Apporter aux élèves des références sociales, civiques et culturelles : c’est toute l’ambition du projet Saint-Georges à Saint-Yorre !

Qui pouvait le mieux analyser l’étonnant projet de Madame
Catherine PIZON, sinon un futur professeur ;

Voici ses commentaires à quelques semaines du spectacle des 10 et 11 mai 2007 prochains à SAINT-YORRE :

A ) Description du projet

Qui est le Chevalier de Saint-Georges? Pourquoi avoir choisi de consacrer une année entière de la vie de l’établissement à ce personnage?

Joseph Bologne Chevalier de Saint-Georges est né le 25 décembre 1745 à Baillif en Guadeloupe Il est le fils d’une mère esclave et d’un père planteur. Durant les premières années de sa vie il est confronté à la condition d’esclave, toutefois le jeune Joseph Bologne démontre rapidement des talents exceptionnels pour l’escrime et fait la preuve d’une grande sensibilité musicale. Joseph Bologne reçoit une éducation parfaite de gentilhomme, il cultive alors ses capacités et très vite il excelle dans ses deux disciplines de prédilection. Jeune homme cultivé et raffiné, il arrive en France et se fait alors remarquer dans les salons par la haute société parisienne, éprise par les Lettres et
la Philosophie. Il suscite la curiosité et la circonspection, car homme de couleur, mais pétri de talents, virtuose du violon, il remet en cause tous les à priori raciaux d’alors. Sa musique enthousiasme la France et l’Angleterre, elle relève du génie.

En véritable homme des Lumières le Chevalier de Saint-Georges est épris de Liberté et s’immisce dans les cercles philosophiques réfléchissant alors sur l’esclavage, il se noue d’amitié tout naturellement avec les anti-esclavagistes. Puis vint le temps de la Révolution, son cortège de suspicions et l’incarcération pour Saint-Georges. Enfin au crépuscule de sa vie Saint-Georges, messager des droits de l’Homme, est de ceux qui font traverser à l’Atlantique les idées de la Révolution, il rejoint Toussaint l’Ouverture lors de la révolte des esclaves de Saint-Domingue. Il s’éteint anonymement à Paris le 10juin 1799.

Le personnage du Chevalier de Saint-Georges est devenu pour tous les élèves de quatrième le fil conducteur de l’année scolaire 2006-2007. En effet l’objectif du projet est ambitieux, car il doit aboutir à la production d’une œuvre théâtrale, musicale et chorégraphique impliquant de très nombreux intervenants. Lors des deux représentations dans l’amphithéâtre de la MJC de Vichy, dont une à l’intention des personnalités officielles, soixante élèves en costume d’époque devront se produire en public, au travers d’une mise en scène élaborée et exigeante. Par ailleurs ce projet ne se limite pas au seul cadre du collège et sollicite de nombreux intervenants extérieurs. Ainsi les élèves d’autres établissements scolaires du département et d’associations locales ont été associés au projet Il faut noter la participation prévue de la classe à. horaire aménagé de musique du collège François Villon d’Yzeure, des élèves musiciens du collège des Célestins de Vichy, des chanteurs de CM2 de l’école primaire de Saint-Yorre et enfin les élèves de l’école de musique de cette même commune. A l’origine le projet se voulait même encore plus ambitieux, car il envisageait la participation de cavaliers, ainsi que d’élèves originaires d’un collège de Guadeloupe, île dont est originaire Saint-Georges,

Durant toute l’année les élèves ont préparé à raison d’une fois par semaine, avec l’aide de leurs professeurs, ces représentations. Ils se sont tout d’abord informés grâce à la réalisation de panneaux «exposition et d’exposés relatifs aux XVIIIe siècle, à l’esclavage et aux étapes successives de son abolition jusqu’au XIXème. Puis vint le temps de la préparation du spectacle proprement dit; Cet aspect du projet est de loin le plus exigeant, la préparation a demandé de la part des enfants une implication véritable. Ces derniers ont dû apprendre leur rôle, leur texte, leur place dans la mise en scène, et bien d’autres choses encore. Tout au long de l’année ils ont répétés, et ont pris conscience des enjeux portés par un tel projet.

Matériellement et humainement l’implication de tous s’est avérée indispensable depuis septembre, car ce projet poursuit des objectifs très ambitieux à la hauteur des moyens engagés.

