La complainte des Taxons !

La complainte des Taxons ! 

Tribune libre de Jean-Claude HALLEY,
Expert près la Cour d’Appel de Basse-Terre
Président d’Honneur de la Compagnie.
  Le mot « Taxonomie » a donc été prononcé à l’occasion de la publication par la Chancellerie de la nouvelle nomenclature des Experts Judiciaires. Devant la curiosité manifestée pour ce terme, je me suis permis cette tribune libre qui comporte cinq parties : §         La Taxonomie science de la classification des êtres vivants.

§         La nécessaire Taxonomie Expertale.

§         L’inquiétude des Taxons.

§         La découverte des outils de gestion de la Taxonomie Expertale des Compagnie d’Experts.§         Une conclusion.

I – La Taxonomie

Voici ce qu’en disent les spécialistes : La Taxonomie est la science des lois de la classification des êtres vivants. Elle indique la procédure de leur description comparée, fournit les moyens de les identifier, offre des critères de classement. La taxonomie, est de ce fait la science de l’analyse, de la description, de la classification et de la catégorisation des différents contenus. C’est l’étude théorique de la classification, de ses bases, de ses principes, des méthodes et des règles. La Taxonomie de la classification biologique La taxonomie est une discipline de synthèse. Elle est en constante évolution. Le but ultime est de mettre au point une classification naturelle des espèces pour dégager les entités évolutives, en tenant compte des rapports existant entre elles et de leur degré de complexité. Des bouleversements interviennent périodiquement dans la dénomination et l’ordre des groupes taxonomiques ou taxons.L’espèce est définie comme un ensemble de populations dont les individus se ressemblent plus entre eux (aspects physionomiques, structuraux, physiologiques, biochimiques) qu’ils ne ressemblent aux autres ; ils sont interféconds. Au sein d’une même espèce plusieurs populations peuvent présenter des identités plus ou moins marquées. Lorsque ces populations sont géographiquement isolées, et bien adaptées à leur habitat local par des formes différentes, on leur attribue le rang de sous-espèce. Si elles évoluent au point de perdre la faculté de se croiser entre elles, elles deviennent de nouvelles espèces. Des variations peuvent également apparaître, tout en étant moins importantes, et sans contrarier l’interfécondité potentielle. On leur donne le nom de variétés. Les affinités entre espèces sont soulignées par les unités supra spécifiques. Les espèces sont regroupées en Genres, les genres en Familles, les familles en Ordres, les ordres en Classes.

II – La nécessaire taxonomie expertale :

À l’origine, la «taxonomie» ne s’intéressait qu’à la classification biologique ; aujourd’hui, son utilisation s’étend aux sciences de l’information et l’Expertise Judiciaire, quintessence des sciences et techniques au service de la justice, ne peut échapper à la taxonomie.Les questions que l’on peut se poser à propos de la taxonomie expertale sont alors les suivantes :

·        Pourquoi utiliser cette science ?

·        Que représente vraiment la taxonomie expertale ?

·        Les Cours d’Appel ont-elles besoin d’une telle classification ?

Pourquoi utiliser cette science ?

La réponse devrait venir des acteurs concernés. Nous ne pouvons prétendre répondre en leurs lieux et places, mais nous soupçonnons quelque peu leurs besoins :

·        Les Cours d’Appel souhaitent à l’évidence être plus efficaces dans le management des listes des Experts, pour les adapter aux attentes légitimes et réelles des différentes Instances.

·        Les Magistrats, aimeraient bien se voir faciliter la tâche dans le choix toujours délicat du technicien « Ad Hoc » pouvant correspondre le mieux au type de technologie apparaissant dans telle ou telle procédure.

·        Les Avocats, apprécieraient de disposer d’un thésaurus leur permettant de mieux conseiller leurs clients.

·        Les Experts devrait pouvoir analyser leur savoir en termes taxonomiques pour solliciter judicieusement leur affectation dans la bonne « case », corréler ainsi leurs compétences aux besoins de la justice, et compléter éventuellement cette technicité par l’appel à des sapiteurs dans des rubriques voisines.

·        Les Justiciables enfin, Particuliers, Entreprises, Institutions, Professionnels, seraient rassurés de constater que la liste des Experts Judiciaires est le reflet des activités du pays. 

Que représente vraiment la taxonomie Expertale ? La taxonomie expertale est à l’image des autres sciences et techniques ; elle ne peut se limiter à la simple lecture d’une liste aussi parfaite soi-elle. Elle doit donc être :  

§         une discipline de synthèse,

§         une science en constante évolution, suivant ainsi l’évolution toute aussi constante des techniques,

§         une base essentielle de dialogue entre les différents partenaires dans le but de mettre au point une classification des Experts Judiciaires dégageant entre autres, de vraies possibilités de choix.

Les Cours d’Appel on-elles besoin d’une telle classification ?La réponse est incontestablement Oui ! Il semble en effet impossible de revenir en arrière, c’est à dire à l’ancienne nomenclature, tant cette nouvelle classification offre de si étonnantes possibilités à tous et à chacun :

§         A l’Expert postulant à une primo-inscription sur la liste, ou sollicitant une nouvelle imputation qui pourra choisir en connaissance de cause.

§         Au Personnel des greffes traitant de cette demande au niveau des différentes Instances et qui se verront faciliter la tâche.

§         Aux Membres de l’Assemblée Générale des Cours d’Appel délibérant sur l’évolution annuelle de la liste, qui se découvriront plus efficaces dans leur choix, d’inscrire ou de radier.

