Sept priorités pour rebâtir Haïti ! LACROIX et Vincent de FELIGONDE, Olivier TALLES, Martine de SAUTO, Julia FICATIER, Agnès ROTIVEL et Pierre COCHEZ

La communauté internationale se réunit lundi 25 janvier à Montréal pour coordonner l’aide et envisager la reconstruction du pays.

http://www.la-croix.com/Sept-priorites-pour-rebatir-Haiti/article/2411813/4077

Deux semaines après le violent séisme qui a détruit Port au prince et fait 112 226 morts, plus de 194 000 blessés et un million de sans-abri, la communauté internationale se réunit lundi 25 janvier à Montréal.Objectif : coordonner l’aide immédiate au pays dévasté et définir des objectifs à plus long terme. Et préparer la conférence internationale qui doit se tenir dans les prochaines semaines pour organiser la reconstruction du pays.

Personne ne se fait d’illusions : des centaines de milliers d’Haïtiens vont désormais dépendre pendant des années de l’aide étrangère et vivre dans des logements provisoires, la reconstruction de leur pays dévasté pouvant prendre au moins une décennie.

Selon l’ONU, trois millions de personnes ont besoin d’aide. Dans les trois villes les plus touchées, Port-au-Prince, Jacmel et Léogâne, la moitié des maisons ont été détruites. Les besoins sont immenses : lors d’une première réunion internationale sur la reconstruction de l’île, le président de la République dominicaine voisine, Leonel Fernandez, a chiffré à 10 milliards de dollars le montant de l’aide nécessaire pour rebâtir le pays.

La question de l’avenir d’Haïti sera d’ailleurs au menu du Forum de Davos, qui réunit les dirigeants de la politique et de l’économie mondiales à partir du mercredi 27 janvier. Selon le patron fondateur du Forum, Klaus Schwab, l’objectif est de « lancer une initiative pour engager le monde des affaires dans une reconstruction » durable du pays.

GOUVERNANCE: Remettre l’Etat haïtien au centre des décisions
 Avant le séisme : Sous tutelle de l’ONU

Après le séisme : Les États-Unis aux commandes

Reconstruire : Epauler une administration fragile
INFRASTRUCTURES : Répartir autrement l’espace foncier

Avant le séisme : Un faible niveau de développement

Après le séisme : Une lente remise en service

Reconstruire : Accroître la part du foncier public

 LOGEMENT : Un million de sans-abri attendent un toit

Avant le séisme : L’anarchie de la construction

Après le séisme : Port-au-Prince largement détruite

« Contrairement à ce qui est montré par les médias, Port-au-Prince n’est pas totalement détruite. À notre avis, la capitale haïtienne le serait entre 30 et 50 %, ce qui tout de même est énorme », assure le président de la fondation Architectes de l’urgence, Patrick Coulombel, qui avait déjà mené une mission en Haïti après le passage de l’ouragan Jeanne, en 2004. Joint au téléphone par la Croix, l’architecte français, arrivé sur place il y a onze jours, souligne « attendre une imagerie satellitaire qui sera plus précise ».

Sur une capitale de plus de 2,5 millions d’habitants, il y aurait près d’un million de sans-abri. « Il y a encore des quartiers comme Canapé-Vert qui sont très difficilement accessibles, raconte-t il. On avait l’habitude de mettre le béton en toiture en raison de la fréquence des cyclones. Le toit en béton, matériau lourd, s’est écroulé sur les maisons, ce qui a encore tué davantage. »

Le séisme à la puissance redoutable a provoqué aussi autre chose : « Des bâtiments conçus pour résister aux tremblements de terre ne sont pas tombés, remarque Patrick Coulombel. Ils se sont enfoncés dans le sol : ainsi l’immeuble du centre antisida, près du Champ-de-Mars, est en train de pencher. Or, les répliques continuent. » L’important patrimoine de style colonial de Port-au-Prince et de la petite ville de Jacmel (distante de 30 km) n’a pas résisté au séisme.

