Episode 34 07/02/2009
Résumé des épisodes précédents :
Depuis quelques années, le petit homme vert, venu de l’Univers, étudie la Guadeloupe. Il se pose beaucoup de questions sur le fonctionnement social de la Guadeloupe, mais bien plus encore sur la manière dont cet archipel est dirigé par ses élus. Il a rencontré beaucoup de Guadeloupéens. Tous semblent penser que les élus s’occupent plus de régler leurs propres problèmes que ceux de la population. Par ailleurs, le petit homme vert avait bien dû constater qu’il n’était pas toujours facile de distinguer les Guadelabors (pour Guadeloupe laborieuse) des Guadedestrucs (pour Guadeloupe destructrice), tant ces derniers avaient acquis la faculté de se camoufler, et tant le laxisme des pouvoirs publics à réprimer leurs comportements destructeurs avait amené certains Guadelabors à utiliser certaines de leurs méthodes. Pourtant, après l’échec e la réforme institutionnelle, voulu par 90% des élus locaux et que la population méfiante a repoussée en décembre 2003 par 75% de votes négatifs, les choses semblaient s’être calmé. Fin du résumé.
Et voilà qu’à la mi-décembre 2008, une première grève avec barrages des routes, à l’initiative des patrons transporteurs et du BTP avaient remis la Guadeloupe sur le chemin du cahot, en prétendant par ce seul moyen obtenir satisfaction par ailleurs sur une juste revendication de baisse de prix des carburants. Loin de rétablir la libre circulation, les forces de l’ordre avaient elles-mêmes mis des barrages devant ceux des manifestants pour interdire leur accès aux véhicules des particuliers. Et l’Etat, loin de penser au rétablissement de l’ordre républicain, s’empressait de négocier sous la contrainte, avec les fauteurs de troubles.
Les indépendantistes de l’UGTG en avait fait la remarque et prévenu qu’au 20 Janvier 2009 ils bloqueraient la Guadeloupe sur la base de la même revendication de baisse du prix du carburant et de la baisse du pouvoir d’achat. Ils tinrent leur promesse et c’est quelque 15000 personnes selon la préfecture, 40000 selon les organisations syndicales (toutes regroupées en un collectif : le LKP), qu’elles rassembleront pour leur défilé dans Pointe-à-Pitre, avec des barrages érigés dans toute la Guadeloupe et des commandos d’une dizaine d’individus, drapeau rouge à la main faisant pression sur les commerçants en particulier pointois, (mais pas seulement), les obligeant à fermer leur magasin et à baisser leurs rideaux. Cela fait donc 17 jours que le sieur Alex LOLIA, qui dirige ces commandos, terrorise la population, criant haut et fort sur les média « Nou décidé que Pointe-à-Pitre péké wouvè jodi la » : traduction : « Nous avons décidé que Pointe-à-Pitre n’ouvrira pas aujourd’hui ». Les violences sont parfois extrêmes. C’est ainsi que le patron du magasin EUROSTOR de jarry qui refusait de fermer a été séquestré et tabassé dans son bureau par un commando de quatre malfrats cagoulés. C’est ainsi encore que les employés du magasin Super U de Pointe-À-Pitre ont été jetés dehors et les clients incités à piller le magasin.
Le petit homme vert était très attentif, tant au comportement de la population qu’à celui du gouvernement.
La population d’abord, même si elle n’approuvait pas la violence reconnaissait le bien fondé d’une grande partie des revendications du LKP. Il faut dire que celui-ci s’était montré très malin en récupérant tout ce qui traînait ici ou là en matière de revendications, y compris celles des patrons sur le prix exorbitant des carburants. L’initiative de la mise sur la place publique de ce sujet revenait au MEDEF Guadeloupe, qui avait été à l’origine d’un important rapport du CESR. Dans les 146 revendications du LKP aucun guadeloupéen n’était oublié.
Quand au Gouvernement, piégé qu’il était par sa complaisance envers les responsables patronaux du mouvement de décembre, il choisi de laisser faire. Et en dépit d’un fort contingent de gendarmes mobiles envoyés en Guadeloupe, il choisira très largement de rendre invisible ses forces d’intervention et même sa police urbaine.
Enfin pour tenter de sortir de la crise, il commettra à deux reprises la même erreur, (que soit dit en passant, un débutant dans l’exercice du pouvoir ne commettrait pas).
Une première fois, il exigera que son Préfet organise un grand forum avec, le Préfet lui-même, les Présidents de Région et de Département et leur suite d’élus et de permanents, les parlementaires, les socioprofessionnels, et le LKP en nombre. Tout cela sous la présidence, non pas du Préfet mais du Président de l’association des Maires. Et tout cela sous l’œil des caméras. Pouvait-on imaginé décision plus stupide. Qui aurait pu penser que deux cents personnes puissent débattre dans de telles conditions. Le résultat ne se fit pas attendre. Offrant une telle tribune à Monsieur DOMOTA, le leader du LKP, on en fit une vedette, si non un héros; celui qui allait apporter le bien être à son Peuple Guadeloupéen. Quant au Préfet on l’avait mis dans la situation d’être humilié, insulté, vilipendé. Il n’échappa pas à son destin et fut contraint, deux jours plus tard, de quitter la table des négociations en ce qui apparu à beaucoup comme une fuite, si non une débandade. Fin du premier acte.
