source : LE MONDE | 02.05.09 |
Mais c’est tellement évident ! Outre-Mer – Outre-Monde !
Merci Madame Isabelle AUTISSIER de noter l’absence coupable de l’outre-mer ! Quel beau défi pour les Etats Généraux. Le Ministère de l’Environnement devrait être installé en Guadeloupe, puisque l’outre-mer représente 95 % des surfaces concernées !
« Outre-mer« . Prononcez ce mot et vous êtes déjà submergé par une vision paradisiaque d’eaux limpides frangées de sables blonds où se bercent des palmes. Quelques hurluberlus, comme moi, évoqueront peut-être l’âpre grandeur des glaces de Kerguelen ou des récifs de Saint-Pierre-et-Miquelon. Mais notre Grenelle de la mer ne peut et ne doit se contenter de cartes postales.
L’outre-mer est au coeur de nos discussions. Si la France s’enorgueillit d’être la deuxième nation maritime du monde, c’est bien grâce à ces îles lointaines. Il faut comparer la surface de la Zone économique exclusive (ZEE) métropolitaine (350 000 km2) à celle de cailloux perdus tels Clipperton (425 000 km2), Crozet (560 000 km2), plus encore la Nouvelle-Calédonie (1 740 000 km2) ou la Polynésie (4 870 000 km2).
Il faut prendre en compte l’extraordinaire biodiversité à laquelle notre pays a ainsi accès. Mais, des manchots aux coraux, l’heure est grave.
Le réchauffement climatique tue les coraux, perturbe la physiologie des oiseaux et des mammifères marins, les rejets industriels et urbains empoisonnent des milieux entiers, la déforestation étouffe la côte sous les boues de lessivage, les implantations touristiques redessinent le rivage au mépris des marais, des vasières, de récifs coralliens et de la mangrove, la surcapacité de pêche y fait les mêmes dégâts qu’ailleurs. C’est ainsi que meurent aussi des économies entières, des cultures et des savoirs.
En cela, le constat n’est pas fondamentalement différent de celui de la métropole, et c’est ce qui a conduit notre groupe de travail, après un vif débat, à ne pas créer de sous-groupe, au moins pour la partie diagnostic.
Car s’il avait fallu individualiser l’outre-mer, que dire de ces territoires entre eux ? Du plus chaud au plus froid, du désert humain comme les îles Eparses au plus dense (Saint-Martin : 528 ha/km2, soit cinq fois plus que la métropole), avec des structures de gouvernance disparates, des langues, des histoires, des cultures et des développements différents, il y a plus à gagner aujourd’hui à la synthèse.
Méfions-nous aussi du sous-comité, qui restitue ses travaux en fin de journée, un oeil sur la pendule. L’outre-mer mérite mieux. Il doit être partout, et nous devons tous le sentir présent, même au coeur de ce 5e arrondissement de la capitale. Je trouve encore nos ultramarins trop peu nombreux. Je sais la difficulté de l’éloignement, le temps et la fatigue, mais, sur ce sujet, ils représentent 95 % de la surface dont nous débattons.
L’individualisation viendra avec l’élaboration des propositions. Il faudra résoudre des problèmes particuliers : moyens de recherche trop faibles et dispersés au regard de la complexité et de l’urgence, peu de respect des lois, accès inégal aux financements, intégration à des protocoles régionaux de grande échelle, gouvernance spécifique.
L’outre-mer français, par son extension, par sa biodiversité, intéresse toute la planète.
Les combats pour sa préservation et le développement d’activités durables pour ses populations sont une impérieuse exigence.
Première femme à avoir réussi un tour du monde à la voile en compétition, la navigatrice est vice-présidente du groupe du Grenelle de la mer consacré à « La délicate rencontre entre la terre et la mer ». Pendant toute la durée de ces travaux, qui devraient s’achever au début de l’été, elle livre au Monde, chaque fin de semaine, son journal de bord. Celui-ci n’engage qu’elle-même et aucunement les autres participants.
Isabelle Autissier