Errol Nuissier : Un avenir impossible !

Un avenir impossible

Barack OBAMA, dont tout le monde vante les mérites, n’a pas fait que se battre contre ses adversaires, il a aussi, des propositions, pour une nouvelle économie. Il n’est pas là, seulement pour lutter contre l’idéologie blanche dominante, il est là aussi, pour proposer et mettre en acte, le projet économique d’un président démocrate américain noir. Il est aussi celui qui a dit qu’il fallait se mettre au travail, pour que la société puisse avancer. Il est aussi celui qui a dit, que chacun est responsable, de son devenir. Autrement dit, il n’a pas dit yes week-end, mais yes we can.

C’est un peu ce fil rouge, qui va apparaître, tout au long de notre développement.

J’ai coutume de dire, que la Guadeloupe avance toujours par soubresauts, par conflits, comme si le mouvement linéaire ne lui était pas acceptable, comme s’il était nécessaire de toujours remettre en question, l’équilibre établi. Ce mode de fonctionnement pourrait à première vue sembler intéressant, au sens où il dynamise en permanence, le fonctionnement de la société et permet aux citoyens de progresser. Poussé à l’extrême, il peut, entraîner son contraire.

Pour paraphraser un ancien premier ministre, nous dirons que, trop de conflit tue le conflit. En effet, au dynamisme initial attendu, risque de succéder, une situation de coup d’état permanent et entraîner par voie de conséquence, l’échec du mouvement dynamique, qui est l’expression spontanée de la vie qui se manifeste en chacun des membres du groupe de revendication.

Pour qu’une société soit dynamique et prospère, il faut que les hommes soient acteurs. Ce développement personnel, mouvement individuel puis collectif, seul l’individu en est le moteur, le décideur. En effet, nul autre que nous-même, ne peut et ne doit décider de ce que nous devons faire.

Mais nous savons que dans notre société externaliste, chaque fois que quelque chose de
négatif nous arrive, nous nous arrangeons toujours pour trouver un coupable qui sera tout le monde, sauf nous-même. Si la décision est forcément en nous, et que nous pouvons nous-mêmes faire notre bonheur ou notre malheur, nous devons au nom de ce principe, respecter les libertés individuelles.

Comment dénoncer la profitation des dirigeants et, pour reprendre l’expression d’Ernest Pépin, utiliser le coup de force. En effet, lorsqu’une centaine de personnes vient face à une dizaine, le obliger démocratiquement à fermer l’entreprise dans laquelle ils sont salariés, on est dans la profitation. Le seul pouvoir que possède l’être humain, quel que soit son statut social, politique et économique, c’est la liberté de décider de ce qu’il veut faire de sa vie.

Et il existe dans notre pays, une profitation récurrente, qui est celle de contraindre les gens, de les mettre en situation d’insécurité, de porter atteinte à leur liberté, en leur ôtant un confort minimal, et tout cela, pour leur bien. De plus, comment peut-on dénoncer une injustice, une politique colonialiste, qui favorise une minorité, lorsque par les moyens de revendication, on favorise toujours, cette minorité, en supprimant le confort minimal (électricité, eau courante) et en empêchant la libre circulation des personnes et des biens, et de fait, on tue le petit commerce. C’est d’abord pour cette raison que les conflits sociaux entraînent une stagnation et un avenir impossible. Parce que, au bout du compte, rien ne change dans la répartition de la puissance économique.

Ce qui ne change pas non plus, c’est le refus de ceux qui manifestent de s’engager. En effet, l’énorme cahier de revendications (123 points) vise une fois de plus, à faire un constat et à demander aux autres de faire, sans s’engager soi-même à faire.

Or le constat est évident et a été fait. Nous sommes dans un pays dans lequel, il existe une injustice flagrante. Comme j’ai coutume de dire, nous n’avons pas fait 1789 en Guadeloupe. Les plus puissants dirigeants économiques d’avant la révolution, d’avant l’abolition de l’esclavage, sont toujours les maîtres de l’économie de ce jour. Et dans ce mode de société, les rapports sont difficiles, car pour la direction et l’encadrement des entreprises, la priorité est donnée à la couleur plutôt qu’à la compétence. En ce sens, nou tout an péyi gwadloup kont pwofitasion.

L’autre constat, c’est celui de la profitation. La profitation qui a d’ailleurs débuté lorsque le Préfet légitime l’illégal en recevant les patrons qui bloquent les routes, portant atteinte à la liberté de circulation et déclare qu’il ne peut recevoir les salariés qui défilaient sans entraver la circulation, sans contrainte pour le citoyen, au prétexte qu’il n’avait pas de salle suffisamment grande pour recevoir 31 personnes. Car le terme profitation, dans son acceptation créole, ce n’est pas faire du profit. Dans l’inconscient collectif créole, faire une profitation, c’est favoriser délibérément une personne dont la situation est déjà favorisée, au détriment d’une ou de plusieurs personnes qui sont en situation d’infériorité et de souffrance. C’est favoriser le fort sur le faible, et parfois même, en y prenant plaisir.

Au-delà du constat, nous savons aussi, que ce sont seuls ceux qui s’investissent dans l’économie, en prenant des risques, qui peuvent faire avancer le pays. En effet, il faut se rappeler, que les Indiens, venus sous contrat, les Libanais, les Syriens, puis les Israéliens, fuyant la guerre, et actuellement les Chinois, fuyant la démocratie communistocapitaliste, possèdent une part de l’économie, parce qu’ils investissent, prennent des risques et travaillent. Sé grenn diri ka fè sak diri. Et nous savons aussi que, tous les jours dans ce pays, des femmes et des hommes, se lèvent pour travailler, dans l’intérêt commun, pour améliorer la place de chacun, dans la société dans laquelle ils vivent, avec les moyens dont ils disposent. Et qui doivent, après chaque mouvement social qui paralyse l’économie du pays, essayer patiemment, de reconstruire ce qui a été détruit, pas seulement en ramassant les immondices qui jochent nos rues au risque de nous rendre malades, mais de reconstruire des personnes et des liens sociaux.

Aujourd’hui, le choix des dirigeants politiques des collectivités majeures, est celui du développement des services. Ce choix qui apporte le dynamisme, la croissance à notre économie, et qui limite l’effet de la crise mondiale sur nous, pourrait être remis en question, mais encore faut-il faire des propositions.

Au-delà du constat, nous avons le sentiment d’être dans une situation de dupes, et dans une manipulation, qui est différente de celle qui est dénoncée. En effet, la démocratie exprimée par le vote des citoyens et les choix politiques de leurs élus, semblent remis en cause. Et tout laisse à penser, que le but recherché n’est pas une société nouvelle, plus juste, plus égalitaire, mais bien une société plus ancienne, plus dure. Lorsque l’on descend dans la rue, pour contester, pour s’opposer, pour limiter la liberté individuelle, pour paralyser le fonctionnement économique du pays, et que l’on ne fait pas de propositions, on favorise de façon consciente ou inconsciente, l’arrivée d’un régime politique totalitaire, qui donne le pouvoir politique à une personne, et le pouvoir économique à un petit groupe, allié de ce politique. Autrement dit, nous sommes davantage dans le, yes we can le chaos, que le yes we can construire. Car on ne peut pas construire un pays démocratique, avec le pouvoir donné à une minorité, sur une large majorité de la population. Une minorité, qui présente des propositions qui relèvent d’une idéologie qui, en apparence, pourrait constituer un idéal pour chaque de nous, mais qui dans la réalité, nous conduit à une impasse pour tous.

Le 28 Janvier 2009.

Errol NUISSIER
Psychologue Clinicien.

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