Le Barbier de Séville et de Coline SERREAU

C’était soir de première à l’Opéra Bastille ce 18 avril 2008 avec l’œuvre de Rossini « Le Barbier de Séville » sur une mise en scène de Madame Coline Serreau.

On s’attendait donc à ce que soit décliné sur tous les tons la sainte libération de la femme.  Mais Rosine n’est-elle pas déjà une femme libérée ? Par son intelligence, sa vivacité, sa détermination… elle le chante d’ailleurs si bien : vous saurez qui est Rosine !… et ce dont elle est capable !…

A tout seigneur tout honneur rendons hommage à l’Orchestre de l’Opéra National de Paris sous la baguette de Marc Piollet. A mon humble avis une prestation exceptionnelle, jusque dans les petits clins d’œil imposés par Madame Serreau… Quelques notes de la panthère rose à l’entrée de Basilio par exemple qui fit pousser par le public un petit hoquet de surprise et d’amusement sinon de réprobation… mais que ne pardonne-t-on par à Coline SERREAU.

L’ouverture fut un régal et l’accompagnement des chœurs et chanteurs une parfaite réussite : la danse du KUNG FU, la scène d’ivresse de ALMAVIVA… et tant d’autres choses…

Les décors et leur alternance démontre la prodigieuse richesse de la machinerie de la Bastille et l’ingéniosité de Jean-Marc Stehlé et Antoine Fontaine… La destruction de l’appartement de Bartolo par Rosine est un beau moment de spectacle… l’émergence de la folle végétation s’accepte car il s’agit bien du bonheur de Rosine et accessoirement du comte.

Pour les autres personnages on ne peut pas s’empêcher de rêver à Mozart et Da Ponte dans le même exercice de traduire en musique et en sentiments la pièce de Beaumarchais. Il est vrai que Rossini était au début de sa carrière.

Mais que serait le spectacle sans Figaro, omniprésent, gesticulant échafaudant toutes sortes de scenarii pour l’or que lui propose le comte… Basilio, qui comme l’aurait imaginé Molière se retire dès lors que la dote de Rosina lui revient,  Fiorella qui même vielle réclame aussi sa part d’amour et de bonheur !  Pourquoi ne seraient-ils réservés qu’aux jeunes !

Et nous attendions tous la partie de bravoure ; c’est-à-dire l’air de la calomnie. Et ce fut très beau jusqu’au décès simulé de Basilio contraint de rester au sol pendant un long et justifié concert d’applaudissement.

Le public encore lui était convaincu de cette calomnie là qui tue aussi bien qu’un coup de canon ! Le jeu des comédiens était difficilement appréciable dans cette salle aux dimensions quelques peu inhumaines… trop grand, trop loin… mais les voix portaient si bien que l’on pouvait se satisfaire de la gestuelle et deviner les expressions du visage.

Une belle soirée ! même si le public s’est trouvé un peu frustré par le départ inopiné et mal venu des musiciens que l’on aurait aimé applaudir et conduisant le Chef sur scène à réveiller une fosse vide de ses artistes.

Deux petits conseils aux futurs spectateurs de Bastille.

  • Choisissez des places impaires, car les autres vous emmèneraient irrémédiablement et douloureusement à subir la voix de crécelle d’une vendeuse de programmes qui se croyait à la criée  du Port de Marseille.
  • Si à l’entracte vous souhaitez sortir pour admirer la belle colonne phallique de la Bastille, munissez-vous d’un masque pour traverser une bonne dizaine de rangées de fumeurs tirant comme des dératés sur leur cigarette.

C’était soir de première à Bastille, c’était soir de plaisir !

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