Reconstruire : Avant tout, adapter les techniques de construction SERVICES PUBLICS : Priorité à la sécurité, aux hôpitaux, aux écoles

Avant le séisme : La stabilisation grâce à la communauté internationale

Après le séisme : 4 500 casques bleus en renfort

Reconstruire : Améliorer la prise en charge des enfants

 ECONOMIE : Rééquilibrer le développement au profit des campagnes

Avant le séisme : Un pays déjà sous perfusion

Après le séisme : La province moins touchée

Reconstruire : Bâtir une économie avec les Haïtiens

EGLISE : Les chrétiens ont besoin de pasteurs et de lieux pour célébrer

Avant le séisme : Une institution solide

Après le séisme : Hommes et bâtiments ont disparu

Reconstruire : Prendre le temps de réfléchir

« La reconstruction de l’Église passera nécessairement par la reconstruction des églises, des séminaires, explique Bernard Collignon, directeur du noviciat des Frères des écoles chrétiennes sur les hauteurs de Port-au-Prince. Le peuple chrétien a besoin de pasteurs et de lieux pour célébrer. »

« Je rêve – j’y rêvais depuis si longtemps – à la décentralisation (…) et que la capitale, décongestionnée de sa surpopulation et de ses bidonvilles, soit reconstruite selon une planification étudiée par des experts », ajoute le P. Maurice Piquard, montfortain de la Compagnie de Marie.

Tous s’accordent à dire qu’il importe, avant de reconstruire, de prendre le temps de réfléchir pour « tracer quelques lignes d’avenir », selon l’expression du P. Michel Ménard, supérieur de la Société des prêtres de Saint-Jacques, et d’agir de manière concertée.

La Fédération protestante d’Haïti a de son côté déjà fixé comme priorité la distribution d’eau et le recensement des victimes, puis le déblayage et la reconstruction des temples, des écoles et des crèches.

SOCIETE : Souder la population, le défi majeur

Avant le séisme : Une société très inégalitaire

Haïti est une société extrêmement inégalitaire, divisée entre une infime minorité de riches et une grande masse de pauvres : 80 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour et 54 % avec moins d’un dollar. Un grand nombre d’enfants pauvres des villes et des campagnes sont exclus du système éducatif, ce qui a pour conséquence une inégalité des chances.

La structure de la société se retrouve dans la structure de la ville, la haute bourgeoisie haïtienne vit sur les hauteurs de la capitale, les pauvres dans les faubourgs et les bidonvilles de la capitale, dont le plus célèbre, Cité Soleil. « Dans ces conditions, parler de cohésion sociale ou de solidarité est difficile », estime le juriste et politologue haïtien Éric Sauray. L’ancien président Jean-Bertrand Aristide, arrivé au pouvoir comme le candidat des pauvres, a rapidement été « récupéré » par la bourgeoisie du pays.

Haïti est un pays d’émigration depuis la fin du XIXe siècle, d’abord dans les pays limitrophes, puis vers les États-Unis et le Canada au début des années 1970. L’émigration a souvent été suivie de tentatives de retour au pays, par exemple après la chute de la dictature Duvalier. Mais les problèmes politiques internes ont souvent eu raison de la bonne volonté de la diaspora.

Après le séisme : L’exode

Les destructions ont principalement touché la population moyenne, commerçants et artisans, tous ceux qui avaient les moyens de vivre dans des habitations à étage, en béton. On assiste depuis lors à un départ massif des villes vers les campagnes ou vers l’étranger, pour ceux qui le peuvent. Éric Sauray parle de « culture de la fuite » face à la misère, les persécutions politiques et la difficulté de vivre ensemble.

Reconstruire : Le rôle de la diaspora

Souder la population haïtienne reste le défi majeur des autorités de ce pays, alors que le président René Préval est contesté. Le tremblement de terre a fait la preuve de la faiblesse des autorités publiques, mais la solidarité familiale a joué à plein. Le rôle de la diaspora, qui contribue à la vie économique du pays en faisant des transferts financiers à hauteur de 1,5 milliard d’euros par an, va être crucial. «

Si on n’avait pas quelqu’un à l’étranger, on mourrait de faim », a-t-on coutume de dire en Haïti. Reste à savoir si une partie des 80 % de cadres haïtiens vivant à l’étranger reviendra au pays pour contribuer à le reconstruire, comme l’ont fait certains Afghans. « La diaspora est capable d’apporter une expertise et contribuer à la reconstruction », poursuit Éric Sauray.

Et dans ce même journal ce commentaire d’Eric ORSENNA, écrivain, membre de l’académie française : Plus un pays est fragile, plus il faut relancer les écoles !

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