Lycée ! Confiance, Responsabilité, Loyauté ! La balle au Gouvernement !

C’était sans doute les états généraux des Lycées de france.

L’Expression Lycée pour Tous devait sans doute exiter la curiosité de tous et de chacun. Succès sans doute de cette consultation à travers tout le pays. Les chiffres sont là pour illustrer le travail effectué en profondeur.

Résultat des courses : trois pistes sont proposées au Gouvernement. Elles sont présentées ci-après et peuvent être considérées comme un résumé des 87 pages du rapport présenté à l’Elysée. 

Accessoirement quelques remarques personnelles :

La commission a-t-elle ouvert un chapitre spécial OUTRE-MER ? que nenni ! La réponse est rassurante au possible. Les Lycées de la Guadeloupe sont de la même consistance que les lycées de n’importe quel autre département français.

L’Europe ! elle est une seule fois mentionnée ! une toute petite mention sur la nécessité de passer des conventions avec des établissement équivallents en pays étrangers.

Autre constat : le choix des trois options déterminées est laissé au Gouvernement ! ce pourrait être une manière de se laver les mains ! Mais la récolte est tout de même très belle. C’est une réponse au fameux « Kalbandé l’école à yo ».

Voici les dites conclusions, les préconisations et les choix possibles.

Le gouvernement va devoir choisir le degré d’évolution qu’il veut et pense pouvoir conduire au lycée, à ce moment précis de la société française, avec ses tensions, ses contradictions, ses aspirations et puis l’état des finances publiques et de leur répartition.

Trois choix sont possibles.

1) Le premier, le plus simple, le mieux propice à la stabilité des dépenses publiques consacrées au lycée consiste à ne rien faire et à gérer en douceur une meilleure répartition des moyens entre les académies, les départements et les établissements. Ce premier choix aura de nombreux et puissants soutiens.

  • Soutiens nombreux et puissants puisqu’une bonne partie des lycées vont bien. Ceux qui constituent une propédeutique aux CPGE ou aux BTS. Ceux des centres ville avec de bons taux de réussite au Bac, de nombreuses poursuites d’études, pas trop de redoublements. Finalement, le problème c’est le collège … Pourquoi Diable s’attaquer au lycée ? Ah oui, et puis une observation : dans les lycées qui vont bien se trouvent la très grande majorité des enfants des élites sociales, économiques, médiatiques, administratives et politiques. Ces jeunes adultes là se portent plutôt bien dans le lycée tel qu’il existe et qui n’est pas si éloigné de celui qu’ont connu… leurs parents. Ces lycées là forment des bacheliers qui iront en CPGE, ou en Droit ou en Médecine et vers le professorat. Pourquoi changer ?
  • Soutiens nombreux et puissants puisque, ne touchant pas au temps scolaire, on n’aura pas besoin d’arbitrer entre les disciplines. Si on
    maintient en l’état les emplois du temps, la répartition horaire entre heures de classe, TPE et accompagnement scolaire, on ne froisse
    personne. On ne risque pas d’être accusé de brader les savoirs, de faire baisser le niveau, « d’assassiner » les lettres, ou les sciences, ou les sciences économiques et sociales. Ce temps scolaire, cette répartition par discipline, ces méthodes pédagogiques qui ont fait leur preuve depuis des décennies, ce « système-de-notation-qui-assure-le-maintien-d’un-hautniveau-d’exigence-intellectuelle-qui-est-bien-le-moins-que-l’on-doive aux-jeunes-les-plus-en-difficulté »… tout cela fonctionne plutôt bien pour une bonne moitié des lycéens.
  • Soutiens nombreux et puissants puisque, « pour les autres lycéens», la question est d’abord de savoir : si le collège a correctement rempli sa mission (redite) et si ces lycéens-là devraient vraiment être au lycée (redite). Ensuite il y a le lycée professionnel, qui n’est pas si mal d’ailleurs, on vient de le réformer.
  • Soutiens nombreux et puissants puisque le statut des enseignants ne sera pas « remis en cause » ni simplement discuté. Cela fait 59 années que ce statut n’a pas été modifié ni quant à la mission des professeurs ni quant au mode de calcul de leurs obligations de service (un nombre d’heures fixe ; calculé par semaine et non pas « annualisé » ; passées « devant les élèves ») ; ni quant à leurs obligations de formation continue.

Ce premier choix aura de nombreux et puissants soutiens mais, bien sûr, il aura aussi des contempteurs. C’est à qui s’indignera le plus d’un recul, du triomphe des conservatismes, du simulacre démontré qu’est la consultation qui a donné lieu à ces quelques pages.

S’il était retenu, ce choix serait explosif. Le degré d’inégalité supporté par les spoliés du système devient proprement insupportable. « L’élitisme républicain » ravage une jeunesse de plus en plus défiante à l’égard des pouvoirs (les médias comme les partis politiques, les élites économiques comme les élites intellectuelles) et des discours. Sous cet angle, le déséquilibre des voies et des filières et ce qu’on appelle « orientation » couvrent de plus en plus maladroitement un tri social.

