Merveilles de la technique ! Du fin fond de la France, m’arrive ce très beau texte d’Edouard Boulogne évoquant la mémoire de Monsieur le professeur Lénis Blanche.
Et dans ce beau texte quelques mots très simples de Roger Bellon… les mots de cet extraordinaire mélomane sont toujours très simples, mais aussi très riches…
Alors j’ai eu l’envie de partager ce texte avec vous, en souvenir des manguiers de la cour du Lycée Carnot sauvé d’une destruction programmée par un certain Maire de la Pointe-à-Pitre.
Quelques fois je me pose la question de savoir si celà valait la peine de se faire licencier au bout de 45 minutes pour ce vieux bahut …
Et aujourd’hui ! je pense que pour Monsieur le Professeur Lénis Blanche et son brillant élève Roger Bellon, celà valait la peine de contrecarrer le projet d’Henri Bangou !
(A la mort de Lénis Blanche , je fis appel au témoignage de Roger Bellon, dont je savais qu’il avait été un brillant ancien élève de Lénis pour témoigner au sujet de son ancien professeur. Son texte que voici, parut dans le Journal Guadeloupe 2000).« II y a 50 ans, en 1944, j’ai eu la chance d’avoir eut Lénis Blanche comme professeur de français et de latin au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre. C’était un homme qui en imposait tout de suite par sa haute stature et son immense culture.
La culture est dans le sang et transpire par tous les pores de l’homme. Oui, je pose des questions.
(1) Contrairement à ce qu’a dit un homme politique, la culture ce n’est pas ce qui reste quand on a tout oublié, c’est ce qui reste quand on n’a rien oublié.
(2) Notre culture, cette véritable culture, celle qui est utile est toujours la synthèse du savoir accumulé et de l’inlassable observation de la vie. La première chose que Lénis Blanche nous a instamment recommandé, a été de lire tous les jours une page du petit Larousse, sans oublier les petites pages roses latines. Son cours était des plus vivant et intéressant. Constamment, on apprenait quelque chose.
(3) Dans les versions latines, il nous demandait d’éviter le mot à mot, et d’y mettre si possible un souffle épique.
Il me souvient d’un mot latin dans un texte, « exemplum », que les élèves avaient traduit par « exemple ». Lui. il voulait autre chose; et il nous invitait à trouver une traduction plus adéquate. Finalement, il avait été très heu-reux quand l’un d’entre nous avait avancé les mots « paradigme », « modèle ». Mais il avait tout de même regretté que nous ne l’ayions pas utilisé spontanément.
En français, un devoir en classe avait retenu notre attention : « Vous avez perdu un parent, mort au champ d’honneur. Vous écrivez à la famille pour soulager sa peine. » Rédaction qui, après correction et notation, avait été suivie d’un long débat très enrichissant, surtout en cette période de guerre.
Autre fait marquant. Nous revenions d’une composition de géographie, quelque peu décontenancés. Sujet : « La Méditerrannée ». Ce n’était pas dans le livre de géographie. En réalité, on en parlait dans la partie « Lectures », que les élèves pour la plupart ne lisent jamais. En classe de latin, nous faisions part de notre déconvenue à M. Blanche.
Devant un tel désappointement des élèves, il supprime l’heure de latin et nous fait un magistral cours sur la Méditerrannée, berceau de notre civilisation, etc, etc… Extraordinaire ! Inoubliable !
Lénis Blanche, c’était cela. Un homme qui savait retenir l’attention de son auditoire, par l’acuité de sa pensée, et par la maîtrise d’un talent incontesté. Nous le regretterons ! Heureux ceux qui ont pu bénéficier des leçons de philosophie de monsieur le professeur Lénis Blanche. Celle qui devait devenir mon épouse a suivi son enseignement à Basse-Terre dans les premières années d’après-guerre. Le cours de philosophie, c’était surtout la psychologie, la logique. La morale était à peine effleurée. Les élèves étaient sous le charme. Tous les grands philosophes étaient abordés, mais avec une prédilection certaine pour Kant.
Lénis Blanche ne créait pas l’ennui. Bien au contraire ! Quand la salle du lycée était par trop inondée de soleil, l’après-midi, il invitait les élèves à suivre le cours sous les manguiers. La recette a toujours été appréciée. Toutes ces belles heures de philosophie sont restées dans les mémoires, puisque le sujet sorti au baccalauréat portait sur Kant, et que le pourcentage de réussite a été exceptionnel ! Là aussi, Lénis Blanche sera regretté. •
Roger BELLON
Mais lisez aussi la suite des écrits du « Scrutateur »