Quelques mots avant le Symposium Saint-Georges d’avril 2010

C’est en fait une lettre adressée à un ami qui me sollicite beaucoup.

Cher ami,

Je suis sollicité pour utiliser l’une ou l’autre de ces deux expressions Mozart-Noir et Nègre des Lumières, et j’exprime ici très simplement ma réticence.

Mes arguments sont simplement :

  • Ces deux expressions sont inutilement racoleuses et le personnage de Saint-Georges mérite d’autres arguments pour exposer ses vraies qualités.

  • Ces deux termes sont des inventions du 20ème siècle et n’ont aucun fondement historique.

  • Saint-Georges est un musicien et Mozart est un autre musicien. Leur rapprochement dans une telle association de mots est dangereuse et une fois de plus sans utilité.

  • Le Chevalier de Saint-Georges n’est pas un nègre, mais objectivement un mulâtre.

Je ne m’oppose pas à l’utilisation de ces termes par d’autres ! et d’ailleurs comment pourrais-je m’y opposer ? Je leur laisse simplement la paternité de ces expressions qui ne me conviennent pas. L’argumentaire développé autour de Joseph Bologne doit être à mon sens sans concession à la vérité historique et d’une utilisation hautement humaniste.

Nous devrions ressentir la chance et la responsabilité que nous avons de vivre au sein d’un monde créole qui trouve en lui même ses valeurs et ne peut souffrir de se laisser enfermer dans des clichés.

Je suis aussi sollicité pour écrire Saint-Georges sans le « s ». Les recherches menées à ce jour démontrent que l’on peut écrire ce nom avec ou sans « s ».

Je comprends les arguments de Messieurs Claude RIBBE et Pierre BARDIN qui ont choisi d’écrire sans le « s ». Qu’ils acceptent ici non pas le moindre reproche mais au contraire des compliments chaleureux pour le beau travail accompli.

Nous n’oublions pas les 50 000 spectateurs de Versailles, même si nous avions un peu polémiqué sur Saint-Georges l’Africain.

Nous savons l’acharnement qu’il a fallu pour arriver aux très récentes trouvailles sur le Chevalier et son lieu de sépulcture.

En relisant toute la littérature antillaise de ce 20ème siècle consacrée au Chevalier force est de constater que nos anciens avaient opté pour le « S ».

C’est un hommage très humble et très fervent que je propose de leur rendre en conservant leur manière d’écrire Saint-Georges. Ils ne sont plus là pour s’en défendre, comment donc ne pas accepter cela.

Je suis sollicité pour dire que Nanon serait originaire du Sénégal.

Ce n’est pas la vérité historique. Nanon est née en Guadeloupe au Grand Cul de Sac MArin comme le dit elle même deavnt la Table de Marbre.

Je suis sollicité pour ne pas donner à Joseph Bologne son vrai Père et sommé de traiter icelui d’alcoolique et d’assassin.

Non le père de Joseph Bologne est bien Georges Bologne de Saint-Georges, un père responsable et plein de sollicitude à l’endroit de Nanon et de Joseph. 

Je suis sollicité pour faire naître Joseph en 1939 !

Son année de naissance est 1745 et son prénom Joseph incite à penser qu’il soit venu au monde le 25 décembre de cette même année.

Je suis sollicité pour faire la paix avec un certain journaliste qui fait par ailleurs de belles choses sur Saint-Georges.

Je ne suis en guerre avec personne et surtout pas avec ceux qui s’intéressent à Saint-Georges.

Certains peuvent revendiquer d’être les découvreurs de Saint-Georges, et affirmer que les Guadeloupéens l’auraient abandonné ; je leur oppose 

  • la rue Chevalier de Saint-Georges à Basse-Terre baptisée en 1912,

  • le brillant essai de Monsieur Gaston Bourgeois jamais publié mais datant de 1939,

  • les notes manuscrites de Vauchelet (début du siècle) qui ont permis à Monsieur Lionel de La Laurencie de trouver le prénom de Joseph,

  • Maître Denis ODET le premier découvreur du vrai du père du Chevalier de Saint-Georges,

  • et le travail de notre ami Jean-Paul Hervieux aux Archives départementales de la Guadeloupe qui orienta les recherches de Monsieur Gabriel BANAT vers les trouvailles que sont les déclarations de Nanon et Laboëssière à la Table de Marbre.

A aucun moment la Guadeloupe n’aura abandonné Saint-Georges.

Je suis sollicité pour faire précéder les œuvres musicales de Saint-Georges de la lettre « G ». Je n’aurais jamais osé une telle insulte au Chevalier de Saint-Georges et à sa musique si je n’avais aucune compétence pour étudier ses partitions.

Et c’est Monsieur Gabriel BANAT qui devant notre silence coupable d’avoir permis cet acte illégitime prit la plume pour fustiger cette ignominie.

Je suis sollicité pour rendre allégeance aux Parisiens en charge de notre Saint-Georges. Ils ont les moyens de leur stratégie et je les remercie de m’avoir écarté systématiquement de leurs actions.

Après ces petites mises au point, je veux ici remercier très simplement quelques amis sincères qui acceptent au moins d’écouter ces modestes arguments et d’en discuter avec moi.  

Si la Guadeloupe réussit ce Symposium Saint-Georges annoncé pour avril 2010, peut être que Monsieur le Maire de Paris entendra raison pour rectifier la date de naissance de la rue du Chevalier de Saint-Georges ;

et si cerise sur le gâteau il ajoutait un « s » à Georges ! nous serions comblés.

Jean-Claude HALLEY 

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