Ami lecteur de ce Blog !
Le témoignage qui suit est en réponse à une lettre de Monsieur Alain Guédé qui tentait de justifier un dessin polémique du Chevalier de Saint-Georges par CABU le caricaturiste du Canard Enchaîné…
Certains personnes aux USA en ont été choquées de cette représentation : Madame Catherine PIZON a aussi réagit et tout de suite fait le rapprochement avec le cèlèbre nègre de BANANIA.
Mais au delà de cette polémique, il y a dans le texte venu de Saint-Yorre la preuve évidente de
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l’appétit irrépressible de nos enfants pour le Savoir et la Culture, encore faut-il les leur offrir !
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les formidables capacités d’enseigner de nos professeurs, et ce Savoir et cette Culture !
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la richesse insondable des échanges entre jeunes ! Les enfants de Baillif et de Saint-Yorre s’en souviendront longtemps !.
Et que Saint-Georges ait été le prétexte de cette belle aventure ne peut que nous affermir dans notre conviction que Le Chevalier est bien de notre temps par les valeurs que révèlent l’étude de sa vie et de son oeuvre.
Monsieur,
C’est avec beaucoup d’admiration que je lis régulièrement votre site Africlassical. Etant moi-même une passionnée du Chevalier de Saint-Georges, et ce depuis près de 40 ans, les questions soulevées par la couverture du CD produit pas Harmonia Mundi m’ont donc particulièrement interpellée, et je me permets de vous apporter mon propre témoignage.
En tant que principale d’un collège près de Vichy en France, j’ai monté cette année, en associant plusieurs écoles primaires, collèges, écoles de musique et école d’escrime, un spectacle relatant la vie et l’œuvre du Chevalier, spectacle entièrement interprété par des élèves de 14 ans ; musique, jeu théâtral, escrime ; Saint-Georges fut d’abord présenté aux élèves grâce au livre de Jean-Claude Halley, Le Chevalier de Saint-Georges, plus particulièrement destiné aux enfants, et mes professeurs de Lettres ont ensuite adapté la pièce de Daniel Marciano Le divin Saint-Georges. Les adolescents, peu sensibles à la musique du 18ème siècle, par manque de culture familiale en général, ont donc travaillé à la préparation de la représentation durant toute l’année scolaire. Le travail fut énorme et les enfants parfois au bord du découragement.
Mais lorsque les répétitions en costumes – répliques exactes de l’époque – commencèrent, tout changea : il se produisit un phénomène d’identification flagrant ; les enfants étaient devenus Saint-georges, Nanon, Georges, Teixier, d’Eon , etc.
Les escrimeurs redoublèrent d’adresse et leurs attitudes mêmes étaient d’un autre siècle ; les chanteurs interprétèrent les romances avec une nouvelle ardeur, les acteurs entrèrent dans leur rôle, méconnaissables…
En dehors des répétitions, nous entendions quelques répliques ou nous assistions à quelques ébauches d’assauts d’armes dans la cour de récréation !
Voilà tout simplement l’effet que le costume, les gestes et attitudes authentiques, le ton, le langage de l’époque ont provoqué.
Nous connaissons les réactions des adolescents ; c’est notre métier. Ils furent sensibles à l’interprétation des rôles dans le contexte historique.
Sur scène ils ont fait passer au public de façon fantastique toutes les émotions ressenties à la découverte de la vie exaltante du Chevalier de Saint-Georges : tour à tour l’affection, l’indignation, la colère, l’humour, l’amour, le rire, et in fine la gravité du propos ; car il s’agissait bien de parler de l’esclavage au motif de Saint-Georges…
Le final de ce spectacle est un moment d’anthologie où une voix OFF vient résumer la vie de Saint-Georges sur les accents du formidable Adagio cher à Dominique René de Lerma.
