Jean-Pierre ! je suis triste de ton départ !

Mes amis lecteurs ne connaissent sans doute pas cet homme qui vient de nous quitter… C’était un Gadzart de la promotion de Lille 60-64.

J’ai eu la chance de le fréquenter à Lille pendant notre scolarité commune dans les années 60. Ensuite la vie nous a séparé… Chacun nous sommes revenus dans nos Régions respectives… Lui à Villeneuve sur Lot et moi en Guadeloupe.

C’était un Monsieur d’une rare élégance et j’ai, en apprenant sa mort, une pensée pour sa famille et son épouse…

Pourquoi ais-je été un peu proche de Jean-Pierre ? tout simplement parceque moi le Pointois, je suis passé par le Lycée Michel Montaigne de Bordeaux pour entrer aux Arts…

Alors j’avais été pour ainsi dire adopté par les « Bordelais » qui avaient en fait besoin en fait d’un pilier pour leur équipe de Rugby… Jean-Pierre de bonne taille, aurait pu être un bon seconde ligne… mais le Rugby ne le tentait pas !

Jean-Pierre et moi, nous sommes les seuls sans doute à conserver un souvenir des plus beaux…

Je ne sais plus par qu’elle occasion nous avions été invités tous les deux à participer au Bal de la Coiffure à Bruxelles… Dans une petite dauphine rouge qu’il utilisait pour retourner chez lui dans le « sud ouest » aux vacances, nous nous sommes donc rendu en Belgique en nous promettant de ramener pour les copains quelques tablettes de chocolat ou quelques sachets Amsterdamer notre tabac préféré que nous mélangions au petit gris.

Et nous avons passé une bien agréable soirée dans quelque lieu prestigieux de la Ville Royale… Pour l’occasion nous avions revétu chacun notre uniforme de Garzart et nous avions obtenu de nous faire accompagner par deux jeunes femmes…

Au sortir de cette soirée, il n’était pas question d’aller à l’hôtel… nos deux accompagnatrices n’auraient pas acceptées… et celà tombait bien, Jeunes étudiants, nous n’étions pas des plus argentés…

Alors nous avons trouvé un petit coin pour dormir dans la voiture… de temps en temps Jean-Pierre remettait le moteur pour que nous puissions bénéficier du chauffage… et c’est au petit matin dans ce petit chemin autour de l’Etang d’Ixelles que nous avons assisté à un spectacle éblouissant…

Le soleil se levait sur un paysage de neige… un blanc immaculé… et soudain, tout au loin un cavalier noir sur un alezan à la robe sombre et luisante…

En pensant à toi Jean-Pierre, je suis bien triste de ton départ… je suis triste et je m’offre ce petit souvenir de jeunesse… 

Tu as remis le moteur en marche, et nous avons regagné notre Tabagn’ après avoir déposé nos deux amies dans leur pension de Jeunes Filles… Pendant de longs kilomètres nous étions restés silencieux tous les quatres comme pour garder en nous le souvenir de cette vision sublime d’un petit matin d’hivers dans les bois d’Ixelles.

Plus tard j’ai collectionner bien des choses sur l’Etang d’Ixelles et je t’offre cette petite interprétation d’une fable de La Fontaine. Même si on ne parle pas le patoi Belge… on comprend de quoi il en retourne !

El witt viske (1) et el pécheur

à Charel Van der Stappen.

 

El witt viske duviendra grand
Quans’ qu’y reste en vie.
Mo de l’ laisser courir en attendant
Ça s’ rait toch (2) un’ folie
Parc’ qu’on n’est pas bien sûr de l’encore attrapé
………………………………………………
Un pécheur était veroccupé
A pécher à les étangs d’Ixelle.
Vlà qu’il attrape un p’tit poisson
Qu’y voulait mett’ dans la payelle (3).

El’ witt’ viske dit : je serai pas bon.
Je suis cortrop jeun’ pour qu’on me fait cuire.
Y foûdrait douz’ petits si grands comm’ moi, pour frire…
Laissez m’ retourner à l’ maison :
Dans l’autr’ été tu peux m’ réprendre,
Alours je s’rai quêqu’ chos’ de bon.
Godouche ! dit l’ pécheur, est c’ que tu vas m’ rapprendre
Quois’ que j’ dois fair’, quetje (4) poisson ?
Tu veux rentrer à les étangs d’Ixelle ?
Rien du tout ! t’iras dans la payelle…
Un tenet c’est plus mieux qu’un tu l’auras,
Parc’ qu’avec l’un, t’es sûr, avec l’aut’, vous l’êtes pas.


(1) Petit poisson blanc.
(2) Quand même.
(3) Poële à frire.
(4) Gamin.Jean-Claude

3 commentaires sur “Jean-Pierre ! je suis triste de ton départ !

  1. Jean-Claude,
    Ton texte est très beau et émouvant. Il m’a fait penser à ce texte de Proust que je chéris depuis la lointaine adolescence : « Mais, quand d’un passé rien ne subsiste, a

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  2. Jean-Claude,
    Ton texte est émouvant et beau.
    Il m’a fait penser à celui de Proust, chéri depuis la lointaine adolescence : « Mais, quand d’un passé ancien, rien ne subsiste après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leurs gouttelettes presque impalpables, l’édifice immense du souvenir ».

    Bien cordialement.
    Mégistias.

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  3. Chers amis,

    J’ai eu un petit bébé… C’est une grande joie pour moi, je ne serai plus un écrivain prolifique désormais. Je m’inquiète s’il ne fait pas caca et ça me suffit pour etre heureux. Les problématiques qui appartiennent à de trop hautes sphères ne me concernent plus.

    Adieu,
    amicalement,
    Mégistias.

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