Quand l’histoire se répète ! Les parlementaires de Mayotte font comme Césaire, Bissol, Vergès et Monnerville !

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Abdoulatifou Aly,

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Soibahaddine Ibrahim,

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Adrien Giraud

L’initiative de la loi de départementalisation émane d’abord de trois députés communistes (Césaire et Bissol de la Martinique, Vergès de la Réunion) auxquels se joint le Guyanais Monnerville. Leur préoccupation est à la fois historique et sentimentale d’une part, pragmatique d’autre part.

C’est l’attachement fidèle à la métropole qui leur sert de cheval de bataille pour revendiquer, dans la lignée qu’ils pensent être celles des pères de la République, l’Assimilation. Plusieurs fois refusée à leurs prédécesseurs, cette dernière est de nouveau revendiquée avec force dans une Assemblée Constituante où les élus de gauche sont majoritaires et décidés à faire un geste pour ces colonisés qui ont payé, en prime, un lourd tribut pour la défense de la patrie lors des deux conflits mondiaux.

Aussi Gaston Monnerville se réfère-t-il à l’héritage de la République pour revendiquer l’assimilation :

« Après que la première Constituante nous eut donné les droits de l’homme, la seconde a fait mieux, elle nous a donné les droits du citoyen en faisant de nous des citoyens français et en instaurant immédiatement le suffrage universel dans ses quatre vieilles colonies. Après la fraternité et la liberté, nous venons vous demander l’égalité devant la loi. Nous vous demandons de compléter l’œuvre commencée avant vous et de nous donner l’égalité dans la famille française. Ainsi sera réalisée une œuvre démocratique indispensable ».

L’assimilation leur paraît par ailleurs nécessaire pour mettre fin à la misère qui règne dans leurs colonies et pour y résoudre les problèmes sociaux, pour les sortir du chaos social.

Dans les conclusions de son rapport devant l’Assemblée, Aimé Césaire préconise « la fin de l’exception coloniale pour quatre colonies qui, arrivées à leur majorité, demandent un rattachement plus strict à la France ».

Or, c’est précisément ce que conteste la seule voix parlementaire discordante dans ce débat: Le député de la Guadeloupe, Paul Valentino, quoique tout autant favorable à cette assimilation, fait tout de même entendre sa différence sur sa façon de la concevoir : « J’ai la conviction intime qu’une assimilation qui remettrait désormais au Gouvernement central la responsabilité totale du destin des peuples coloniaux finirait par porter atteinte aux liens sentimentaux qui les unissent à la métropole…Je ne pense pas qu’il faille aller vers une assimilation administrative. Ce qui s’impose, c’est un renforcement des pouvoirs des assemblées locales et non point une assimilation qui réduirait ces pouvoirs ».

Merci à notre historien polytechnicien de service qui nous a ressorti ce morceau de notre histoire. Bien entendu MAYOTTE va voter OUI, ce que la Guadeloupe n’aura pas été invitée à faire. Mais qui doute du résultats de cette consultation si elle avait eut lieu en 1946 ! et même si elle avait lieu aujourd’hui.

Alors bien venue à Mayotte dans la grande famille française et dans la Fraternité la Liberté et l’égalité.  

Et souvenons nous de la Guadeloupe d’avant : la départementalisation :

  • le niveau de vie et la situation des Guadeloupéens étaient à bien des égards ceux des autres « colonies » :
  • La durée de la journée de travail variait entre dix et douze heures. Les salaires très bas permettaient à peine de couvrir les frais de la nourriture, composée presque exclusivement de racines, de riz et d’un morceau de morue, la viande étant un luxe réservé aux dimanches et aux grandes occasions.
  • Cette dureté de la vie, les inégalités sociales criantes ont pour conséquence des conflits sociaux souvent violents et même entachés de mort d’homme..
  • L’état sanitaire était déplorable. L’équipement hospitalier était insuffisant. Les malades mentaux et les lépreux vaquaient en toute liberté. La tuberculose, la typhoïde, le paludisme, le pian, la syphilis, la bilharziose et les autres parasitoses intestinales faisaient des ravages.
  • La mortalité infantile était très élevée et l’espérance moyenne de vie ne dépassait pas 55 ans;
  • Il faut y ajoute un habitat précaire, avec des cases exiguës et sordides dans lesquelles on ne dispose que de hardes pour dormir, et une pression démographique qui provoque un exode croissant vers les taudis des « bidonvilles » qui n’osent pas encore dire leur nom de Pointe-à-Pitre;
  • les inégalités sociales et culturelles étaient flagrantes: alors que le lycée Carnot envoyait chaque année des lauréats au Concours général, 80 % de la population était analphabète et ne parlait même pas le français.

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