§         Au Greffe chargé de l’élaboration matérielle de la liste, qui gagnera en rapidité.

Les besoins des Magistrats, Avocats et Justiciables exprimés ci-dessus seraient à l’évidence satisfaits.La réponse est aussi Oui pour le motif suivant : il s’agit bien de suivre l’évolution technologique de notre société. 80 % des métiers de nos petits enfants (2 générations) ne sont pas connus aujourd’hui. Seule cette taxonomie peut permettre à la justice de suivre sinon de précéder cette évolution. Nous sommes témoins que depuis 20 ans la liste des Experts des Cours d’Appel évolue.  La maîtrise de son évolution future ne peut s’envisager que dans ce cadre nouveau.

III – L’inquiétude des Experts

Incontestablement les Experts s’inquiètent de cette approche nouvelle.

Prenons un petit exemple dans un domaine qui existe bien dans la liste proposée par la Chancellerie : H.01.03 Langue française et dialectes : le créole y trouverait logiquement sa place. Sauf que ce ne semble pas si simple que cela. Avec l’aide d’une éminente linguiste donc forcément férue de taxonomie, voici l’analyse que l’on pourrait faire pour tenter de « classer cette langue » :

En linguistique, la taxonomie, à divers niveaux, comme dans toute science, est indispensable.  Les créolistes européens sont dans l’ensemble très attachés à la notion de « langues néo-romanes » pour les créoles… mais ce n’est effectivement pas politiquement correct ! Bien sûr, sur d’autres bases taxinomiques, on peut considérer les créoles (certains : ceux des DOM) comme « langues régionales » françaises, mais cela suppose alors une classification de type politique (en définissant la notion de langue régionale, qui n’est bien sûr pas claire, et pas complètement définie, car la législation, nouvelle, n’est pas encore au point). La difficulté, c’est que d’autres créoles (mauricien, haïtien…) sont beaucoup plus difficilement « langues régionales » françaises ; alors qu’en fait-on dans une taxinomie qui se veut complète ?
Pour les langues, souvent on les classe par « type » (cf. notion de typologie), et il existe de nombreuses bases de classement. C’est aussi d’ailleurs un domaine propre de la linguistique (et de la créolistique, de plus en plus). La typologie (classement des langues sur des critères par exemple de structure du mot…) n’est de ce fait pas nécessairement en lien avec l’étymologie : des langues de même origine peuvent ne pas se ressembler, et peuvent se ressembler des langues qui n’ont pas d’origine commune (ainsi le français, par certains aspects ressemblent au chinois : langue de type isolant, ce qui n’était pas le cas du latin de type flexionnel). Le créole a perdu presque tous les traits « flexionnels » (dont certains étaient encore présents en français), et en revanche a développé des traits qui le font ressembler… aux langues finno-ougriennes (finnois, hongrois…) : c’est une langue partiellement « agglutinante »….

Si nous avons choisi cet exemple un peu en dehors des rubriques plus communément évoquées dans nos assemblées, c’est tout simplement pour pouvoir mieux dire que le même travail, la même analyse est à faire dans tous les autres domaines techniques qui s’offrent à aider la Justice. Une fois le dialogue instauré entre les différents partenaires, les choses devraient devenir plus simples !

IV – Découverte des outils de gestion de la Taxonomie Expertale.

Les Compagnies d’Experts !Comme le Monsieur Jourdain de Molière faisait, sans le savoir, de la prose, les Compagnies d’Experts auront toujours fait de la Taxonomie Expertale. Depuis toujours en effet elles se sont préoccupées des listes de leur ressort ;

·        en suscitant par exemple de nouvelles candidatures,

·        en aidant le greffe à expurger de la liste des anomalies matérielles,

·        en travaillant sur une plus grande lisibilité par exemple dans le domaine du Bâtiment à la demande souvent des Premiers Présidents,

·        en analysant et mettant en œuvre la nouvelle taxonomie proposée par la chancellerie et relayée par la Fédération Nationale (note datée du 30 juin 1999),

·        en réalisant presque automatiquement un jeu de passerelles adaptées entre l’ancienne nomenclature et la nouvelle,·        en comparant la liste de sa Cour d’Appel aux autres listes pluri ou mono disciplinaires,

·        en participant à tous les débats nationaux sur ce thème de la taxonomie moderne qui a apporté d’autres compétences, d’autres outils, d’autres moyens. Les Compagnies, et en particulier les « mono-disciplinaires » ont en fait très naturellement intégré ce nouveau domaine technique. Elles ont pour la plupart  mis en œuvre les moyens de l’analyse, de la description, de la classification, de la catégorisation des différentes technologies mises à disposition de la Justice. Elle ont, à cette occasion, touché du doigt l’inquiétude des uns et des autres : Les comptables, les architectes, les autres techniciens, les traducteurs ou interprètes, les géomètres experts…  Mais il reste encore du travail à faire. Se former, tous et chacun, aux différentes techniques permettant les études théoriques sur la classification, ses bases, ses principes, ses méthodes et ses règles. Le travail est d’importance. Il concerne notre crédibilité de technicien.

V – En guise de conclusion

Est-il vraiment besoin de conclure une telle tribune ! Ce serait faire offense au rédacteur qui se verrait reprocher de s’être mal exprimé. Ce serait faire offense  au lecteur de ne pas savoir comprendre.

Que chaque Expert, devenu un simple TAXONS, réfléchisse un peu à sa propre situation !

La Taxonomie n’est plus une utopie, c’est une nécessité… et nécessité faisant loi…  nous devons nous y contraindre, avec l’espoir de nous y retrouver.

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