Évolution statutaire ? Réponse à un article de Monsieur Henri Bangou

Dans France-Antilles du mercredi 7 janvier 2009, Monsieur Henri Bangou, ancien maire de Pointe-à-Pitre et ancien sénateur, donne son point de vue sur l’évolution statutaire de notre île, et ce après la tenue du Congrès des élus de la Martinique. A cette occasion il cite un article signé de ma main, paru dans le quotidien du 23 février 2007.
Si je me permets de relever le propos tenu dans le texte en question, c’est parce qu’il contient quelques erreurs me concernant et que la citation faite est de nature à laisser planer une certaine ambiguïté sur mon article, en raison des connotations y associées par Monsieur Bangou.
De fait, la parution de ce texte de l’ancien sénateur-maire m’a valu d’être interpellé par de nombreux amis qui s’interrogeaient sur le fond de mon article oublié par le plus grand nombre, et dont l’ancien sénateur fait apparemment grand cas.
– Pour la forme, je remarque tout d’abord que je n’ai jamais été « directeur de cabinet de deux présidents de région successifs », mais directeur général des services du département sous le mandat de Madame Lucette Michaux-Chevry de 1982 à 1985, puis de 1985 à 1986 sous le mandat de Monsieur Dominique Larifla, et enfin Directeur général de l’Administration régionale puis simple chargé d’études de 1986 à 1992 sous le mandat de Monsieur Félix Proto. La remarque ne manque pas de sens car me qualifier de directeur de cabinet donne à ma position de l’époque un parfum de pouvoir politicien que je n’avais pas et que je trouve, pour ma part, de mauvais aloi.
Car chaque fois que j’ai pris des positions politiques, je les ai prises en qualité de simple citoyen, et jamais par référence à mes fonctions. Ceci pour clarifier les choses.
– Sur le fond, je m’étais contenté dans mon texte, en réalité une lettre ouverte à Monsieur Bayrou, alors candidat à l’élection présidentielle, de souligner l’escroquerie dont avait été victime la Guadeloupe en raison de la manière dont avait été organisé le référendum populaire de 2003, qui aboutissait à l’amputation de son territoire sans que les Guadeloupéens eussent été consultés réellement sur ce point, et, en définitive, à une augmentation des charges de la collectivité guadeloupéenne, alors que diminuaient dans le même temps ses dotations.
C’est vrai que mettre en exergue les procédés discutables utilisés par le gouvernement français pour mener à son terme la réforme qu’il avait décidée en accord avec quelques élus des îles du Nord, quitte à interpréter le texte constitutionnel à la mode tropicale, devait nécessairement conduire le lecteur avisé à ouvrir la boite à malice en se posant la question : y a-t-il une loi commune à l’ensemble français ou une loi pour la France et une loi pour les départements dits « d’outre-mer » ?
Je suppose que c’est ce qu’aura perçu dans mon propos, sans l’exprimer clairement, l’ancien sénateur maire de Pointe-à-Pitre.
En plaçant ma réflexion conjoncturelle en tête de son article, Monsieur Bangou en fait cependant un signe référent qu’il intègre à sa propre démarche intellectuelle, et c’est ce que je réfute, car la suite de son texte est marquée par un flou artistique, et une ambiguïté qui laissent à penser que son auteur ou bien veut brouiller les cartes, ou bien, gêné aux entournures par un passé fait de contorsions diverses, veut se justifier sans jamais cependant expliciter ses choix. Dans un curieux salmigondis où se mélangent l’histoire, la conjoncture et le propos politicien, Monsieur Bangou se pose en philosophe devisant sur l’avenir. Il était temps…
Passons sur l’expression de l’admiration secrète qu’il a pour Lucette Michaux-Chevry, dont il semble apprécier l’extraordinaire aptitude aux palinodies, et qu’il compare d’ailleurs à Gaston Flosse, dont elle aurait  » l’envergure  » (sic), et dont « les idées… en matière… de séparation et de contrôle de pouvoir sont assez proches de celles du PPDG « .
Passons sur la création du PPDG « organisme politique [qui serait] dépositaire de la lucidité politique » manifestée en son temps par le Parti Communiste Guadeloupéen, lequel est jeté à l’occasion aux oubliettes de l’histoire.
Passons sur les hommages indirects rendus à une certaine classe politique française peu recommandable.
Passons sur l’UDF (sic) de Jacques Chirac et de Madame Girardin qui n’est pas l’UMP de Sarkozy et d’Yves Jego.