B ) Les objectifs.

Le «projet Saint-Georges» est la vitrine d’une politique d’établissement globale visant à traiter d’une manière volontariste les difficultés socioculturelles dont est victime une part du public du collège. Ce projet, au delà de la stricte notoriété de l’établissement, doit permettre par des moyens originaux d’apporter aux élèves des références sociales, civiques et culturelles. De par l’exigence et la durée de sa préparation, ce travail doit favoriser une intériorisation durable par les élèves des valeurs qu’il transmet. Incontestablement tous en conserveront le souvenir.

Les objectifs affichés par ce projet sont de quatre ordres:

* Tout d’abord, et c’est ce qui est le plus visible, il s’agit de transmettre aux enfants des références culturelles fondamentales. Ce projet permet de démocratiser vers tous les élèves l’accès à une large gamme de disciplines du champs culturel. Souvent les enfants, dans le strict cadre familial, restent trop souvent à l’écart des grandes disciplines artistiques et de leur pratique. L’élaboration de cette pièce a donné aux élèves une occasion unique de s’essayer à la pratique théâtrale, au chant choral, à l’escrime, de s’initier à. la musique classique perçue par beaucoup comme élitiste, et de ce fait ne relevant pas de leur condition sociale propre. N’oublions pas que la promotion de l’égalité pour tous face au savoir et à la culture est une exigence première pour l’Ecole de
la République. Une des ambitions affichées par ce projet est aussi de faire découvrir aux élèves les plaisirs liés au savoir et à la culture, indispensables à l’épanouissement individuel, alors que beaucoup ignorent cette dimension.

* Il s’agit aussi de donner aux enfants des références civiques solides, puis de susciter des comportements citoyens. En la matière, les professeurs d’Histoire, de Géographie et d’Education civique ont pris toute leur place. Ces derniers ont pu entreprendre une étude poussée du XVIIIème siècle, qui a permis de mettre en relief les héritages philosophiques et moraux des «Lumières », Les enfants ont été sensibilisés aux valeurs humanistes, telles que le respect des différences, la tolérance, la lutte contre le racisme qui fondent notre République. La transmission des valeurs communes garantissant le <(vivre ensemble » a ainsi été assurée. Parallèlement les élèves ont reçu des références mémorielles communes. L’étude du commerce triangulaire a permis de sensibiliser les enfants au drame historique de la traite des noirs et de l’esclavage. Ces derniers ont pu comprendre que cette histoire nous est commune â tous, qu’elle nous impose en tant que nation héritière de valeurs, d’assumer aujourd’hui nos responsabilités au travers des commémorations et du devoir de mémoire. En échangeant avec des jeunes antillais les enfants de Saint-Yorre ont aussi pu percevoir les enjeux engendrés par la confrontation de mémoires différentes et les conflits qui en découlent. S’il ne fallait retenir qu’une chose de ce projet, c’est qu’il a permis de créer les conditions favorables à la transmission de manière explicite de ces principes essentiels, mais malheureusement très abstraits dans le cadre d’un enseignement traditionnel pour des jeunes de treize ou quatorze ans.

* Les objectifs sont aussi éducatifs. La mise en œuvre du projet sur l’ensemble de
l’année scolaire a puissamment contribué à développer l’esprit de groupe et la cohésion dans l’établissement Apprendre à travailler ensemble passe forcément par l’apprentissage du <(vivre ensemble » évoqué déjà précédemment. Les élèves ont découvert que leurs différences étaient une richesse, ils ont appris à les mutualiser au service d’un projet collectif et de l’intérêt générai. Le caractère très ambitieux du projet a créé une émulation positive et a forgé des liens solides entre les membres du groupe. Les enfants, aidés par leurs professeurs, ont appris à surmonter ensemble les difficultés, et à en tirer des satisfactions. Ils ont ainsi été sensibilisés, de la manière la plus efficace qui soit, aux valeurs de Peffort2 de la persévérance et du travail, inhérentes à la dignité de tous les hommes.

