La procession !

Une invitation à participer à une messe de profession de foi, je ne résiste guère, mais venant d’une petite parente, ma présence s’avérait indispensable même si je devais faire quelques kilomètres en voiture et surtout trouver une place de parking et ensuite traverser les ordures coutumières de la tour du même nom que l’église lieu de cette cérémonie.

J’aime cette cérémonie sans doute parce qu’elle me rappelle quelques bon souvenirs. A l’époque on disait de « Renonce » et non pas profession de foi… et le Père FERTIN avait pris son temps pour m’expliquer le bien fondé de cette évolution des choses.

Et en regardant ce dimanche matin dans l’église de Massabielle, la procession des jeunes marchant hardiment vers l’autel pour exprimer leur « profession de foi », que j’ai repensé à une autre procession qui m’avait grandement inquiété.

C’était dans les années 40 ou 50 et Monsieur le Curé, après avoir recueilli nos renonciation à Satan à ses pompes et à ses œuvres, nous avait prévenu que nous aurions à participer à la procession du 15 Août en portant chacun un drapeau.

J‘avais tout le temps d’intégrer cette grande et noble idée d’être porte drapeau. Je n’en dormais pas de penser à cette procession, à ce drapeau et surtout à se virage au bas de la grand rue de Marigot, au détour des quais… Certain ! Qu’il y aura du vent et je n’aurais pas la force de tenir ce drapeau qui s’envolera dans les airs comme un cerf volant…

J’étais à l’âge où l’on commence à tout engranger … mais pendant ces vacances rien ne m’intéressait que de savoir la force du vent lorsque j’emprunterais à la suite des autres la rue qui borde la mer… toutes les hypothèses se bousculaient dans mes rêves… la mer n’est pas si profonde à cet endroit… donc je ne risque pas de me noyer… si le vent trop fort m’y plonge avec mon drapeau… Et puis il a la balustrade en béton armé va me retenir… de l’autre côté se sont les commerces, avec de grosses portes en bois… le risque est moins grand, mais je vais me fracasser sur elles… et lorsque j’avais calmer mes craintes du vent du bord de mer, d’autres idées noires me revenaient… ce sera très long avant d’arriver au reposoir… il faudra descendre la pente qui mène de l’église à la rue principale… elle est bien modeste cette pente… mais dans mon rêve elle devenait « à pic » et glissante… et dire qu’il faudra la remonter… et puis cette longue rue principale… j’essayais de me l’amadouer… je pensais aux courses de vélo du 14 juillet et les passages des cyclistes muni d’un bâton pour tenter d’attraper des anneaux pendues à travers la rue… pourvu que le Monsieur le Maire n’ait pas oublier de faire déposer cette cordelette… le drapeau ne passera pas… ou alors il faudra le baisser et ensuite comment le relever… il est si lourd… et puis quelques jours avant les bœufs avaient envahis la ville en une extraordinaire corrida… pressés qu’ils étaient de se faire attraper au lasso dans une arène qui se trouvait pas loin de la mer… on les avaient tous embarqués sur les goélettes venu de Saint-Barth mais avait-on nettoyé leurs excréments… et puis on passera du côté de Saint-James, près de la maison de la Dame en blanc… elle m’invitait à entrer dans sa modeste demeure… effrayante demeure où chaque année se déroulait une scène étrange… le vendredi saint elle ne pouvait se lever et à trois heures son front, ses mains, ses pieds et son flanc saignaient comme le Christ en croix… et ce drapeau qui ne rentre pas dans cette case… mais nous voici devant le reposoir… magnifiquement décoré… mais ce tabernacle a été fait dans une caisse en bois qui contenait des bouteilles de whisky… sure que le Bon Dieu va s’en rendre compte et se fâcher et se venger de cet affront… en soufflant très fort sur ce drapeau…

Mais la messe va débuter… le bedeau de service nous agresse soudain et jette hors de l’église les photographes… on pourrait dire cela de manière un peu plus civilisée et courtoise disons plus catholique ! …mais la chorale annonce la procession vers l’autel et je la suis cette messe avec d’autant plus de foi qu’autour de moi, on chante fort, on répond avec fougue au prêtre…

Cette messe est belle parce que ce sont les enfants qui l’animent… tous les textes de la liturgie sont lu par eux… et je note qu’ils lisent bien, qu’ils savent lire, qu’il lisent avec conviction, qu’il comprennent ce qu’ils lisent, et le lisent avec foi… et les motifs de prières qu’ils proposent à l’assistance sont bien nos propres motifs de prières… la Guadeloupe, la famille, les vocations, la paix dans le monde… et un évêque pour notre diocèse…

Les enfants dialoguent maintenant avec le Curé qui garde bien la maîtrise de cet échange… juste ce qu’il faut pour ne pas gêner….avant de les inviter à faire leur profession de foi.

Les enfants, encore eux sont maintenant disposés autour de l’autel et communient en même temps que les deux officiants. Puis les longues files de fidèles se forment pour à leur tour recevoir le corps du Christ.

La chorale entame des chants connus et repris par la foule !

Le notre père est chanté en chœur… je le préfère murmuré.

Voici le joyeux moment de l’échange des sourires des poignées de main des embrassades pour se dire simplement se souhaiter « la paix du christ ».

Le Curé nous bénit est c’est la sortie de messe habituelle, les bonjours, les échanges, les rires, les embrassades… dommage ces voitures dans ce minuscule parking … je reprends mon chemin au travers des poubelles de la Tour déçu que le Maire ne soit pas encore intervenu…

Demain il sera temps de reprendre mes vieux oripeaux… en ce dimanche et avec cette foule de jeunes garçons et filles j’ai aimé renouvelé aussi ma foi. En souriant à mes fantasmes de gamin, je me disais qu’ils avaient été remplacés par d’autres nuages bien sombres…

Petite éclaircie en ce dimanche matin… cette église de Massabielle, pleine à craquer, cette église de Guadeloupe, même sans son évêque est bien là pour nous, pour la Guadeloupe… et cette jeunesse… elle est aussi présente et rassurante !

Laisser un commentaire