Passons sur cette bourgeoisie démocratique, évoquée avec un brin de nostalgie, mise en parallèle avec ceux qui aujourd’hui seraient « en train de jeter aux orties toute morale républicaine en achevant par ailleurs de tuer de Gaulle », et prépareraient la conquête des deux assemblées de gauche de nos pays.
Attardons-nous plutôt sur l’esquisse de thèse élaboré par l’historico-philosophico politicien-analyste, et qui est relative à la définition du statut de notre île.
Une courte rétrospective de l’histoire politique des deux îles sœurs Iui permet de magnifier sa propre démarche politique en en soulignant les évolutions (sans jamais se citer bien sûr), et en caractérisant comme outrancière, car il avait osé affirmer la « Nation Martiniquaise », celle de celui dont il a toujours rêvé d’être l’émule sans jamais y parvenir, Aimé Césaire.
La référence aux fondateurs et « dirigeants emblématiques du Parti communiste Guadeloupéen, Girard, Ibéné, Gène » qui, dit-il, ne préconisaient que « l’autonomie dans le cadre de la République française », lui sert par ailleurs à justifier son parti pris actuel, c’est-à-dire (à moins que j’ai mal compris) un vague consensus des assemblées locales « pour adapter les objectifss successifs de nos collectivités au contexte géo et sociopolitique qui est le nôtre et aux changement que celles-ci ont enregistré depuis ».
Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites ! Que de circonvolutions pour dire qu’il est indispensable que les modalités de gouvernement de la Guadeloupe changent, à la fois pour des raisons économiques et politiques.
Économiquement il est effectivement absurde que l’archipel soit administré par deux assemblées. Tout d’abord, cela coûte très cher d’entretenir des élus et des fonctionnaires en double. Ensuite l’efficacité des politiques et des actions en est sensiblement réduite du fait de la fréquente incohérence des objectifs.
Politiquement, l’inconvénient de deux assemblées, régionale et ‘départementale, sur un territoire aussi restreint n’est pas moindre :
– il autorise un élargissement excessif de l’éventail politique préjudiciable à une bonne définition des objectifs en parcellisant les opinions,
– il permet aux gouvernements français, de gauche ou de droite, de mieux jouer des divisions pour imposer des politiques souvent peu conforme à l’intérêt des populations locales (ce fut le cas de l’organisation d’un « référendum » populaire programmant la scission du territoire de la Guadeloupe).
Il est certain que la plupart des Guadeloupéens aspirent à avoir un gouvernement compétent, proche d’eux, fondé sur des institutions cohérentes.
Ce qu’ils redoutent, c’est d’être la proie d’hommes politiques corrompus dont le seul souci serait d’établir un pouvoir autocratique leur permettant de s’enrichir en toute quiétude tout en distribuant les coups de bâton nécessaires au maintien de l’ordre dictatorial qu’ils auraient instauré. C’est ainsi qu’en 2003 ils ont dit non à un projet vide de contenu et qui aurait autorisé une telle dérive.
Quant à dire que le Peuple guadeloupéen ne constitue pas une Nation, sous prétexte qu’il n’aurait « aucun des attributs définis par l’Histoire comme des attributs nationaux », c’est aller un peu vite en besogne.
La population francophone du Québec ne constitue-t-elle pas une Nation quoique intégrée au Canada ? Je dirai pour ma part que le Peuple de la Guadeloupe, comme le Peuple Martiniquais, est bien une Nation dont l’identité s’est construite, comme celle des Québécois, en trois siècles d’histoire douloureuse, et que chacun de ses membres a le droit de se revendiquer hautement Guadeloupéen tout en se prévalant de la citoyenneté Française. Les acteurs du drame de 1802 n’aurait pas dit autrement…
C’est donc la fière affirmation de notre nationalité Guadeloupéenne qui sera de nature à conforter notre identité et à permettre l’éradication complète de ce colonialisme rampant qui a continué à s’exercer dans notre pays sous couvert de soi-disant départements qui ne sont que « d’outre-mer », et qui servent à brimer nos compétences, au bénéfice du capitalisme international, lequel trouve un excellent relai dans ces gouvernements français de droite ou de gauche qui depuis cent quarante ans, continuent l’exploitation de notre peuple sous la couverture bien commode des Valeurs de la République.

Henri Hazaël-Massieux
Guadeloupéen

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