
En vérité, ils sont immortels. Les célébrissimes frères Grimm, dont les contes ont été traduits dans plus de 160 langues nationales et régionales, ont laissé leur trace dans le monde entier. Leurs « Contes de l’enfance et du foyer » sont considérés comme l’ouvrage le plus célèbre de la civilisation allemande avec la Bible de Luther. La plupart des Allemands associent les frères hessois au Petit chaperon rouge, à Blanche-Neige ou encore à Hansel et Gretel. Cependant, Jacob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859) Grimm contribuèrent également à la recherche linguistique et littéraire, par exemple avec leur « Dictionnaire allemand » ou leur « Grammaire allemande ». Ce mercredi 16 décembre marque le 150e anniversaire de la mort de Wilhelm Grimm.
Décédés à Berlin, les deux frères ont légué à la postérité un héritage inestimable. Leurs plus beaux trésors sommeillent à Kassel, où Jacob et Wilhelm habitèrent plus de 30 ans à l’époque la plus féconde de leur vie. Dans le coffre d’une banque kasseloise reposent en lieu sûr leurs exemplaires personnels des contes avec des annotations manuscrites. Ces cinq éditions originales constituent le legs le plus important du monde pour la recherche sur les contes. D’une valeur estimée à 15 millions d’euros, ils ont été inscrits au registre de la Mémoire du monde par l’UNESCO en 2005.
Les éditions originales des contes seront exposées jusqu’au 16 mai dans les galeries d’art de la gare de Kassel, qui abrite un vaste centre culturel. Les organisateurs ont fait l’acquisition d’une vitrine blindée pour protéger les précieux volumes.
Ces contes fascinent les lecteurs du monde entier, surtout les plus jeunes. On les retrouve même à l’autre bout du globe, en Asie. Ainsi, ces bestsellers « Made in Germany » s’exportent jusqu’au Japon, où les frères Grimm sont plus célèbres que Goethe ou Beethoven. Jacob et Wilhelm se sont également invités à Hollywood, et pas seulement dans les studios de Walt Disney. En 2005, le réalisateur Terry Gilliam a tourné « Les frères Grimm » avec Matt Damon et Heath Ledger en tête d’affiche. Mais leur pays d’origine leur a également consacré une production locale en 2004 : avec Otto Waalkes dans le rôle d’un barde simplet, « 7 Zwerge – Männer allein im Wald » (« Sept nains – des hommes seuls en forêt ») a fait un tabac en Allemagne.
Qui étaient ces deux frères dont les publications remportèrent un succès planétaire dès 1812 ? Jacob et Wilhelm naquirent dans une famille de théologiens et de fonctionnaires à Hanau, en Hesse. Ce fut le point de départ d’une collecte de contes allemands s’étendant sur plus de 600 kilomètres, jusqu’à Brême. Leur frère Ludwig Emil vint au monde quatre ans après Wilhelm. Devenu artiste peintre, il illustra leurs histoires. Trois des neuf enfants de la famille décédèrent en bas âge. Jacob et Wilhelm grandirent non loin de leur ville de naissance, à Steinau an der Straße, où un musée leur est désormais consacré. Pendant leurs études de droit à Marbourg, ils firent la connaissance du poète Clemens Brentano (1778-1842) chez leur professeur, l’historien du droit Carl Friedrich von Savigny (1779-1861). Initiés par ce dernier à la réflexion critique sur l’Histoire, ils apprirent par ailleurs à réunir et à réviser des écrits historiques et folkloriques en collaborant à un recueil de Lieder romantiques avec Brentano et Achim von Arnim (1781-1831). C’est alors que les deux bibliothécaires entreprirent leur propre collection de textes.
L’une des principales collaboratrices anonymes des contes de Grimm fut l’épouse d’un tailleur de Kassel, une certaine Dorothea Viehmann qui raconta aux deux frères un grand nombre de contes. Elle contribua largement au recueil, qui devait devenir un indétrônable bestseller de langue allemande. Wilhelm et Jacob furent tellement impressionnés par sa mémoire et ses talents de narratrice qu’ils la mentionnèrent nommément (elle fut la seule) et apposèrent son portrait sur la reliure.
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