Un Spectacle consacré au Chevalier de Saint-Georges et sous titré « La Table de Marbre » a fait salle comble les 10 et 11 mai 2007 à la salle de la Maison des Jeunes et de la Culture de Vichy.
Près de 150 exécutants venus de plusieurs établissements de France et d’Outre-mer ont offert au public un spectacle mêlant théâtre, musique, escrime et ballet à l’occasion de la Commémoration Nationale de l’Abolition de l’Esclavage.
La vie de Joseph Bologne Chevalier de Saint-Georges a été le prétexte de cette manifestation qui couronnait une année entière de pédagogie participative, artistique et citoyenne : Lettres, Théâtre, Histoire et Géographie, Anglais, Musique, Chant Choral, Education Physique et sportive, Technologie… pas une matière scolaire qui n’ait échappé à ces actions pluridisciplinaires et transversales intégrant souvent plusieurs établissements scolaires.
Le sous-titre de ce spectacle « La Table de Marbre » illustre bien tout l’intérêt de ces jeunes pour cette seconde partie du XVIIIème siècle dit des lumières et qui vit s’éveiller les luttes pour l’abolition de la traite des nègres. La « Table de Marbre » était alors le passage obligé de tous les hommes et de toutes les femmes de couleur vivant en métropole ; un décret du Roi de France les obligeait à s’enregistrer.
Le beau spectacle était la conjugaison heureuse des efforts de plusieurs établissements scolaires :
· Le Collège du Baillif en Guadeloupe dont la délégation était pilotée par le Chef d’édilité de la commune de naissance du Chevalier. Venus de la lointaine Guadeloupe, les jeunes Baillifiens ne voulaient, sous aucun prétexte, rater cette occasion d’échanger et de présenter les trésors précieux de cette commune de la côte sous le vent.
· Le Collège Victor HUGO de Saint-Yorre d’où a germé l’initiative de ce projet. Madame PIZON raconte qu’il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour convaincre et motiver ses enseignants et encore moins de temps pour susciter l’enthousiasme des élèves.
· L’Ecole municipale de Musique de Saint-Yorre allait faire œuvre originale en transcrivant la musique de Saint-Georges pour mieux permettre son interprétation par de jeunes virtuoses.
· Le Collège François VILLON d’Yzeure qui s’associait spontanément au mouvement et dont la CHAM (classe à horaire aménagé en musique) proposait un Chœur qui interpréta à merveille les difficiles romances de Saint-Georges.
Mais des compliments sont dus aussi à bien d’autres : par exemple le Chef d’édilité de Saint-Yorre qui aura toujours soutenu ce projet, Daniel MARCIANO pour avoir si généreusement proposé ses écrits pour l’élaboration de la pièce de théâtre et ses recherches pour la mise en scènes des séquences d’escrime, l’Association des Amis de Joseph Bologne toute heureuse de voir éclore un tel projet à partir d’un ouvrage destiné aux enfants et consacré au Chevalier et tant d’autres sensibilisés à cette approche d’une culture humaniste pour un libre exercice de la citoyenneté.
Et maintenant place au spectacle.Dans chacune des scènes proposées par Mademoiselle CORDIN, les acteurs ont su faire passer les sentiments les plus forts… et de quelle manière ! Le public réagissait tour à tour à la découverte des épisodes de la vie de Saint-Georges mais aussi au talent des jeunes acteurs.On passait avec délice de l’humour, au sérieux, de la colère à la tendresse, du charme de la musique au cliquetis des armes, des dialogues en anglais aux airs en créole, des analyses économiques aux franches rigolades d’un peloton en cours de formation, de la colère argumentée d’un père à l’indignation compréhensible du fils, d’un cours de violon à quelques pas de menuet… pas une minute de perdue dans cette vie si exaltante du Chevalier de Saint-Georges.
