Voici une très belle critique d’un récital donné par Madame Christiane EDA-PIERRE
Airs d’opéras-comiques du XVIIIe siècle
The Academy of St-Martin-in-the-Fields, dir. Neville Marriner (1979)
1. Grétry : « Comme un éclair, la flatteuse espérance » (La Fausse magie)
2. Philidor : « Tout dormait » (Mélide ou le Navigateur)
3. Grétry : « Éprise d’un feu téméraire » (Anacréon chez Polycrate)
4. Grétry : « Je crains de lui parler la nuit » (Richard Cœur-de-Lion)
5. Philidor : « Quel espoir est pour moi ? » (La Belle esclave)
6. Grétry : « Plus d’ennemis dans mon empire » (Céphale & Procris)
7. Philidor : « De la coquette volage » (Les Femmes vengées)
8. Grétry : « Je ne le dis qu’à vous » (La Fausse magie)
9. Philidor : « Ô toi qui ne peux m’entendre » (Tom Jones)

Et toujours le beau sourire de la divine Foyalaise !
Musiques d’une séduction extrême !
Les airs de Grétry sont souvent plus exigeants, et requièrent parfois une virtuosité de haute école (airs 1 et 6).
Philidor paraît cultiver une écriture plus simple (l’air des Femmes vengées est très proche du Gluck des Pélerins de la Mecque), sans pour autant méconnaître les climats dramatiques : la scène contrastée de Mélide ou le magnifique monologue désolé extrait de Tom Jones en témoignent, et illustrent le versant à la fois romanesque et « sensible », loin des volutes du rococo tardif, de l’opéra français à la fin du XVIIIe siècle.
Quel plaisir enfin de retrouver l’air de Lyonel « Je crains de lui parler la nuit », sans les langueurs morbides de Tchaïkovski (la Comtesse de La Dame de Pique en murmure la première partie)… L’original est extrêmement prenant par son mélange de mystère et de lyrisme (admirable péroraison) et par une écriture qui mime l’hésitation par un jeu magnifique de silences. Eda-Pierre et Marriner le chantent de façon allante, conformément sans doute à ce qu’indique la partition.
C’est un tout autre esprit que la déliquescence savante du Russe, mais tout aussi, quoique autrement, émouvant.
L’interprétation est magistrale, et il ne faut pas séparer la chanteuse du chef
L’orchestre de Marriner est vraiment exemplaire : on a la légèreté, la pulsation, et en même temps le soutien et le sens du lyrisme requis par cette esthétique. L’harmonie est totale entre la soliste et la direction orchestrale. Et quant à la soliste… on reste ébahi par la splendeur de ce chant.
Eda-Pierre a un défaut : une diction peu nette, rançon sans doute d’un timbre très riche, aux harmoniques profuses. Or justement, un de ses privilèges est d’offrir ici une voix fruitée, profonde, ronde jusque dans le suraigu, sensuelle en un mot, qui nous préserve heureusement des blancheurs virginales menacées par la mièvrerie.
Sensualité donc, mélancolie rêveuse, mais aussi maestria éblouissante du style vocalisant (quelle technique fantastique ! mais aussi quel investissement expressif !).
L’air de Vénus (Céphale et Procris ; est-ce un opéra-comique d’ailleurs ?) est impérial, à la fois héroïque, velouté et stylé. En fait, toutes les qualités de la mozartienne fructifient ici d’admirable façon.
Héroïsme, sensualité, délicatesse : ce qui donnait une Konstanze idéale refleurit ici.
Disque merveilleux d’une immense cantatrice, qui prouve au passage que les limites d’un répertoire supposé mineur n’existent pas pour un grand artiste. Et dans le désert discographique de l’opéra-comique du XVIIIe siècle (La Caravane du Caire dirigée par Minko a hélas disparu corps et bien), voilà le vademecum idéal. Mais il est peu probable que Philips le réédite.
* Contrairement à ce que j’avais écrit, elle n’a pas seulement chanté Elettra à la Monnaie mais aussi à San Francisco avec Eric Tappy en Idomeneo (on en rêve !). Voir le compte rendu de le production bruxelloise
Studied Paris Cons. Début Nice 1958 (Leila in Bizet’s Les pêcheurs de perles). Sang Pamina at Aix-en-Provence 1959, Lakmé at Paris Opéra-Comique 1961, and Fatima in Rameau’s Les Indes galantes, Paris Opéra 1962, later singing Lucia di Lammermoor, Constanze, and Milhaud’s Médée there. CG début 1966 (Teresa in Benvenuto Cellini). Wexford 1966 (Imogene in Il pirata). Amer. début NY Met 1976 with Paris Opéra (Countess in Le nozze di Figaro), then returning from 1980 as Constanze (Die Entführung), Gilda (Rigoletto), and Antonia (Les Contes d’Hoffmann).
Salzburg Fest. début 1980 (three sop. roles in Les Contes d’Hoffmann). Created Angel in Messiaen’s St François d’Assise (Paris 1983). Sang in f.p. of Amy’s D’une espace déployé, 1973. Prof., Paris Cons. from 1977.
The Oxford Dictionary of Music, © Oxford University Press 1994 Admise au Conservatoire de Paris en 1954, elle en sort en 1957 avec les Premiers Prix de chant, d’opéra et d’opéra comique. Elle fait ses débuts en 1958 et entame alors une carrière internationale pendant plus de 30 ans, sur toutes les plus grandes scènes lyriques du monde (Vienne, New York, Londres, Paris, Berlin, Munich, Rome, Salzbourg, …).
En 1973, Rolf LIBERMANN l’engage comme artiste invitée à l’Opéra de Paris jusqu’en 1983. Christiane EDA-PIERRE a chanté sous la direction des plus grands chefs, tels que G. SOLTI, K. BOEHM, R. MUTI, L. MAEZEL, P. BOULEZ, C. DAVIS, A. CLUYTENS, S. OZAWA, D. BARENBOÏM, …
Elle a enseigné de 1977 à 1996 au Conservatoire National Supérieur de Paris. Elle a également réalisé de nombreux disques chez Philips, Erato, … qui ont été primés et salués par la critique internationale : Diapason d’or – Grand Prix de l’Académie du disque français – Prix « The National Academy of recording Arts and Sciences » (USA) – Prix de la Sacem. Madame EDA-PIERRE a reçu la Grande Médaille Vermeil de la Ville de Paris et est Chevalier des Arts et Lettres et Officier de l’Ordre National du Mérite.