Cette notice nous est rappelée par Monsieur Daniel Marciano que vous pouvez retrouver sur ce site brillantissime consacré au Dieu des Armes, l’inimitable Saint-Georges.
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Et l’on raconte que dans les salles d’armes, lorsque l’on chuchote de nom de Saint-Georges, les fleurets se mettent à vibrer. Cette notice qui vient en préambule de L’Art des Armes , traité d’Antoine La Boëssière, fils de Texier, – 1818. M. La Boëssière naquit à Maran en Bas-Poitou, le 23 juillet 1723 ; Il était assez bien fait, et de la taille de 5 pieds 3 pouces, brun, d’une figure fort agréable, l’œil vif et spirituel, très instruit et rempli de goût. Il se plaisait à sacrifier aux Muses : on a de lui une foule de jolis vers de société ; il publia en 1786 un poème élégiaque sur La mort du Prince de Brunswich, petite pièce qui lui fit beaucoup d’honneur ; il composa aussi une comédie sous le titre de Crispin valet d’auteur et un opéra intitulé : La Coquette à la campagne ; mais pas une suite de son caractère insouciant et modeste, il négligea de mettre ces deux productions au théâtre.
Ses parents l’avaient destiné dès sa jeunesse à l’état ecclésiastique mais l’amour de la liberté l’éloignant de toute contrainte, il vint à Paris et prit du goût pour les armes. Ses talents lui acquirent bientôt une grande réputation. Il fut reçu en 1759 maître en fait d’armes des académies du roi. Sa réception fut très brillante. Comme on connaissait sa force et la finesse de son jeu, on lui avait opposé les trois maîtres qui avaient alors le plus de réputation : MM. Vaucours, Delasalle et Donadieu, ce dernier était le plus fort des trois. M. La Boëssière tira avec lui et fut reçu à la seconde botte touchée, en exécution de l’article X des statuts de la compagnie.On rechercha les leçons de M. La Boëssière et bientôt il eut une salle brillante. Pénétré de son art, il employa toutes les ressources de l’analyse pour établir la théorie complète de cet art ; il calcula les avantages dans les positions afin de fixer des principes certains. Le détail des démonstrations dans les leçons qui suivront fera connaître aux gens de l’art l’avantage et la supériorité de sa méthode. Ce qui en prouve incontestablement le mérite c’est la réputation de ses écoliers ; car de son académie sont sortis les plus célèbres tireurs ; on se souvient encore de MM. Pomart, Cauvin, gendarme de la garde, de La Madeleine, gentilhomme polonais et de beaucoup d’autres qui étonnaient par leur force et leur adresse.
Mais l’élève qui a fait le plus d’honneur à M. La Boëssière est sans contredit l’inimitable Saint-Georges. Il est vrai que jamais la nature n’a doué un individu de plus de moyens physiques, ni de plus d’aptitude pour tous les exercices. Au surplus on trouvera ci-après une notice sur cet homme surprenant.
On a beau avoir en partage les dispositions les plus favorables, ces dispositions n’éclatent dans tout leur jour que lorsqu’elles sont dirigées par des principes sûrs ; M. La Boëssière a eu la gloire d’avoir développé celles que M. de Saint-Georges apportait. Cet illustre élève était si bien pénétré de cette vérité qu’il a toujours fait hommage à son talent et quoique l’envie ait tenté d’affaiblir cette reconnaissance, jamais M. de Saint-Georges n’a cédé aux lâches insinuations de la médiocrité jalouse. Il fut toute sa vie l’ami de mon père ; ces deux hommes étaient fait pour s’estimer. M. de Saint-Georges se plaisait à répéter qu’il devait ses grands succès aux excellents principes qu’il avait reçus.
Bon par caractère, M. La Boëssière était étranger à toute espèce de médisance et d’intrigue ; modeste à l’excès, il ne parlait jamais de lui et connut si peu la haine qu’il oubliait facilement l’offense. La bienfaisance était aussi une de ses vertus. Plein d’ardeur pour obliger, c’était le servir que de lui en offrir l’occasion : on l’a vu accueillir et secourir des malheureux qui l’avaient ruiné par un procès injuste ; ce trait rare, sans doute, suffit pour faire connaître la bonté de son cœur.
Il vécut toujours avec la simplicité du sage ; aimant la retraite, il ne la quittait que pour des délassements conformes à ses goûts.
Après l’amour de son état, la passion qui domina le plus fort M. La Boëssière fut celle de la chasse. Excellent tireur, il trouvait dans cet amusement un exercice salutaire. Sa société était extrêmement douce et bien que par caractère il fut porté à la mélancolie, sa conversation était aimable et gaie, ses réparties promptes et heureuses, surtout dans un cercle de dames. Sa constitution était robuste ; il a joui constamment d’une bonne santé jusque dans l’âge le plus avancé ; trois mois avant sa mort il donnait encore la leçon.. Il mourut avec la tranquillité d’un homme de bien, étant dans sa quatre-vingt-quatrième année, le 1er mai 1807 et il emporta au tombeau les regrets de tous ceux qui l’avaient connu.