Souvent nous entendons dire que la musique de Saint-Georges est réservée aux musiciens avertis et de fait les Archets de Paris font honneur à la musique… mais ceci ne doit pas empêcher les autres de s’intéresser à la Musique de Saint-Georges et notre spectacle aura présenté au public de Vichy toutes les facettes de la musique de Joseph Bologne : la très belle ouverture de l’amant anonyme revenant en leitmotiv, des extraits judicieusement choisis parmi les mouvements des concertos, quatuors, et, chantés par deux chœurs d’enfants, quelques romances de Saint-Georges ; le tout exécuté par des élèves qui ont pris plaisir à se lancer ce défi d’interpréter un grand musicien.
Mais le clou de ce spectacle aura été apporté par un groupe d’enfants venu de la commune natale de Saint-Georges, accompagnés ni plus ni moins que par le Chef d’édilité. Je peux alors témoigner avec émotion de l’évènement qu’aura été pour les enfants de Saint-Yorre et ceux de Baillif la rencontre de ces deux mondes… Ici on peut parler de choc des cultures mais aussi d’une formidable sympathie spontanée qui s’est manifestée sous le regard admiratif des parents qui se battaient véritablement pour avoir chez eux un enfant de Baillif.
En clôturant ce petit mot qui se veut témoignage et respect pour le Chevalier de Saint-Georges, je veux exprimer aussi ma profonde indignation d’entendre traiter de la sorte les amis de Saint-Georges…Durant cette année difficile et ambitieuse, ils furent constamment à nos côtés pour nous apporter conseils, soutien, encouragement. Cette formidable aventure n’aurait pu réussir sans leur disponibilité, leur générosité et leur sincérité… Je ne remercierai jamais assez Monsieur Jean-Claude Halley et Monsieur Daniel Marciano. Les valeurs qu’ils défendent sont à l’opposé des conceptions mercantiles d’autres personnes qui se prétendent découvreur de Saint-Georges, mais commettent volontairement des erreurs grossières pour que Saint-Georges entre dans le moule de leur concept…
Aussi je trouve particulièrement mauvaise la couverture du CD, qui d’une part est tendancieusement méprisante (voire raciste) et dont la vulgarité n’a aucune chance d’attirer la curiosité de nos enfants. Ceux-ci savent beaucoup mieux faire les distinctions qu’on ne le croit ! De surcroît, n’est-t-il pas de notre devoir de les éclairer et de les amener à la culture ? Une bande dessinée peut-elle être comparée à un roman ?
Pour conclure avec notre spectacle, qui demeura à l’échelle scolaire bien entendu, ce fut un succès ; Ce furent près de 150 enfants qui participèrent à la pièce, dont une trentaine de musiciens, vingt escrimeurs, soixante dix choristes…
Plus de mille spectateurs de la région de Vichy assistèrent au spectacle et je crois pouvoir dire que nous avons participé à faire connaître la musique de Saint-Georges à toute une région.
RFO en fit un beau reportage. Vous pourrez trouver des commentaires sur Guadeloupe attitude, Gensdelacaraïbes, youtube, etc
Nous avons été trop modestes, me semble-t-il. Nous n’étions pas au Sénat ; ce furent des centaines d’enfants et de spectateurs d’un petit coin de France, loin de Paris, qui découvrirent un personnage hors du commun, musicien délicat et virtuose, escrimeur redoutable connu de longue date par tous les escrimeurs du monde, et surtout, au-delà de tout cela, un homme dont la vie fût un exemple pour notre jeunesse.
Avec toute mon admiration et ma reconnaissante pour votre travail et votre très beau site.
Catherine Pizon
Principale du Collège Victor Hugo
03270 Saint-Yorre
Comment ne pas sentir l’ardeur qui parcourt tout l’article de madame Catherine Pizon, le principal du Collège de St-Yorre, et ne pas frissonner avec elle en évoquant, et la musique du Chevalier de St-Georges, et la personne du cher Joseph, et la jouissance d’avoir communiqué aux enfants, durant cette année scolaire quelque chose de beau et de grand? Et comment ne pas déplorer avec elle, les remugles idéologiques écoeurants qui animent (si l’on peut dire) ces gens qui contorsionnent ce qui leur tient lieu de neurones pour enserrer St-Georges « dans le moule de leur concept »!
Jean-Claude, tu dois être remercié d’être un peu (beaucoup) à la source de tout çà.
Amitiés;
Gérard Vergé-Lauriat.
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