Le très beau livre de Pierre BARDIN n’a pas eu en Guadeloupe le succès qu’il méritait. Et nous profitons de cette date anniversaire pour en reparler. Car les découvertes de Pierre BARDIN sont esseNtielles. Voici un article de l’HUMANITE qui parle avec précision des précieux apports de cet auteur. Je salut à cette occasion un lecteur de l’Humanité qui a bien voulu nous alerter de cette article. Je ne suis plus un lecteur assidu, mais dans le temps j’ai lu avec intérêt ce journal.
Joseph de Saint-Georges, le chevalier noir, de Pierre Bardin. Éditions Guenegaud, 244 pages, 30 euros.
Virtuose du violon, réputé l’« un des plus grands d’Europe », fine lame, brillant et galant homme, la personnalité de Joseph de Bologne Saint-Georges (1745-1799), fils d’une esclave de la Guadeloupe et d’un propriétaire sucrier blanc, ne manque pas d’intriguer aujourd’hui encore. Nombre de biographes se sont penchés sur son cas. Pierre Bardin, l’auteur du présent livre, a fouillé des archives très souvent inconnues. Son travail dévoile des aspects jusqu’ici inédits du cofondateur du concert des amateurs, sous Louis XV gendarme de la garde du roi, sans doute franc-maçon puis officier de la garde nationale, par la suite chargé par la Convention de former une légion composée de Noirs, dont il devint le colonel lorsqu’elle fut transformée en régiment de chasseurs à cheval.
L’auteur repositionne Saint-Georges dans le milieu parisien des gens de couleur au XVIIIe siècle. S’il rappelle à son tour les bonnes fortunes féminines du jeune homme, qui furent, pour la plupart des chroniqueuses, l’atout principal de sa célébrité, il en souligne surtout la banalité : « Quand on fait 1,80 m et qu’on est beau gosse, on attire obligatoirement les plus belles femmes. » Le chevalier usait de son charme, certes, mais ce qui le rendait peut-être encore plus irrésistible et exceptionnel, c’est la part qui prenait la complexité de son éducation musicale et de son jeu, que l’on comparait à celui de Mozart (ce qui est normal mais excessif). Comment ne pas tenter de quantifier la part inconnue, léguée par son lignage maternel et qui porte en elle profondément ancrée l’Afrique mystérieuse et inconnue ?
Mais, dira-t-on, comment un métis pouvait-il fréquenter les salons de la bonne société métropolitaine, alors même que l’esclavage battait son plein aux colonies ? Bardin démontre que, titulaire d’une charge de contrôleur général de l’ordinaire des guerres, Saint-Georges évolue dans l’administration royale. Ce privilège lui décerne mécaniquement le titre d’écuyer, puis de chevalier. Le jeune métis, né d’un père libéral et nourri d’idées voltairiennes dans une famille originaire de Hollande – et non d’Italie comme on l’a longtemps fait croire -, est ainsi légitimé officiellement par Louis XV. L’ouvrage est dense et livre une infinité de détails. Trop, parfois, pour le lecteur qui tente de démêler les fils embrouillés qui le rattachent au mythique chevalier.
Fernand Nouvet