Deuxième acte : Le Secrétaire d’Etat Yves JEGO est arrivé, tel Zorro, sans se presser… Ou plutôt le Père Noël JEGO, la hôte débordante de vaines promesses qui firent long feu et qu’il dû lui-même retirer au cours des négociations sérieuses qui se déroulèrent durant 7 jours. Tant elles étaient peu crédibles.
Pour cette nouvelle vague de rencontres, on se montrera plus professionnel. Le lieu d’abord sera la Préfecture. Les délégations seront limitées en nombre. La Présidence sera exercée par le Secrétaire d’Etat en personne. La Presse enfin en sera exclue.
Le petit homme vert se disait que c’était là toutes conditions promettant des négociations sérieuses et susceptibles de donner des réponses sérieuses aux questions posées.
Mais hélas il fallut très vite se rendre à l’évidence : on commettra encore deux erreurs lourdes de conséquences.
Manifestement le Ministre voulait sortir vite de ce conflit et pour lui il ne pouvait y avoir qu’un gagnant le LKP. Car celui-ci avait fait la démonstration de sa force de mobilisation. En conséquence, pas question de ne pas lui donner satisfaction sur tous les points. Il convenait donc d’abord de lui démonter sa bonne fois, puis de tordre le cou à ce patronat qui ne voulait rien lâcher.
Le LKP ne mit pas longtemps a comprendre. Il commença à arriver avec deux heures de retard à la table des négociations et en préambule il exposait que «Mme MARSIN, membre du collectif, faisait l’objet d’une convocation dont le motif n’est pas connu mais dont on sait que ce pourquoi on la fait venir est passible du pénal et comme sa parole est engagée au nom du collectif et doit être validé, cette situation est intolérable ». Le Ministre pria donc la Préfet de s’en occuper sur le champ et donna sa réponse quelques minutes plu tard : « Madame Marsin, document annulé ». Note du Petit homme vert : drôle d’idée de la notion de séparation des pouvoirs et en particulier de celle d’indépendance de la justice !
Mais le Ministre n’en restera pas là. De flatteries en flagorneries il en arrivera à perdre toute retenue. Ainsi, en réponse à une intervention du LKP exposant que des pâtes alimentaires vendues 1 € en métropole le sont à 1,60 et que même avec un remise de 10% elles en serait encore à 1,50 €, le Ministre se lancera dans un long exposé indiquant qu’il y a nécessité de démonter toute la chaîne et qu’il souhaite la mis en place d’un travail en commun et qu’il est prêt à démonter toute le système et demander à la grande distribution de ramener ces produits au prix métropole à 10% prêt et qu’il est prêt à envisager la possibilité d’un label LKP sur ces produits.
Autre exemple, celui de la SARA. Après avoir pris fait et cause pour les revendications du LKP qui réclame qu’une action en justice soit lancée contre les dirigeants de la SARA, le Ministre se lance dans une diatribe contre les dirigeants de la SARA et conclura par se termes dont chacun tirera les conséquences : « Je sais que la SARA nous gruge, j’en ai l’intime conviction, je n’ai pas de preuves » et s’adressant au collectif, « je suis preneur de toutes vos infos là dessus ».
Mais plus instructif encore, cette entretien du Ministre avec les socioprofessionnels (au cours d’une interruption de séance) pendant lequel il leur brandit la liste des 98 entreprises dont les résultats financiers permettraient de payer les augmentations de salaires que demande le LKP, ajoutant ; « cette liste je la tiens des services fiscaux » et en séance s’adressant aux socioprofessionnels : « Qu’est-ce qu’on met sur la table ? », « Nous avons tous raison, il faut faire régresser la profitasyon, toutes les entreprises profitasyonnistes, il faut les faire cracher ».
Des lors il était clair que Monsieur JEGO n’en avait rien à faire de la Guadeloupe et que son seul objectif était de mettre un terme au plutôt à ce mouvement revendicatif, quelqu’en soit le prix, afin qu’il rentre chez lui en vainqueur et sauve ainsi son porte feuille ministériel.
La situation rappelle a bien des égards la période 1981-1986, ou Monsieur Mitterrand avait envoyé un émissaire (privé celui là) rencontrer les indépendantistes et négocier avec eux une éventuelle indépendance. Cela s’était traduit par une période de terrorisme avec pour apogée 1985 et l’affaire Faisant, (abandon de la rue au mouvements indépendantistes, barrages érigés dans toute la Guadeloupe, inefficacité des forces de maintien de l’ordre, Etat prenant fait et cause pour les indépendantistes, etc… Nous y reviendrons dans une prochaine édition). Et il avait fallu l’arrivé de Jacques CHIRAC à Matignon en 1986 pour que l’ordre républicain soit rétabli.
