Premier comédien d’origine martiniquaise engagé par la Comédie-Française, Georges Aminel est décédé le 20 mai, à Paris, à l’âge de 84 ans.
Né de père martiniquais, ce métis au physique solide avait été engagé par la Maison de Molière en septembre 1967. Mais Georges Aminel – de son vrai nom Jacques Maline – quittera cinq ans plus tard cette institution, déçu par les critiques relatives à son incarnation du rôle-titre d‘Œdipe de Sophocle et des emplois que la Comédie-Française lui offrait.
Prenant ses distances avec les planches, il s’est ensuite illustré dans le doublage, en étant la voix française de Dark Vador (La Guerre des étoiles), du célèbre chat Grosminet (dessin animé Titi et Grosminet) ou encore d’Orson Welles.
Interview de Catherine Salviat, Sociétaire, et Christian Cloarec, Pensionnaire, acteurs de la pièce Papa doit manger, écrite par Marie Ndiaye et mise en scène par André Engel, et de Florence Lhermitte, responsable des relations avec le public de la Comédie Française, réalisée le 5 avril 2003 dans la salle du Vieux Colombier. Théâtre du Vieux ColombierUne élève. – Est-ce que vous avez déja joué avec un comédien noir ?
Catherine. – Moi, oui. J’ai joué avec Georges Aminet, qui était un noir martiniquais. Il a joué des rôles “normaux”, comme Joad dans Athalie (de Racine) et dans d’autres tragédies. C’est un tragédien. Il a fait partie de la troupe de Jean-Louis Barrault ; et après il est venu à la Comédie-Française. Il était furieux quand on lui a dit qu’il allait jouer Othello (célèbre personnage noir de Shakespear).
(Christian rit de bon coeur et Catherine aussi. )
Catherine, mimant la scène. – Il était absolument furieux ! “ Et pourquoi je jouerai Othello ?… Et pourquoi ? “ “ Non, non, ce n’est pas parce que tu es noir…” Mais il jouait dans des rôles de tout le répertoire.
Christian. – Ce n’est donc pas si révolutionnaire que ça.
Catherine. – Mais Georges n’était pas noir, noir, … noir !, comme Bakari. ( Rire généralisé) Non, il était bronzé, comme tout Martiniquais.
Christian. – C’est vrai, il y a des Martiniquais très noirs et d’autres moins. J’ai vu des photos de Georges Aminet. Il était un quarteron, un métis.
Catherine. – Il était surtout un tragédien.