LA CROIX dans un éditorial consacré à la situation en Haïti nous recommande la prière. Beaucoup de choses ont été entendues ou lues ici et là… quelques polémiques aussi, mais voici une lettre que Mediapart publie.
C’est le témoignage de Laënnec Hurbon, sociologue haïtien, spécialiste des religions enseignant à l’EHESS et à l’Université Quisqueya à Port-au-Prince. Il s’agit d’une lettre à Jacky Dahomay, professeur de philosophie à la Guadeloupe, qui l’a confiée pour publication.
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Pleurs, cris de douleur, détresse absolue. C’est l’apocalypse. J’ai failli y passer, je survis par hasard. On ne peut raconter l’irracontable. Port-au-prince est un cimetière et tous les habitants sont dans les rues, à côté des cadavres en putréfaction. La destruction est totale. Hôpitaux, universités, écoles éffondrées, immeubles rasés, maisons encombrées de cadavres.
Il y sûrement plus de 200.000 morts. Les symboles de l’Etat n’existent plus, ils étaient déjà falots. J’ai vu sous mes yeux s’effondrer l’immeuble de la direction générale des impôts ainsi que la partie centrale du Palais national. L’Université Quisquya qu’on vient juste de bâtir est effondrée; comme de nombreues facultés et universités et écoles, souvent avec des gens sous les décombres.
Le Parlement et quatre ministères sont par terre; la cathédrale avec son archevêque; le quartier général de la police avec des policiers; le quartier général de la Minustah avec Hedi Annabi, le chef et son satff disparaissent; l’hôtel Montana avec 200 personnes dont le propriétaire et tous les gens qui s’y trouvaient.
Au moment où je t’écris (vendredi 15 janvier, heure locale, ndlr) je dois encore faire vite, et faire attention à de nouvelles secousses. Je n’ose pas te parler de tous les disparus, je suis sous le choc le plus terrible de ma vie; un autre pays est à penser. On est de nouveau à l’an zéro en Haïti. (…) On a besoin de tout.
Lettre terrible et émouvante ! J’en tire le titre de cet article et la conviction que cette date du 14 janvier 2010 sera bien le départ d’une nouvelle et prospère aventure pour Haïti.
Le Père Pierre FERTIN disait qu’il fallait pour ce pays un calendrier pas comme les nôtres ! Ne parlons pas de mois, d’années ou même de décennies pour les échéances ! Parlons d’un programme basé sur les générations. Arguments tragiques ! Mais au delà de l’urgence du moment : sauvez les vies ! existe-t-il une solution possible !
Mais un jour, ayons confiance, Haïti se réveillera !
Et cette réponse d’un autre
une goutte d’eau!
et pourtant
nous ne sommes qu’une goutte d’eau!
et pourtant
ils ont tant besoin d’eau,
ils auront tant besoin d’eau,
de milliards de milliards de gouttes d’eau,
de pluie,
en bouteilles,
que sais-je?
notre aide est une goutte d’eau.
notre aide d’aujourd’hui.
mais demain,
quand les uns et les autres seront rappelés à leur quotidien,
sur leur continent,
de l’autre côté du globe,
alors,
nos voix continueront de porter
pour que chaque souvenir
de chacun d’entre nous,
soit la goutte d’eau
salvatrice,
espérée,
bienfaitrice.
car nos voix, nos mains et nos chants
en toutes langues mêlées,
rythmées par les frappes des mains puissantes sur la peau du cabri,
nos actions, enfin mieux structurées,
pensées pour un autre destin
de yenki nou et de jenmè Yo,
seront devenues rivières et torrents,
maisons et écoles,
échanges et partages,
routes et ponts,
ports et aéroports,
avec nos amis de Cuba,
nos frères de Guyana,
nos cousins de Madinina,
de Barbade, Sainte Lucie,Dominique et la reste.
car ce sera bien notre mission à plein temps que de prêter concours, main forte,
aux petits-enfants de Dessalines et de Toussaint,
de proposer idées, projets
de changer et faire changer comportations et réflexes
des Yo et des nous,
isidan ou dot dèwo,
pour que sur chaque île de nos archipels
nul ne soit plus montré du doigt comme jadis, comme right now,
victime se sentant culpabilisée avant que méprisée et autant que toujou sonjé sa,
ne trouvant que dans sa communauté lieu de convivialité et de respect,
aveuglés,
aveuglés devenus aveugles bien des fois,
renfermés,
renfermés s’excluant bien des fois.
mêlons nos voix et nos moyens!
relevons ensemble l’impossible défi!
faisons ensemble
pour réapprendre à faire ensemble.
donnons à chacun un petit espace d’expression de ses envies de donner
car on aura tant besoin , tant besoin
de faire et de refaire ensemble,
tant de concerts à faire et à refaire ensemble,
tant d’enfants à soigner et à reconstruire,
tant d ‘écoles à relever du chaos des gravats,
tant de cœurs à apaiser,
car on aura tant besoin de toutes les gouttes d’eau d’eau d’où qu’elles viennent,
toutes sortes de mannes,
soyons just Caribbéens dans les faits et dans la durée, dans l’effort et dans la sincérité,
actifs et réactifs,
inscrivons nous dans l’histoire de ce siècle!
ce siècle qui vient d’avoir dix ans.
changeons la donne.
sinon
sinon
la penn pa vo
awa
la penn pa té vo.