l’extraordinaire richesse culturelle de nos sociétés métissées ! Comme si on en doutait !

Je publie ici un article de Gaëlle GONTHIER parru sur le site de AFRIK’AN’Heure sous le titre de « Retrouver la Mémoire de l’Afrique ». A discuter !

Tandis que l’on s’apprête dans l’Hexagone à commémorer – le 10 mai – l’abolition de l’esclavage, l’histoire des départements français d’Outre-mer (DOM) pourraient acquérir une plus grande visibilité en métropole. C’est du moins ce qu’espère François DURPAIRE, un des trois rapporteurs du groupe de travail Mémoire et identité dans le cadre des états généraux de l’Outre-mer dans l’Hexagone. Ce professeur d’histoire à la Sorbonne et cofondateur de l’Institut des diasporas noires francophones, détaille les principales pistes de réflexions de son atelier.

« Il a fallu attendre la loi Taubira pour que le travail de mémoire commence à se faire dans l’Hexagone », déclare François DURPAIRE, un des trois rapporteurs de l’atelier Mémoire et identité aux états généraux de l’Outre-mer dans l’Hexagone. Cette loi, adoptée en 2001, qualifie la traite négrière transatlantique et dans l’océan Indien – mise en œuvre dès le XVe siècle – de crime contre l’humanité.

Ce texte prévoit par ailleurs que l’esclavage acquière une place « conséquente » au sein de l’enseignement et de la recherche. Car, si ces trois siècles et demi d’histoire font l’objet d’un programme spécifique dans l’Outre-mer, ce n’est pas encore le cas en métropole. C’est pourquoi l’enseignement dans les écoles de la traite négrière constituera un des trois axes de réflexions de cet atelier, qui doit commencer ses travaux le 7 mai.

Un musée de l’Outre-mer

Le groupe de travail envisage également de plancher sur la création d’un centre de recherche en lien avec les université de Saint Denis de la Réunion et des Antilles-Guyane. Mais les sentiers inexplorés ne manquent pas, notamment en sociologie et en histoire. François DURPAIRE confirme par exemple qu’il n’existe pas d’études comparatives sur l’identité africaine dans les différents DOM. Pourtant, des écrits sur la négritude d’Aimé Césaire à la résurgence du maloya – danse traditionnelle des esclaves africains – à la Réunion, l’empreinte africaine dans ces anciennes îles à sucre est frappante. L’exposition Kreyol Factory actuellement ouverte à La Villette (Paris) traduit également l’influence de l’Afrique sur l’art créole.

Donner un lieu pour que l’art et l’histoire de l’Outre-mer s’expriment, c’est le troisième et dernier axe de travail de l’atelier Mémoire et identité. Des premiers habitants à la départementalisation en 1946 en passant par l’esclavage et l’engagisme, de nombreux pans de l’histoire de la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et La Réunion restent méconnus du grand public. « Il existe déjà des musées dédiés à cette histoire dans les DOM et une Maison des civilisations va bientôt voir le jour à La Réunion, mais nous voulons créer un espace spécifique à l’Outre-mer dans l’Hexagone », explique le professeur.

Ce genre d’initiatives – si tant est que le gouvernement veuille bien leur donner suite – pourraient contribuer à éclairer les malaises identitaires qui s’expriment dans ces anciennes colonies et permettre d’explorer l’extraordinaire richesse culturelle de ces sociétés métissées.

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