J’écrivais cet article sur le grand voisin de l’île sœur, quand j’ai été interrompu par l’arrivée d’un Gabonais à qui je posai immédiatement la question de savoir ce qu’il ressentait à l’annonce de la mort d’Aimé CESAIRE.
La réponse fut franche et tout de suite excessive : Honneur au grand poète… mais c’est une « canne à sucre » !
Surprise de ma part et explication de texte, nous ramenant l’un et l’autre plus de 50 ans en arrière : ne pas confondre AGEG et AGEG… Ne pas confondre G comme Guadeloupe et G comme GABON.
Cette insulte à l’endroit des antillais je ne l’avais jamais entendu et la conversation se poursuivit longuement, douloureusement tant nous semblions venir de deux mondes différents. Tellement différents l’un de l’autre…
Me revenaient en mémoire toutes les expériences négatives des fameuses « Cannes à Sucre » qui tentaient d’apporter quelque chose à ce qui est censé être un des piliers de notre culture… ce pilier qui une fois de plus s’effondrait au rythme des mots.
Le seul « canne à sucre » qui sortait intact de cette confrontation était le Guyanais Félix EBOUE pour le Oui au Général de Gaulle du fin fond de l’Afrique et pour son attitude compassionnelle pour le monde africain.
La colonisation ! l’Afrique n’en sort pas car la mondialisation n’est qu’une colonisation bis et renforcée encore plus ravageuse… tout est de la faute des autres… Roger DUMONT dirait cette fois l’afrique n’est toujours pas parti et de toute manière partir vers où vers qu’elle avenir !
Ne parlons même pas du mouvement littéraire dit de la NEGRITUDE… Senghor Césaire… même bête même poil ! Je ne sais comment ce traduit ce proverbe créole en PUNU… mais les mots de mon interlocuteur traduisaient bien ce rejet de la civilisation française.
Ce n’est bien entendu qu’un son qu’une voix, même si cette personne a fait parti du Gouvernement actuel du GABON… mais elle m’aura laissé perplexe et dubitatif sur la question de savoir ce que Aimé CESAIRE représente ou apporte à l’Afrique.
Attendons de voir comment réagiront les autres pays, les autres continents.
Revenons donc à Aimée CESAIRE.Je crois que les antillais tous et chacun dégustent l’hommage rendu à l’un des leurs et dans ce sens CESAIRE représente bien l’ensemble de ce monde ultramarin.
La puissance de sa création poétique lui donne aussi une dimension nationale sinon universelle.
Reste à savoir si cette dimension couvre à la fois le domaine poétique et le domaine politique.
Pour moi il ne fait aucun doute que la poésie de CESAIRE atteint l’universel selon l’expression du regretté Guy HAZAËL-MASSIEUX. Il atteint l’universel du fait de cette synthèse réussie entre l’Europe et l’Afrique n’en déplaise à mon interlocuteur Gabonais.
Sur le plan politique il demeure à une échelle très modeste et cela de part sa propre volonté. Il aurait pu être celui a qui l’état français aurait pu remettre les clés de la Martinique… mais les auraient-ils acceptées.
Nous lui devons la départementalisation et on ne lui enlèvera jamais cette loi de 1946. De 1946 à 2008, il n’y a aucun autre évènement d’une telle importance pour les quatre vieilles colonies. Et pendant toute cette période Aimée CESAIRE sera demeuré politiquement s’entend un maire comme les autres, un député comme les autres. Un député-maire dont le Bilan sera forcément au niveau des compétences exercées.
Je ne me souviens d’aucune initiative de sa part qui puisse intégrer une stratégie dépassant Fort de France et la Martinique.
A ce titre là beaucoup de ses combats auront consistés à tirer un peu plus la couverture vers l’île sœur qui demeure comme la métropole coloniale de la Guadeloupe selon le mot fameux de l’historien Jules BALLET. Les Dix Directions Régionales des Antilles Françaises ne se trouvent-elles pas à Fort de France. Notre seule liberté aura été le Rectorat obtenu grâce à la Guyane.
Alors je participe de l’hommage rendu au Grand écrivain et m’en retourne à la lecture de la très belle œuvre poétique d’Aimée CESAIRE en étant certain d’y trouver bien d’autres sources de plaisir et de richesse.