* Enfin les objectifs sont d’ordre pédagogique. Le projet a permis d’établir un véritable travail pluridisciplinaire, favorisé par la taille réduite de 1’établissement. Ainsi la quasi-totalité des disciplines d’enseignement ont été sollicitées et ont apporté leur pierre â l‘édifice. Les professeurs de Français ont assuré l’étude littéraire de la pièce et l’apprentissage des techniques théâtrales, les enseignants en Histoire —Géographie ont dirigé les recherches historiques nécessaires â la réalisation des exposés et panneaux de l’exposition Les professeurs d’Education physique ont préparé les élèves à la réalisation des chorégraphies en danse et en escrime. En.fin en Arts plastiques, et en Technologie, les enfants ont réalisé les programmes, qui seront mis en vente lors des deux représentations du mois de Mai. La mise en œuvre d’une telle interdisciplinarité permet de montrer aux élèves la cohérence d’ensemble de l’enseignement, qui leur est proposé, et ainsi de l’accepter dans sa globalité.

Pour terminer sur ce point il convient à présent d’établir à mi parcours un bilan provisoire de cette initiative.


(C) Quel bilan à mois et demi de la première représentation ?

Il y a six mois déjà que le projet a été lancé, l’ampleur du travail effectué par les élèves et les enseignants est tout à fait considérable. A la vue des efforts consentis par tous, il apparaît maintenant impossible de reculer, le projet doit aujourd’hui être poursuivi jusqu’à son terme, il doit bien donner lieu aux deux représentations prévues. Il est condamné à aboutir, et va sans aucun doute se couronner par une réussite brillante et méritée.

Seulement à un mois et demi du spectacle des questions d’ordre matérielle se posent toujours, face à l’ampleur des moyens techniques nécessaires (mise en scène, costumes d’époque, musique, lumière,. etc. … ) le budget prévisionnel est toujours déséquilibré, il le restera jusqu’au dernier moment et incontestablement l’équilibre comptable de l’opération dépendra des recettes collectées lors de la représentation , des animations et services organisés autour.

Toutefois ces contingences incontournables, bien prosaïques, ne doivent pas faire échouer un projet, qui revêt déjà les habits d’une véritable aventure humaine et qui pédagogiquement apparaît très prometteur. Si ce projet n’avait jamais eu lieu; nombreux sont les élèves, qui n’auraient jamais eu la chance de s’initier au théâtre, à la danse, à la musique…

Ce type d’initiative amène inévitablement les élèves à accroître leur ouverture d’esprit et à dépasser l’horizon culturel du quotidien. Ainsi sur de nombreux sujets les élèves ont fait preuve d’une curiosité inhabituelle. En classe des thèmes comme le Commerce triangulaire, la traite des esclaves, l’abolition de l’esclavage en Histoire, les départements d’outre-mer en Géographie, ou bien encore les Droits de l’Homme en Education civique ont pu être enseignés avec plus de profondeur, plus de sens, dans la mesure où l’auditoire s’est montré réceptif. Sans le projet de nombreuses questions n’auraient probablement jamais été posées. Aussi j’ai incité les élèves, à chaque fois que cela a été possible, à réinvestir dans mon cours ce qu’ils ont appris en travaillant sur Saint-Georges, contribuant ainsi à forger une culture humaniste auprès des élèves.

La deuxième vertu de cette initiative, c’est de permettre aux élèves d’identifier leurs professeurs sous un angle différent. En dehors de la classe sur de telles entreprises, la distance qui sépare habituellement l’enseignant de sa classe tend à s’estomper. La relation est moins inégalitaire et de ce fait le regard des élèves sur leur professeur est plus « Humanisé », les enfants se sentent utiles, valorisés, mieux pris en compte. Réciproquement les enseignants découvrent leurs élèves d’une façon plus individuelle, en découvrent quelques talents encore insoupçonnés.

Pour terminer sur ce bref bilan, et qui de toute façon n’est que provisoire et partiel, ii convient de relever toutefois que ce type de projet exige une implication très forte des élèves. Même si ces derniers restent enthousiastes et très motivés, la fatigue semble s’accumuler. Il va falloir aussi se poser la question des cours au mois de mai, avec les jours fériés, les ponts, les représentations des 10 et du 11, ainsi que les répétitions lors de la semaine précédent l’événement Il va falloir aussi gérer l’excitation, bien compréhensible, des élèves, qui arriveront au ternie de leur travail.

Quoi qu’il en soit, avoir pu observer durant toute une année, du début jusqu’à la fin, à l’occasion de ma première armée de professorat la mise en œuvre d’une telle initiative, restera pour moi une occasion unique et riche en enseignements pour l’avenir.

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