Lorsque le père Yves Gillot lance ces deux mots « Frères, Soeurs » dans cette église du Moule, le silence est absolu. La chorale aura animé le début de la messe, et les mots du Curé de la paroisse vont maintenant sonder les coeurs, Le père Gillot nous attrappe par le bras, là où nous sommes, dans notre vie du quotidien et nous dit suis moi. Une homélie du Père Yves Gillot est une balade dans la foi.
Frères, soeurs,
Très souvent lorsque nous lisons les récits des miracles si nombreux dans les évangiles, nous sommes d’emblée émerveillés de voir la bonté de Jésus envers ces malades, (aveugles, boiteux, lépreux etc.), mais nous passons à pieds joints sur leur souffrance, nous ne nous laissons pas émouvoir par la situation de la personne malade.
Par exemple ! Un jour, j’étais dans une pâtisserie à Pointe à Pitre, j’entendais une pauvre femme se plaindre de sa souffrance, de sa maladie, sans dire laquelle. Elle était au bord des larmes. Une paroissienne s’est avisée de lui faire une remarque pas du tout inspirée : « Madame, priez le St Esprit… ». Cette pauvre femme se sentant agressé a réagi violemment. « Qu’est ce que votre histoire du St Esprit, et votre prière, vous vous moquez de moi.. Vous êtes encore plus malade que moi ».
On est toujours là pour donner des solutions. Avant tout, il faut savoir percevoir la douleur de ceux qui crient parce qu’ils sont au bord du désespoir. Voici maintenant un mendiant, assis au bord du chemin, et de surcroît aveugle, qui crie. Prenons d’abord conscience de ce fait : être mendiant, c’est déjà un drame, et être aveugle c’est un malheur de plus. Il faut déjà connaître la souffrance de cette personne handicapée, pour sentir parfois son désespoir. La vue, c’est la vie. La vie est sans prix.
Et on comprend un peu comment on peut crier, de n’avoir pas l’usage de ses yeux. Comme elle est donc normale, la démarche de Bartimée. Sans doute avait il entendu parler de ce Jésus de Nazareth qui faisait des miracles. Or il y à là tout près de lui ce Jésus de Nazareth. Un fol espoir l’envahit. C’est pour quoi il crie, il crie, malgré l’intervention de ceux qui voulaient le faire taire, il crie encore plus fort. Mais Jésus l’a entendu. Il a surtout entendu la supplication de ce malheureux : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi.. »
Il y a quelque chose de particulier qui se passe là. La foule ne parle que de Jésus de Nazareth, mais l’aveugle va plus loin. Il appelle « Jésus, Fils de David », c’est sa manière de le reconnaître, lui Jésus, comme le Messie. Les autres, les gens de lafoule qui avaient leurs deux yeux peut être ne voyaient que la présence corporelle de Jésus ; lui Bartimée l’aveugle voyait plus loin, plus profondément que les voyants autour de lui, qui voulaient l’empêcher de crier. Jésus, quelque temps auparavant avait reproché aux Apôtres de n’avoir pas compris la signification de la multiplication des pains. Il leur avait dit : « vous avez des yeux ou vous ne regardez pas.. »
Ce qui se passe ici, c’est que l’aveugle voit plus loin, il voit au delà de apparences, il voit Jésus avec le regard intérieur de la Foi. On comprend alors pourquoi Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé ». Saint Marc qui raconte cette histoire nous révèle en quelque sorte le type du vrai croyant : négligeant les menaces, il bondit vers Jésus, et dès qu’il a retrouvé la vue, il se met à la suite du Maître comme un disciple.
Bartimée a retrouvé la lumière extérieure, désormais c’est la lumière intérieure de la foi qui va illuminer le chemin de sa vie. Qui parmi nous est aveugle, et qui est voyant ? Nous nous arrêtons souvent à la superficie des choses, à un regard superficiel qui nous fait passer à côté de la profondeur des autres. Est-ce que de là ne viennent pas les préjugés, les tensions, les violences ? Regardez un peu la foule dont parle l’évangile de ce jour. Les gens de la foule regardent ce Bartimée comme un aveugle sans intérêt. La preuve, c’est qu’on veut le faire taire. Bartimée nous rappelle qu’il y a un autre regard, le regard de Dieu sur nous, mais aussi notre regard sur les autres.
« Ta foi t’a sauvé, dit Jésus ». La foi peut nous sauver, dans la mesure où elle peut nous permettre d’ouvrir, pas seulement les yeux, mais le coeur, la main. La foi peut nous permettre par ex. d’ouvrir les yeux sur tous les marginalisés de la société, i.e. ceux qui sont au bord de la route, pour les regarder autrement que comme les déchets de la société. Finalement Bartimée est notre image à tous, l’image de l’humanité aveugle incapable d’aller vers Dieu, et de chacun de nous, tant il est vrai nous avons du mal, beaucoup de mal, à reconnaître les appels ou les signes de la présence de Dieu dans les pauvres. Ce cri de Bartimée est un admirable acte de foi et de confiance.
Puissions-nous savoir implorer avec la miséricorde de Dieu, puissions, à l’exemple de Bartimée rejeter ce qui nous alourdit, tel Bartimée qui jette son manteau pour bondir vers Jésus dans la joie et la confiance. Amen !