Mais Saint-Georges c’est aussi la musique et Monsieur Jean-Gabriel LOUWERSE, Directeur de l’Ecole de Musique de Saint-Yorre a su avec efficacité orchestrer les œuvres choisies par la Principale et le Président des « Amis de Joseph Bologne », œuvres les plus appropriées aux circonstances. L’ouverture de l’Amant anonyme lançait le spectacle et revenait en leitmotiv. Les comptines en créole accompagnaient délicieusement la partie bucolique de la pièce débutant dans les hauteurs du Baillif en Guadeloupe. Les romances de Saint-Georges complétaient le programme qui se poursuivait par deux très beaux solos au violoncelle et à la flûte. Enfin la voix off du chevalier terminait le spectacle délicatement accompagnée par le célèbre Adagio pour piano de Saint-Georges.
Il eut été impardonnable d’évoquer Saint-Georges sans présenter ses amis escrimeurs. Les spectateurs ont été alors éblouis par le talent de Madame Brigitte Tillier, Professeur d’EPS au Collège des Célestins qui régla avec brio des assauts menés par ses tous jeunes élèves encadrés par des escrimeurs plus aguerris.
Bravo à nos amis de Saint-Yorre et de Baillif de s’être lancés un tel défi qui étonne et charme et d’avoir si bien réussi à jouer Saint-Georges.
Jouer la musique de Saint-Georges : toute la musique de Saint-Georges… aussi bien les concertos que les quatuors… aussi bien les airs d’Opéra que les Romances…
Jouer l’escrime de Saint-Georges : et grâce à un extraordinaire professeur d’escrime artistique on revit les gestes qui ont permis à Saint-Georges d’être sacré « Dieu de Armes ».
Mais aussi jouer l’histoire de Saint-Georges en faisant revivre des scènes qui font qui nous ramènent dans ce siècle des lumières et des horreurs de l’esclavage.
Et ce triple défi a été magnifiquement relevé par des élèves enthousiastes au possible… autour d’eux un corps d’enseignants dévoués ne rechignant pas à la tâche, peu regardant des heures supplémentaires, inventifs pour palier les multiples obstacles qui se dressent dès lors que l’on sort des sacro saintes habitudes du ministère… des enseignants qui ont su traduire dans leurs actions pédagogiques le moindre mot, la moindre scène de la vie de Saint-Georges. Alors ce spectacle aura mérité mille fois la « Standing Ovation » d’un public conquis… et tour à tour voici nos brillants acteurs revenant sur scène au son d’un clavecin égrenant les notes éternelles de l’adagio… La voix de Saint-Georges s’élève, dans le noir, chaude et enveloppante pour rappeler que ce spectacle n’est pas gratuit… il va dans le sens de l’histoire de notre pays pour permettre des échanges plus profonds entre les uns et les autres…
Mais ces élèves savent ce qu’ils doivent à leurs professeurs et spontanément ils vont les chercher pour les mener sur la scène afin de recevoir l’hommage de toute une communauté fière du travail du beau travail accompli.Aujourd’hui que tous les éléments du puzzle sont enfin regroupés, on ne peut que s’étonner de énergie déployée par tous et chacun… tout semble aujourd’hui si facile… aménager les emplois du temps annuels du collège, réserver une salle, prévoir les transports, trouver des costumes, transcrire la musique, monter un orchestre, organiser deux chœurs d’enfants, mettre en scène des assauts d’escrime, réunir la bibliographie, choisir les thèmes, écrire une pièce de théâtre, la présenter aux enfants, rechercher des partenaires, les convaincre, les motiver, coordonner l’ensemble des actions, les entraîner dans cette folle aventure… et… mon tout aujourd’hui est un merveilleux spectacle qui ne demande qu’à se déplacer en Guadeloupe pays de Saint-Georges.La suite sera de toutes manières des plus intéressantes, puisque le CRDP de Clermont-Ferrand a accepté de publier un document relatant cette aventure et accompagné d’un DVD produit par la classe de 1ère à option CAV (cinéma-audio-visuel) du Lycée Blaise Pascal à Clermont-Ferrand.
Jean-Claude HALLEY