En retrouvant ces quelques note de lecture d’il y quelques années déjà, je me suis reposé la problématique de cette fameuse double hélice. Elle joue sans doute aussi sur le plan politique. En fait le problème est plus de savoir bénéficier des retombées du centre plus efficient que de vouloir le concurrencer. Il n’empèche que le constat demeure de ce décallage entre l’outre-mer et la métropole. Mais ce n’est tout de même pas le désert contre l’éden… Je vous propose de relire ces quelques extraits de l’ouvrage de Madame PEROTIN.
LA VILLE AUX ÎLES, LA VILLE DANS L’ÎLE
Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, 1650-1820
Anne Pérotin-Dumon Chez KARTHALA
Nota : Il eut été étonnant que le chevalier de Saint-Georges ne soit pas au moins cité dans cet imposant ouvrage de 990 pages extraordinairement documenté de Madame Anne PEROTIN-DUMON qui avait déjà régalé ses lecteurs dans le maintenant classique « Etre patriote sous les Tropique
La Guadeloupe, la colonisation et la Révolution publié par la Société d’Histoire de la Guadeloupe.
Ci-après les extraits de la page 637 et 638, où nous retrouvons les trois mulâtres Saint-Georges, Léonard, et Léthière.
Le chapitre dont sont extraits ces quelques lignes s’intitule « des provinces « loin de la patrie des arts » ».
Madame Anne Pérotin-Dumon, s’engage sur certains aspects de la vie de Saint-Georges. Ø Le Père du Chevalier serait « Georges de Bologne, riche habitant du Baillif (aux portes de Basse-Terre) ». Ø Le Chevalier de Saint-Georges serait passé par un centre culturel régional avant Paris : Bologne a probablement été formé par un musicien noir Joseph PLATON de Saint-Domingue.
Les sources citées pour Saint-Georges sont Jean-Paul HERVIEUX l’incontournable Directeur des Archives de la Guadeloupe, Gabriel DEBIEN et Eric Noël.
Madame Pérutin-Dumon reconnaît dans l’expatriation de ces talents et l’immigration d’artiste de qualité plus modeste le phénomène à double hélice qui opère dans le domaine artistique au sein de larges aires culturelles entre les grands centres (Paris) et villes moyennes et petites Basse-Terre et Pointe-à-Pitre).
N’oublions pas de préciser que cet imposant ouvrage regorge d’informations importantes sur les Villes de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre considérés comme élément structurant d’une Guadeloupe en gestation.
Jean-Claude HALLEY
Début de citation…
Son cas (Nicolas-Germain Léonard)[1] nous amènera à considérer d’autres Guadeloupéens partis de leur île pour étudier les beaux arts et ayant fait une carrière prestigieuse en France.
Ce groupe comporte des musiciens et des peintres, souvent gens de couleur. Dans l’état actuel des recherches, on connaît le compositeur Joseph Bologne dit le Chevalier des Saint-Georges (1739-1799 et le peintre Guillaume Guillon Lethière (1760-1832), l’un et l’autre de Basse-Terre[2]
Il est d’abord frappant que Joseph Bologne et Guillaume Lethière soient tous deux de couleur et le fruit de liaisons entretenues dans les Iles par des personnages importants : Georges de Bologne, riche habitant du Baillif (aux portes de Basse-Terre) avec une « négresse », et le procureur du Roi Pierre Guillon avec une noire affranchie. Les deux futurs artistes sont reconnus par leur père et élevés dans un milieu raffiné. Puis envoyés faire des études hors de Guadeloupe. On notera également leur passage par un centre culturel régional avant Paris : Bologne a probablement été formé par un musicien noir Joseph PLATON de Saint-Domingue et Lethière a reçu des cours de dessin à Rouen.
Que sa famille (légitime dans son cas) ait envoyé Léonard faire ses études en France est évidemment moins surprenant. Docteur en droit, celui-ci se découvre une âme de poète plus que de juriste. Il remplit divers postes en France et à l’étranger. De deux séjours à la Guadeloupe (1783 et 1785), il puise matière à une évocation à la fois perceptive et critique des mœurs de sa classe qui se mêle à celle des beaux paysages de son île : les lettres auxquelles nous nous sommes plusieurs fois référée. Léonard réussit moins dans la charge de sénéchal de
la Grande Terre qu’il occupe à partir de 1785 et jusqu’au début de la révolution à Pointe-à-Pitre. Absentéisme, « congés de maladie », va et vient entre la Guadeloupe et la France, en raison de son état dépressif. Sa sœur et son beau frère, Vincent Campenon autre artiste Guadeloupéen, l’héberge en France de 1791 à 1793. Au moment de mettre à la voile pour regagner son poste, Léonard meurt à Nantes le 26 janvier 1793. Campenon publiera l’ensemble des œuvres de Léonard à titre posthume.
Les destins parallèles de Joseph Bologne, Nicolas Léonard et Guillaume Lethière permettent de comprendre comment, pour recevoir une formation à la mesure de leur talent et pouvoir déployer celui-ci avec succès, pour se faire un nom et s’attacher une clientèle, il leur a fallu s’expatrier dans une grande ville ayant vocation à être capitale artistique. Pendant ce temps nos villes Guadeloupéennes recevaient des artistes autodidactes ou manqués dans le flot des immigrants européens, apport suffisant au premier épanouissement d’une culture urbaine entre 1780 et 1810.
Ainsi en rejoignant Paris, les artistes créoles nés dans des régions éloignées contribuaient par leurs créations à en faire précisément le centre des arts français, tandis que les petits blancs venue en Guadeloupe y jouaient le rôle de diffuseurs vers la périphérie d’un art s’élaborant à Paris.
On aura reconnu le phénomène à double hélice qui opère dans le domaine artistique au sein de larges aires culturelles entre les grands centres et villes moyennes et petites.
Fin de citation…
[1] Dans Lettres sur un voyage aux Antilles, nvelle éd., Jean-Paul HERVIEUX, art. cité, p.8 et suiv. La mention du Tableau de l’Intendance se trouve p. 18 ; le peintre est
la célèbre Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842).
[2] Dans « Saint-Georges : Un chevalier de sang mêlé dans la société des lumières » (BCEA, 8, 1998, 130-153), Eric Noël retrace la carrière de compositeur du Chevalier de Saint-Georges et éclaire son engagement dans la révolution, mais il ne disposait pas des données relatives à son père, Georges de Bologne Saint-Georges, d’une famille d’Origine protestante établie anciennement au Baillif. Ces données ont été réunies par Jean-Paul HERVIEUX et mises à profit par Gabriel DEBIEN dans « La caféière et la sucrerie de Bologne Saint-Georges au Baillif (1787) » BSHG « -4 (1965) 11-21Dans Lettres sur un voyage aux Antilles, nvelle éd., Jean-Paul HERVIEUX, art. cité, p.8 et suiv.