2) Le deuxième choix possible est de concentrer la « réforme du lycée » sur un certain nombre de sujets précis, qu’il y a urgence à traiter:

  • L’orientation
  • La revalorisation de la voie technologique et de son image
  • La rénovation des filières STI
  • Le rééquilibrage des séries au sein de la voie générale
  • La revalorisation de la voie technologique et de son image
  • La rénovation des épreuves du Bac en langue pour harmoniser la nature des épreuves avec les objectifs de la formation tout au long des 3 années du lycée, d’une part, et d’autre part, pour harmoniser les épreuves d’une série à l’autre dans la voie générale, et entre les deux voies générale et technologique.
  • Tendre vers la diminution du nombre des élèves par division en classe de Seconde en tenant compte de leur hétérogénéité et des disciplines enseignées.
  • En contrepartie la diminution en tendance du nombre d’heures/élève par niveau de classe, en dissociant nettement le nombre d’heures/élève et le nombre d’heures/enseignant (on ne diminue pas le nombre d’heures/élève pour supprimer des emplois).
  • Une nouvelle étape de la démocratie lycéenne par une participation plus grande aux processus de décision concernant la vie scolaire et une reconnaissance des engagements lycéens.

3) Le troisième choix possible est complémentaire du deuxième : lancer une vaste concertation sur une véritable refondation du lycée en partant :

  • des propositions des lycéens (CVL + UNL + FIDL) sur le temps scolaire, l’intégration du temps de travail personnel au sein de leur emploi du temps, la répartition de leur emploi du temps entre cours « classiques » en classe, activités sportives, activités culturelles et artistiques, accompagnement personnel, orientation et stages ;
  • d’une négociation avec les syndicats d’enseignants sur la nature de leur mission et le décompte de leur service : les contreparties qu’il faudra leur donner seront à terme compensées par la réduction du nombre d’heures/élèves ;
  • d’une négociation avec les régions sur le lien lycée/environnement territorial et social et sur la participation de l’espace immobilier à la
    formation lycéenne

Le choix des scenarii et le devenir de la centaine de préconisations inspirées du terrain et présentes dans ce rapport dépendent désormais de la volonté des politiques, des partenaires sociaux et des membres de la communauté éducative.

Les choix qui seront faits sont aussi des choix de société. Comme l’est celui de la méthode employée pour mener le changement et qui tient en trois mots : confiance, responsabilisation et loyauté.

Confiance et considération pour tous ceux dont l’éducation est le métier. Confiance qui conduit à les écouter et à prendre en compte ce qu’ils disent. En partant du principe qu’ils détiennent au moins une part de la vérité sur ce qu’il y a à faire pour améliorer le lycée en France. Confiance en leur expertise et en leur engagement. Confiance pour que dans un cadre national dûment établi, il y ait place pour une certaine souplesse dans le fonctionnement, une place pour l’initiative locale, pour que les équipes éducatives puissent mener à bien des projets dont elles ont l’idée et qu’elles sont prêtes à évaluer, un espace pour le désir de bien exercer son métier et, osons le terme, pour le plaisir d’enseigner.

Responsabilisation des lycéens qui méritent aussi qu’on leur fasse confiance. Dans un pays qui se méfie de sa jeunesse et lui fait bien peu de place, c’est un des défis majeurs du lycée d’aujourd’hui. Que l’engagement des lycéens soit reconnu, qu’une part réelle leur soit donnée dans la prise de décision concernant les affaires du lycée, des budgets tout aussi réels à gérer, une co-responsabilisation dans leur évaluation, un espace -temps pour se chercher, se construire et s’ouvrir aux autres et au monde. Que le lycée soit pour tous l’espace-temps de l’accès au savoir mais aussi aux arts, à la culture, au monde, et notamment pour ceux qui, prisonniers de leur environnement ou de leur territoire, ne trouveront peut-être pas cette chance ailleurs ni à un autre moment.

Loyauté. Du système éducatif en premier lieu. Qui doit se donner comme objectif de garantir à tous les élèves les conditions d’une orientation mûrie dans le temps long, fondée sur une information claire et équitable, un questionnement et des rencontres. Avec le droit à l’erreur. Des passerelles pour changer d’orientation, des retours possibles à l’aune de l’effort fourni et des compétences acquises. Un fonctionnement qui pourrait promouvoir d’autres formes d’évaluation où les qualités humaines, les compétences aussi bien que les connaissances, seraient reconnues en premier lieu. Qui pourrait davantage faire confiance lui aussi, à chaque élève, en se donnant comme objectif d’aider
chacun à trouver des points d’appui pour progresser. Au lieu de montrer sans cesse à ceux qui échouent dans le système scolaire, leurs lacunes, leurs faiblesses et d’entretenir la mésestime de soi.

Loyauté de ceux qui prennent les décisions enfin. Pour que le changement soit accompagné de son évaluation. Pour que la concertation et la délibération ne soient pas éphémères, mais un mode d’être et de gouvernance au sein de l’Education Nationale. Sa nouvelle respiration. Pour que le changement soit le fruit de l’écoute, de la prise en considération et du débat. Une façon d’agir qui serait un peu ce dont on voudrait proposer l’exemple aux générations montantes.

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