A ceux qui hésitent encore à croire que tout ce mouvement (dont les leaders jurent qu’il est uniquement social) a pour seul objectif, l’indépendance de la Guadeloupe, voici deux extraits de textes pour alimenter leurs réflexions :
1er extrait
L’idée que je veux avancer ici, est que l’actuelle dérive d’une fraction significative du mouvement syndical n’est pas sans rapport avec la déroute des organisations politiques se réclamant de l’anticolonialisme.
Il faut rappeler que le projet social, historiquement, était étroitement lié au projet politique, et la réalisation de l’un ne se concevait sans la réalisation de l’autre. Le mouvement syndical guadeloupéen par exemple, prend naissance dans l’élan d’une initiative politique engagée par le Comité de la Jeunesse Républicaine en 1891….
Pour la première fois, le rapport organisation politique/organisation syndicale s’est inversé. Ce n’est plus la politique qui donne sens au mouvement social. C’est le mouvement syndical, dans sa période la plus délirante, qui place les organisations politiques à sa remorque. En ces temps désaccordés, nous assistons à un engrenage fou : plus la crise affecte notre société, plus l’individualisme s’exacerbe ; plus la corruption se développe, plus la délinquance se répand ; plus le mouvement social s’appauvrit idéologiquement et moralement, plus l’U.G.T.G se renforce numériquement. On est bien loin de l’esprit qui a présidé à la création du syndicat en 1973. Qu’importe ! Les organisations politiques, en mal d’identité, le désignent comme le « fer de lance de la lutte anticolonialiste ».
Si la finalité de cette action consiste à ébranler l’Etat français, l’U.G.T.G peut-elle sérieusement prétendre y être parvenue ?
A notre avis, l’agitation désordonnée de ce syndicat, son usage de la violence gratuite, son anti-démocratisme, son anti-intellectualisme, son mépris de l’intérêt général, ont fini par renforcer dans l’esprit de l’opinion, l’idée que la présence française en Guadeloupe est le plus sûr rempart contre toute dérive macoutique. Une présence par ailleurs légitimée par la démarche revendicative même de l’U.G.T.G. Par exemple quand les salariés des collectivités territoriales arrêtent le travail pendant plusieurs mois, ce n’est pas le compte du colonialisme français qu’ils envisagent de liquider. Bien au contraire c’est au Préfet qu’ils s’adressent systématiquement pour faire valoir leurs revendications. Ils ont le sentiment que leurs luttes ne peuvent leur assurer de nouvelles conquêtes sociales que dans le cadre politique actuel…
Alors, que chacun réfléchisse !
Extrait d’un texte de janvier 2005 intitulé Vide politique et dérive syndicale et signé Alex LOLLIA
Le même que cité ci-dessus.
2ème extrait
Interview de Paul-François PAOLI par le POINT
Question : Vous dénoncez les dérives de votre île d’origine, la Corse. Quel spectacle, ces derniers jours…
Réponse de l’intéressé : … Nous voyons des Francophobes, qui insultent la France et l’Etat-nation, et réclament ensuite une compagnie maritime « publique ». Maintenant, les mêmes disent « régionale ». Mais ce sera toujours avec l’argent venant directement de la collectivité nationale. Ces gens-là sont au mieux sans rigueur, au pire sans orgueil.
Question : Le « FLNC du 22 octobre » menace la sécurité des éventuels repreneurs de la SNCM. Qui sont ces cagoulés ?
Réponses : Les partisans de la violence sont des groupes qui s’érigent en représentants du peuple corse alors que personne ne leur donne mandat. Un certain nombre de Corses sont exaspérés par leur emprise….
Question : Que faire ?
Réponses : Il faut que les Corses aient le courage et soient capables de neutraliser la minorité d’activistes. Aujourd’hui, c’est comme si le « Front National » faisaient la loi en France en posant des bombes sur le continent….
Question : L’île est-elle en train de s’éloigner du continent ?
Réponses : Les nationalistes ne peuvent pas continuellement jouer la carte du ressentiment anti-français et accepter le reste, les subventions, les aides, d’un montant de 1 500 euros par habitant et par an. Cette solidarité est juste, mais il ne faut pas sans cesse incriminer l’Etat français. Le risque, c’est qu’un jour un homme politique dise : « La Corse et la Guadeloupe, on en a assez. ». Cet homme politique préparera alors un plan d’indépendance. Ce ne sera pas l’indépendance de la Corse, mais celle de la France vis-à-vis de la Corse.
Fin de citation.
Comme dit Monsieur LOLIA, alors que chacun réfléchisse !
A la semaine prochaine