Recevoir un tel pavé un lundi matin, alors que tant de tâches vous attendent pour débuter cette fin de trimestre… déjà le mois de mars, celui des élections… et à défaut de se regarder dans son propre miroir on est tenté de regarder l’autre pour essayer de se comprendre soi… Dans son « envoi de pavé », mon correspondant et ami sait qu’il y aura quelques vagues… Lire un tel Rapport, un tel Bilan critique de la politique régionale en Martinique n’offre en fait que de l’amertume de n’avoir pas l’équivallent pour la Guadeloupe… Nous sommes en retard d’une analyse… nous sommes en retard de tant de choses… Alors ma décision est prise… je vais trouver le temps de lire… et en attendant je partage avec vous les premières phrases de ce pavé élaboré par Jean Crusol Contributions et le Groupe de Travail projet régional.
En 2008, pour la première fois de son histoire récente, la Martinique a connu un taux de croissance négatif : -0,3%. Entre 2001 et 2008, les inégalités et la pauvreté se sont accrues.Un cinquième des ménages martiniquais vit désormais sous le seuil de pauvreté. Depuis 2006, le chômage a recommencé à s’accroitre. Bref, tous les secteurs économiques sont en berne : le tourisme, l’agriculture, la formation professionnelle, le bâtiment et les travaux publics…etc.
Certains s’empresseront d’incriminer l’Etat et la crise mondiale. Et il vrai que ces deux facteurs jouent un rôle indéniable dans une situation que l’on retrouve tant dans l’Outre-mer qu’au plan national. Mais peut-on les tenir pour uniques, voire pour principaux responsables de la situation catastrophique que connaît la Martinique dans de si nombreux domaines ? Si tel était le cas, pourquoi la situation n’est-elle pas identique dans les autres DOM ? En 2008, même si la croissance s’est ralentie en la Guadeloupe, à la Réunion et en Guyane, ces trois territoires ont eu tout de même des taux de croissance positifs et enregistré des progrès significatifs dans bien des domaines. On mesure mieux l’ampleur du recul relatif de la Martinique, lorsqu’on note qu’alors qu’à la fin des années 1990, le produit intérieur brut par tête d’habitant de la Martinique était supérieur de 25% à celui de la Guadeloupe et de 17% à celui de La Réunion, en 2008, la différence est désormais inférieure à 10%.
La cause principale de cette évolution négative tient au fait que, tandis qu’en Guadeloupe et à la Réunion, les principales collectivités, en particulier le Conseil régional, collectivité chargée du développement économique, conduisait des politiques dynamiques, basées sur des projets ambitieux et cohérents, à la Martinique, la région se contentait de faire du saupoudrage clientéliste, sans vision d’ensemble, sans projet cohérent de développement et sans dynamisme.
Face à la situation qu’il a créée par sa propre incompétence, sa propre incurie, Alfred Marie-Jeanne a cherché à faire diversion en proposant, en pleine crise financière mondiale, à un moment où les finances de l’État sont dans une situation critique, que la Martinique négocie un nouveau statut dans le cadre de l’article 74. Pas plus que la politique qu’il a pratiquée depuis ces dix ou quinze dernières années, cette proposition de changement statutaire n’était basée sur un quelconque projet d’ensemble, un projet économique, social, culturel, susceptible d’assurer le développement de la Martinique. Chaque fois que la question lui était soulevée, Marie-Jeanne et ses zélateurs renvoyaient au Schéma Martiniquais de Développement Economique (SMDE). Un document vide de toute proposition concrète. Une pure mystification, comme nous le verrons plus loin.
Mais la supercherie apparaît de plus en plus clairement aux Martiniquais. Ils ont compris que l’homme qui est aux responsabilités depuis plus de dix ans à la région, et que nous dénonçons depuis le premier jour, est un pur démagogue, égocentrique et mystificateur, dont le seul souci est de conserver et d’accroitre son pouvoir personnel. Mais accroître son pouvoir pour quoi faire ? Puisqu’au cours de la période écoulée, il n’a pas été capable d’utiliser efficacement ceux dont il dispose déjà et qui sont loin d’être négligeables, pour développer la Martinique. Le peuple a décidé de ne pas se laissé abuser plus longtemps. Le 10 janvier, il lui signifié un non ferme et massif, et ce n’est qu’un acompte sur ce que, très certainement, il lui réserve pour le mois de mars prochain.
Le 24 janvier, le peuple Martiniquais a aussi exprimé un choix clair en faveur d’une collectivité unique qui nous permettra de gagner en efficacité et en capacité de mobilisation de nos ressources et moyens. Il s’agit désormais, pour nous, de sortir la Martinique de la situation de déclin économique dans laquelle elle a été plongée depuis plus de dix par le désenkayeur patenté, pour l’engager enfin dans la voie du redressement. Il s’agit de mettre en place une politique vigoureuse de développement, dotée d’un projet global, ambitieux, cohérent et partagé par l’ensemble des acteurs et de la population.
Dans une première partie nous ferons le bilan critique d’une décennie de gabegie. Nous y examinerons les politiques globales et sectorielles menées par la région et ferons l’analyse critique du projet de SMDE pour en montrer la vacuité. Dans une seconde partie nous proposerons une nouvelle politique de développement pour la Martinique.
… A suivre temps permettant…