Poste, l’école de pêche…

Encore une dernière annecdote ! la CCI de Basse-Terre juste avant la soufrière s’était abonnée à l’Argus de la Presse pour le mot Basse-Terre… quelques semaines après les évènement elle recevait des caisses entières de coupures de presse de la planète entière… on mesurait alors l’impact exeptionnel de cette éruption pour la Guadeloupe… Loin de moi l’idée d’organiser une Soufrière bis, mais je ne sais toujours pas si la facture de l’Argus a été honorée.

Salut Germain… un de ces jours prochains nous t’offrirons l’hommage que tu mérites pour ton courage et ton oeuvre littéraire « défense et illustration de la langue créole ». Nous n’oublions pas ce chef d’oeuvre parmi les chef d’oeuvres qu’est « La Veillée Boucoussou » ; nous n’oublions pas non plus tes conférences magistrales « I Ja Ka Ta » disait tu ou encore nous nous laissions charmer par « lan mô si chimin » et tes recueils de poèmes « Fou Fou Fou » ou « Aurélien a paré le saut » et enfin les bastonnades de « baille bien »…. et j’en passe.

Salut Gérard… du fond de ta retraite je sais que tu fulmines devant la coupable passivité de certains de tes concitoyens et leur si peu de mémoire… ils mériteraient bien de passer un petit quart d’heure avec « Baille bien »ces enfants gatés du festin gratuit

Les vrais Basse-Terriens et quelques autres d’adoption savent ce que Basse-Terre te doit… et j’oublais la première et d’ailleurs seule foire Antilles Guyane de ces années de courage et d’abnégation.

Mais pour la soufrière, la parôle est plus sérieusement aux scientifiques par exemple le Dr. François Beauducel, Directeur et Responsable Scientifique de l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de Guadeloupe, lorsqu’il parle de confiance.

Mais indépendamment des aspects techniques, il faut aussi établir une profonde relation de confiance entre la population, les scientifiques et les autorités qui prendront les décisions, car même si la Science et les méthodes de surveillance ont radicalement évolué en 30 ans, l’histoire de la volcanologie démontre que pour sauvegarder les vies, il faut savoir accepter une évacuation par précaution, que certains qualifieront pourtant (et à tort) d’inutile. Et ceci ne pourra se faire que s’il y a une parfaite compréhension des risques potentiels par tous les acteurs de la crise (et en matière de risques majeurs, la population est inévitablement actrice elle aussi). Après les deux erreurs meurtrières de 1902 et 1985 (54.000 vies perdues au total), il semble totalement déraisonnable de risquer d’autres vies sur base de quelques hypothèses peu fiables ou trop audacieuses. En revanche, il paraît clair que pour affiner le diagnostic et de moins en moins « se tromper » à l’avenir, il faut avancer plus loin dans la connaissance des phénomènes volcaniques, et dans la fiabilité des instruments de surveillance. C’est bien dans cette direction que se concentrent tous les efforts des scientifiques.

Mon ami Michel Feuillard ne m’en voudra pas de révéler ici cette petite anecdote : nous étions tous les deux administrateurs de la Caisse d’Epargne de Basse-Terre et ce soir là, à la fin du Conseil, il nous disait, mais sous le sceau du confidentiel, que la Soufrière l’inquiétait depuis quelques jours… Celà se passait en fin 1975… quelques jours plus tard la ville bruissait de toutes les rumeurs… j’avoue que chez-moi, je n’avais pas pu garder le secret…

Voilà !je vous ai livré un petit morceau de Ma Soufrière !

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