Lettre au Monde Diplomatique d’une lectrice régulière ! Mémoire de la traite négrière ! ce que l’on enseigne à l’école !

Lectrice régulière du Monde Diplomatique, j’ai remarqué dans la double page de l’édition de novembre consacrée à la « mémoire de la traite négrière », l’article de M. Eric Mesnard intitulé « ce qu’on enseigne à l’école ». Le journaliste explique que les programmes de collège et de lycée ne font aucune mention explicite de l’histoire de la traite et de l’esclavage ; il précise que si ce thème est évoqué en classe de 5ème, il ne l’est que d’une manière succincte et en relation avec la géographie de l’Afrique ;  il ajoute qu’en 4ème, seules quelques lignes font référence à ce sujet  pour ne rappeler que l’abolition de1848…

Certes, ces grandes étapes historiques figurent de façon apparemment brève au programme d’histoire ; néanmoins les professeurs lui font une large place dans le cadre de l’enseignement de l’éducation civique, et ce, conformément aux instructions officielles.

Le programme d’histoire en classe de 4ème étant très riche, la manière dont seront traités ces évènements par les enseignants diffère,  ne permettant pas toujours à des élèves de collège d’en saisir les enjeux, les implications, la dimension humaine et les conséquences que nous connaissons.

C’est la raison pour laquelle latitude est laissée aux enseignants pour initier projets et animations. Aussi j’ai l’honneur de vous présenter ceux pris au Collège Victor Hugo de Saint-Yorre en association avec nos partenaires de  Baillif à la Guadeloupe pour l’année scolaire 2006-2007.

Nous avons inauguré, dès mai 2006, un ambitieux projet intitulé Le chevalier de Saint-Georges, approche d’une culture humaniste.

Est-il besoin de rappeler que Joseph Bologne, Chevalier de  Saint-Georges (1745-1799), fils des « amours contre-nature dans la société guadeloupéenne esclavagiste d’une négresse et de son maître »*, fut durant toute la seconde moitié du 18ème siècle un personnage célèbre en France ?

Tous les escrimeurs le connaissent bien ! Les musiciens et mélomanes d’aujourd’hui le découvrent depuis quelques années, et les recherches menées en histoire ont démontré que sans l’intervention de Saint-Georges et de son ami Dumas, la célèbre trahison de Dumouriez en 1793 à Lille eut conduit le pays à la catastrophe…

Ce projet pluridisciplinaire, approuvé par les autorités académiques, permit aux élèves de découvrir l’esclavage, la traite négrière et le commerce triangulaire, d’une manière originale, non strictement scolaire, et sans prendre une place excessive sur le reste du programme. Parallèlement à l’étude en histoire, en géographie, en éducation civique, en français, les élèves découvraient le personnage avec le livre de Jean-Claude Halley*Le chevalier de Saint-Georges (raconté aux enfants) et  préparaient une pièce de théâtre, adaptée par un des professeurs de celle de Daniel Marciano**, Le divin Saint-Georges, suite de son très beau roman Le chevalier de Saint-Georges, le fils de Noémie. Répartis dans divers ateliers, les élèves de 4ème  travaillaient également la musique et l’escrime, et ce en collaboration avec la ville de Baillif en Guadeloupe (huit enfants participaient au spectacle.)

Une représentation théâtrale fut ainsi donnée à Vichy, le 10 mai 2007, jour de la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage. Plus de 150 enfants participèrent à ce spectacle. Une exposition prêtée par les Archives Départementale de Guadeloupe vint  compléter celles élaborées par nos propres élèves.

Cette sensibilisation à cette partie de notre histoire, grâce au merveilleux Saint-Georges, aura sans aucun doute permis à tous nos élèves de développer un regard différent sur ces évènements et leurs conséquences.

Un livret pédagogique est actuellement en instruction auprès du ScérEn et du CRDP de Clermont-Ferrand.

Ce travail ainsi que le spectacle ont été récompensés par le prix René Cassin 2007 des Droits de l’Homme.

                                                                              Catherine Pizon, Principale du collège Victor Hugo, Saint-Yorre

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