Jeudi 18 Juin 2009
EN INDIANOCEANIE,
NOUS APPARTENONS A
LA REPUBLIQUE FRANCAISE
ET A L’UNION EUROPÉENNE
NOUS SOUHAITONS PARTICIPER A LA CONSTRUCTION
D’UNE COMMUNAUTÉ INDIANOCÉANIENNE,
La synthèse des états généraux de l’ACCD’OM[1] n°12, cite le passage suivant du « nouveau contrat pour La Réunion » : « La Réunion…n’est pas en France mais en Indianocéanie…avec leurs voisins et cousins comoriens, malgaches, mauriciens et seychellois, les Réunionnais devront participer à la construction de
la Communauté Indianocéanienne, afin d’ouvrir à nos peuples, un espace économique commun élargi, de proximité et solvable. »
Cette citation est tout à fait exacte et il ne faut rien en retirer.
Mais coupé de son contexte, compte tenu des mentalités actuelles, ce passage du « nouveau contrat » peut porter à croire que nous voulons sortir de notre appartenance française et européenne. Ce qui est faux. Le passage suivant remet les choses en perspective : «La Réunion – française, passionnément française – n’est pas en France, mais en Indianocéanie ». La conclusion est plus explicite : « C’est maintenant que doit s’élever la voix d’une Réunion identifiée, libre et responsable, au sein de la République une, indivisible et diverse. »
Quelques explications
- La Réunion n’est pas en France : la France est un pays qui se trouve sur le continent européen, entouré par la Manche, l’Océan Atlantique et
la Méditerrannée. Ce pays là ne peut pas être aux Antilles, dans le Pacifique et en Océan Indien. La Réunion ne se trouve pas dans ce pays. Demandez à un Japonnais lamda de montrer la France sur une mappemonde, il ne lui viendra pas à l’idée de désigner La Réunion. - La Réunion est en Indianocéanie : l’Indianocéanie est cet ensemble de pays constitué par les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles. Il suffit de regarder une carte pour voir figurer La Réunion parmi ces pays.
- La Réunion est française : parce qu’elle fait partie de l’ensemble des pays qui constituent la République française, dont la France est le pays métropole. Si la France ne peut pas se trouver dans les Antilles, dans le Pacifique ou en Indianocéanie, les pays qui adhèrent à la République française peuvent, eux, être répartis sur toute la surface du globe.
L’appartenance française de La Réunion
- L’appartenance française n’est pas une affaire de géographie ;
- L’appartenance française est une affaire de statut ;
- Ce statut confère à La Réunion et aux Réunionnais les mêmes droits et les mêmes devoirs qu’à tous les pays et à tous les Français de même statut.
- L’appartenance française de La Réunion ne repose pas sur un droit de propriété qu’aurait la France sur notre île, mais sur la volonté des Réunionnais d’être Français.
- Le fait français de La Réunion repose sur le même principe que l’indépendance de Maurice et des autres pays qui nous entourent : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
- Sur cette base, le fait français de La Réunion n’est plus contesté par la communauté internationale.
L’appartenance européenne de la Réunion
- L’appartenance européenne de La Réunion découle de son appartenance à la République française.
L’appartenance indianocéanienne de La Réunion
- L’appartenance indianocéanienne découle de sa position géographique
- L’appartenance indianocéanienne découle du fond culturel commun des Comores, de Madagascar, de Maurice, de La Réunion et des Seychelles qui ne se retrouve pas au-delà de leurs rivages (en Afrique de l’est, en Afrique australe, aux Maldives, etc.): mêmes origines de peuplements, partage d’une période française par toutes les îles, la langue française (que les peuples indianocéaniens se sont appropriée), les langues créoles, les topologies, la présence de mêmes familles implantées sur les différentes îles, les mouvements de populations à l’intérieur de l’espace indianocéanien, etc.
- Ce fond commun culturel peut servir de ciment à la création d’une veritable communauté indianocéanienne.
- La communauté indianocéanienne est tout à fait compatible avec notre appartenance à la République française.
La Communauté indianocéanienne
- Grâce au fond culturel partagé par l’ensemble des îles indianocéanienes, il est possible d’envisager entre elles, au-delà d’une simple coopération, la création d’une véritable communauté.
- Il s’agira de mettre dans un pot commun, tout ce que chaque île possède de richesses et de pauvretés.
- La communauté sera gérée, collégialement, par les Etats[2], entre Indianocéaniens
- Chaque état restera maître chez soi
- Les cultures de chaque pays membre seront non seulement respectées, mais renforcées par les moyens communautaires.
- Sur le plan économique un espace plus vaste sera ouvert aux acteurs de chaque pays, l’objectif étant de faire que l’ensemble de la communauté parvienne, par étapes, à un niveau homogène de développement.
- La Communauté, ce sera plus de vingt millions d’habitants : une autre échelle pour nos économies insulaires.
- La Communauté devra être pour les responsables réunionnais, un projet à négocier avec le pouvoir central et les responsables politiques indianocéaniens.[3]
Conclusions
1. Tout cela fait partie du « nouveau contrat pour La Réunion ».
2. Notre volonté d’appartenance française et européenne et notre situation en Indianocéanie sont conciliées.
3. Dire que La Réunion est en France est du même ordre que de dire comme cela se faisait au temps des colonies, que les ancêtres des Senégalais de l’Afrique Occidentale Française étaient les Gaulois.
4. Le débat ne porte pas sur le sexe des anges, il tend à ramener les idées aux réalités et à la nature des choses. Nous avons vu les conséquences des fantasmes au sujet de « la continuité territoriale »[4]. Nous le verrons également, au sujet des « prix », de « l’octroi de mer », de « l’emploi », de « la formation », de « la culture », etc.
5. Une des faiblesses des état généraux en cours, parmi d’autres, est précisément, l’absence de réflexion sur ces questions qui sont pourtant à la source des impasses actuelles.
La plupart de ces impasses, viennent, en effet, d’une vision fantasmatique des choses concernant les rapports, au sein de la République, entre la France et La Réunion ; concernant les situations respectives de l’une et de l’autre.
6. La Réunion veut rester dans la République française, une, indivisible mais diverse.[5]
7. La Réunion doit afficher son appartenance indianocéanienne. Un examen de La Réunion, comme de n’importe quelle île indianocéanienne en l’isolant, revient à traiter d’un maillon d’une chaîne sans la chaîne ; à traiter d’une partie d’un corps sans prendre en compte l’ensemble du corps. Un tel examen, tronqué, ne peut pas déboucher sur des solutions durables, des solutions viables.
Paul HOARAU
[1] Association des Communes et Collectivités d’Outre Mer qui publie chaque semaine une synthèse très intéressante des états généraux à travers les départements et territoires d’outre mer, et dans « l’hexagone ».
[2] Compte tenu de la situation de La Réunion dont l’Etat est l’Etat français, des dispositions spéciales franco françaises pourront être prises pour permettre aux Réunionnais de traiter avec les autres pays pour les affaires communautaires. Des délégations de compétences d’Etat pourraient être envisagées.
[3] Je prépare en ce moment une publication plus détaillée sur l’Indianocéanie.
[4] Journal PH du 8 avril 2009.
[5] Michel Debré, après une certain temps de son expérience réunionnaise, répétait que l’unité de la Nation n’était pas l’uniformité. La France, avec les immigrations diverses, apprend ce que nous vivons, nous, depuis les origines de notre Histoire : la diversité.