On n’assiste pas à un tel spectacle sans ressentir longtemps après de multiples émotions de toute nature.
Mais on ne participe pas non plus à une telle réussite sans ressentir soudain après le feu de l’action la douceur de revivre tel ou tel épisode…
Je reviens un moment sur la fin de ce spectacle et le très beau texte dit en Voix off et dans lequel le Chevalier de Saint-Georges résume sa vie et ses engagements.
Pendant ce temps défilent sur scène tous les personnages devant le(s) portrait(s) de St Georges et en écoutant l’adagio pour piano.
Ce fut un moment de délicieux frisson ! et ceux qui ont écouté ce texte ne l’oubliront sans doute jamais !
Saint-Georges
Chers spectateurs,
Arrivé au terme de ma vie et de cette pièce, j’ose retenir votre attention pour un instant encore.
Vous souvenez-vous que je suis né antillais, de père blanc et de mère noire, d’un colon et d’une esclave ?
Que j’étais voué à un sombre avenir et parce que mon père a fait fi des préjugés de race, j’ai échappé à mon destin d’esclave et bénéficié d’une éducation de gentilhomme en France.
C’est elle qui m’a permis de développer mes talents et m’a conduit à la gloire : j’ai côtoyé les plus grands, j’ai connu le luxe et la renommée.
Mes souvenirs d’enfant mêlent la peur des coups, l’angoisse du quotidien, à une nature rayonnante, terrain de jeu illimité, et aux innombrables preuves d’amour que m’ont donné mes parents.
L’adulte que je suis devenu n’a rien oublié de tout cela.
Nègre, moricaud, mal blanchi, Mozart noir… autant de termes qui, rappelant mes origines, m’ont valu bien des luttes, m’ont isolé comme objet de foire, blessé plus d’une fois, alors que je n’aspirais qu’à me distinguer par la valeur de mon épée et celle de mon archet.
A l’escrimeur et au musicien n’oubliez pas de joindre l’officier : la passion de la liberté contractée dans mon enfance s’est mise au service des plus faibles, de mes frères noirs, comme au service de la Patrie quand elle en a eu besoin.
La fraternité, et le patriotisme se moquent bien de la couleur de la peau ! Et le talent aussi…
Aujourd’hui, ne restent que mes compositions et vous en êtes les dépositaires. Vous en fredonnez quelques unes déjà, sans le savoir, quant aux autres, elles ne demandent qu’à être à nouveau entendues et à vous appartenir.
En les écoutant, n’oubliez pas qu’elles sont le fruit d’une histoire mêlée de soleil et de sang, d’accents mélodieux et de cris lancinants…