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La somptueuse Anne-Sophie MUTTER, prix « Instrumentiste de l’année » (2009)
20.10.2009
Le gratin de la musique classique s’est réuni dimanche en grande pompe à l’opéra Semper, à Dresde, pour la remise des Prix Echo 2009. Même si certaines célébrités ont discrètement quitté l’édifice par une porte dérobée, laissant leurs fans les attendre en vain sous une pluie battante devant l’entrée principale, le secteur de la musique classique s’est montré en phase avec son temps en optant pour une mise en scène efficace tout en assurance, en éclat et en glamour.
La Staatskapelle de Dresde, sacrée « Orchestre de l’année », a ouvert l’événement avec une polonaise dans ses propres locaux. La mezzo-soprano Elina Garanca a été la première à recevoir son trophée d’argent. La dimension de stars des interprètes classiques n’a pas échappé aux médias. C’était particulièrement flagrant lors des rencontres avec les artistes au centre de presse : « Pourquoi hurlez-vous ainsi ? », a lancé Elina Garanca sur le ton de la plaisanterie à l’adresse des photographes, qui donnaient leurs instructions à pleins poumons.
À son instar, d’autres lauréats avaient déjà reçu la prestigieuse distinction par le passé, comme la violoniste Anne-Sophie Mutter. Cette dernière s’est déclarée ravie que le prix d' »Instrumentiste de l’année » lui soit attribué pour son album « Bach meets Gubaidulina ». « J’ai foi en la musique contemporaine », a affirmé Anne-Sophie Mutter. La violoniste espère éveiller l’intérêt du public pour les sonorités nouvelles et souhaite imprimer sa trace dans ce domaine à l’intention du jeune public.
Mais la grande star de cette soirée a été Plácido Domingo, 68 ans, légende de l’opéra, récompensé pour l’ensemble de sa carrière. Le public s’est levé d’un bloc pour applaudir le célèbre ténor d’origine espagnole lorsqu’il a foulé la scène de l’opéra Semper – pour la première fois de sa vie, a précisé l’artiste, qui entend bien revenir. Malgré son poste de directeur de l’opéra de Los Angeles et de l’opéra de Washington, le ténor a reconnu que sa préférence allait à la scène (« Everyday in action »). Par ailleurs, il aime travailler avec les jeunes artistes, qui lui apportent beaucoup : « Je leur fais partager mon expérience, ils me font partager leur jeunesse », a-t-il affirmé. Plácido Domingo a accueilli le tumulte de la séance photo avec philosophie. Cependant, il s’est refusé à embrasser son trophée, comme le réclamaient en chœur les photographes.
L’apparition de Christina Pluhar et de sa formation musicale « L’Arpeggiata », récompensées par la distinction « Musique classique sans frontières », est passée pratiquement inaperçue. Avec leurs instruments anciens tels que le luth, la viole de gambe ou encore le tympanon alpin, ces musiciens incarnent pourtant à merveille le plaisir de jouer. Cette année, ils se sont particulièrement illustrés par leur interprétation de Monteverdi dans leur nouvel album « Teatro d’Amore ». Il y a beau jour que la musique ancienne est sortie des oubliettes. « Nous n’allons certes pas remplir des stades, mais ce n’est pas le but de notre musique », a souligné Christina Pluhar.
La Deutsche Phono-Akademie a décerné les prix dans 21 catégories. Le jury avait reçu cette année 460 supports audio d’artistes de plus de 30 pays. Mozart, Beethoven et Bach restent manifestement des valeurs sûres. « L’industrie de la musique classique ne connaît pas la crise », avait déjà déclaré crânement la Fédération allemande de l’industrie musicale (BVMI), chiffres à l’appui. Selon la BVMI, les ventes du secteur ont progressé de 23% en glissement annuel au premier semestre 2009.