« Dans un processus révolutionnaire »

18/04/2009
Goizeder TABERNA
Alors que les médias parisiens ont le regard rivé sur les états généraux de l’Outre-mer, Patrick Dore, Myrlin Davile et Petit-Louis Casimir sont en visite à Bayonne. Représentant les syndicats martiniquais et guadeloupéen UGTM et UGTG, ils sont venus raconter leur lutte, celle de l’émancipation de leurs peuples.
«Le peuple va choisir le calendrier de son émancipation», assure Myrlin Davile, membre de l’UGTG. Pour lui, les états généraux ont commencé le 5 décembre 2008 avec une liste de proposition de 146 points définis au sein de la plateforme LKP (Lyannaj Kont Pwofitasyon), dont l’UGTG fait partie. Et non cette semaine, comme l’a décidé le Gouvernement français.
Négociations
Pour les deux centrales syndicales antillaises, l’heure est à l’action. «Nous sommes tous les jours en négociations… Nous ne pouvons pas sortir des négociations pour entrer dans un parloir», insiste Patrick Dore de l’UGTM. Effectivement, les acteurs sociaux sont en négociation, en ce moment, pour l’application des accords signés le 3 mars en Guadeloupe et le 14 mars en Martinique.
En attendant, le mouvement continue. Bien qu’on ne parle pas de grève générale, bien qu’on ne défile pas une fois par semaine dans les rues comme au mois de février, il existe une trentaine de grèves dans différents secteurs en Guadeloupe. Dans l’île voisine, après 38 jours de grève générale le Collectif du 5 février 2009 a déclaré la «suspension» du mouvement. Toutefois, «la vigilance est maintenue». Pour preuve, hier, une manifestation a été organisée, alors que se déroulaient à la préfecture, les négociations sur l’emploi.
Lancé sur des questions de pouvoir d’achat, le mouvement a dépassé le problème du prix du pain. «Nous sommes dans un processus révolutionnaire, car tous les secteurs sont concernés et parce que ce mouvement se traduit par des transformations dans la société», considère Patrick Dore. Pendant la grève générale, il y avait au minimum 5 000 personnes dans la rue et cela pouvait aller jusqu’à 30 000 personnes.
Maintenant, cette population en mouvement décrypte mieux le fonctionnement de la société locale, d’après les syndicalistes. Une société dans laquelle 90 % de l’économie est dans les mains d’une classe dirigeante. «C’est un mouvement contre le système colonial», résume Myrlin Davile.
Participation des médias
Et les médias ont joué un rôle important dans cette prise de conscience. Les journalistes locaux ont suivi de près les manifestations et les négociations ; ils ont participé au mouvement. A tel point que les rapports avec les médias ont changé. Une télévision s’est même montée en 24 heures grâce à des professionnels. Ainsi, la télé Otonom Mawon a retransmis tous les soirs les manifestations.
«Les journalistes ont fait leur boulot, mais ils ont été sanctionnés», raconte le syndicaliste guadeloupéen. Des rédacteurs en chef ont fait l’objet de mises à pied, le responsable et une journaliste de Canal 10 ont été en garde à vue… Comme l’affirme Patrick Dore, «le mouvement a dépassé le cadre formel des syndicats».