Bordeaux est le Port de la lune et la Ville de l’oubli ?

Assistant à un congrès à Bordeaux j’entendais tous les intervenants se glorifier de la splendeur de la ville qui venait d’être honoré par l’Unesco… pas un mot sur la traite ni sur l’esclavage qui auront tout de même forgés cette ville. Pas un mot sinon le courageux rappel à la mémoire par Monsieur André COMTE-SPONVILLE.

Je terminais une de mes notes-échos de Bordeaux en signalant le courage de Compte Sponville de fustiger gentillement les Bordealais de cet oubli quasi permanant du commerce triangulaire… Bordeaux au patrimoine de l’humanité ! Bravo ! mais ! Bordeaux est le Port de la lune et la Ville de l’oubli.

Il faut aujourd’hui parler de Bordeaux car le Gouvernement a décidé de délocalisé le 10 mai dans cette ville. 

Deuxième port négrier de France pendant deux siècles, Bordeaux inaugure une exposition permanente au musée d’Aquitaine consacrée au commerce atlantique et à l’esclavage.

Bordeaux, qui accueillera donc dimanche la cérémonie de la journée nationale de commémoration de la traite négrière, fut le point de départ entre 1672 et 1837 de près de 500 expéditions maritimes qui déportèrent d’Afrique environ 130.000 esclaves vers les Antilles, occupant la deuxième place derrière Nantes.

Une ville construite sur l’esclavage

C’est surtout au commerce de denrées produites par les esclaves que la ville doit sa richesse. L’exposition, qui dévoile gravures, cartographies et vidéos sur l’enfer des traversées atlantiques, s’articule autour de chapitres évocateurs d’une époque ayant permis le développement économique de la cité : « La fierté d’une ville de pierre », « Bordeaux porte océane, l’Atlantique et les Antilles », « L’Eldorado des Aquitains » et « Héritages ».

Pour l’adjoint à la culture Dominique Ducassou, « Bordeaux n’a jamais voulu cacher cette partie de son Histoire, même s’il n’y avait pas jusqu’à présent une forte visibilité de cette page » particulière de la ville.

« Ce n’est pas un devoir de repentance »

Le seul monument bordelais rappelant l’esclavage est un buste de Toussaint Louverture, père de l’indépendance de Haïti, inauguré en juin 2005 et installé sur la rive droite de la Garonne.

« On ne refait pas l’Histoire. Ce n’est pas un devoir de repentance, c’est une réalité de l’Histoire de Bordeaux. On la constate, on la regrette, et on l’expose pour les générations à venir », tranche-t-il.

Le directeur du musée, François Hubert, ne souhaite pas non plus s’appesantir sur le passé : « De cette histoire douloureuse est née une réalité de valeur universelle comme la musique telle le jazz ou la littérature. L’Histoire est en train de se dépasser d’elle-même grâce au métissage », juge-t-il.

« La difficulté est d’arriver à construire un discours historique sur un sujet complexe et à l’illustrer avec des documents et des objets », car par définition les esclaves ne possédaient rien, souligne-t-il pour expliquer l’inauguration tardive de l’exposition.

Un mémorial sur la Traite des Noirs

Ce n’est qu’en 1999 que le maire de Bordeaux, Alain Juppé, engagea « une politique de la juste mémoire » avec une exposition temporaire sur l’esclavage , baptisée « Regards sur les Antilles », grâce au don de 600 documents iconographiques au musée d’Aquitaine par un collectionneur d’origine lyonnaise.

En 2006, la ville commanda un rapport du comité de réflexion sur la traite des noirs à Bordeaux, présidé par l’écrivain Denis Tillinac, pour faire progresser le travail de mémoire.

Alain Juppé indique, dans un document de présentation de l’exposition, souhaiter avant tout « aider à comprendre sans anachronisme culpabilisateur » et « refuser toute amnésie » en inscrivant dans la mémoire de Bordeaux sa relation avec l’esclavage.

L’association DiversCités, qui a longtemps accusé la ville d’occulter son passé, s’est félicité de « ce pas positif » mais elle espère toujours la mise en œuvre de la proposition du rapport Tillinac : l’édification à Bordeaux d’un mémorial de la traite des noirs.

Le 10 mai pour commémorer la traite négrière

La cérémonie officielle de la « journée nationale de commémoration des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition », a été « délocalisée » pour 2009 à Bordeaux, qui fut pendant longtemps le principal port de transit négrier de France, à l’occasion de l’inauguration des salles consacrées à ces questions au musée d’Aquitaine.

Parallèlement, une manifestation de différents collectifs anti-esclavagistes se déroulera à Paris, à partir de 14H00, de la place de la République à celle de la Nation.

Le Comité pour la mémoire de l’esclavage , créé en 2004 et qui s’appelle désormais « Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage , selon les termes d’un décret paru jeudi au Journal officiel, avait proposé en avril 2005 la date du 10 mai comme « Journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions » en métropole.

La première commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage en France (1848) a eu lieu le 10 mai 2006.

Rappelons aussi la très belle commémoration organisée par le collège Victor Hugo de Saint-Yorre le 10 mai 2007 sans les ors de la République mais avec l’enthousiasme des jeunes.

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