
Rameau
Platée 2013
Jean-Claude Malgoire, direction
François Raffinot, direction
En 2013, en prélude à l’année Rameau 2014, la nouvelle production crée l’évènement de ce début d’année: costumes repensés, vision régénérée qui trouve un habile équilibre entre comique, cynisme, tragédie ( » biologique, psychologique, désordre « , précise François Raffinot dans sa note d’intention). Car la reine des grenouilles, Platée en son marais bouillonnant, après s’être pamée jusqu’à l’évanouissement à l’apparition d’un Jupiter amoureux… coasse de dépit comme d’impuissance, bouc émissaire et souffre douleur des dieux de l’Olympe. Le dieu des dieux la blesse outrageusement face à Junon de plus en plus jalouse. La batracienne qui avait cru être aimée, retourne à sa mare en un basculement (et un saut) de dernière minute d’une sincérité émouvante. Par la magie de sa musique, le génial Rameau humanise l’héroïne, plus humaine et digne, troublante et attachante que toutes les divinités conviées sur la scène.
Délirante Platée
En symphoniste masqué, le compositeur réalise un tour de force : l’orchestre est étincelant et dramatique; plus inspiré que jamais, le compositeur convoque sur la scène la Folie et ses suivants en un délire lyrique et chorégraphique d’une époustouflante liberté. Un épisode jamais renouvelé après lui.
Platée est d’abord un opéra orchestral et chorégraphique non dénué d’auto-dérision comme d’esprit satirique sur les codes et les langages lyriques baroques. La nouvelle production de François Raffinot met aussi l’accent sur la source comique primordiale à laquelle Rameau semble s’abreuver: la foire et le théâtre subversif qui se développe aux marchés Saint-Germain ou Saint-Laurent (notons dès le prélude, les saillies de Momus, dieu du persiflage)…
La nouvelle production défendue par Jean-Claude Malgoire et l’Atelier lyrique de Tourcoing défend le monde enchanteur, délirant, atypique du plus grand dramaturge français sous le règne de Louis XV. Après l’avoir chanté sur la scène de l’Opéra Garnier à Paris, le ténor Paul Agnew y reprend aussi l’un de ses rôles fétiches : son incarnation du rôle-titre reste inoubliable. Tandis que la jeune soprano qui monte Sabine Devieilhe, découverte par Jean-Claude Malgoire dans Bellini, devrait éblouir en Folie déjantée, élégante, exacerbée… A voir absolument.
L’œuvre se compose d’un prologue et de trois actes, sur un livret tiré de Platée ou Junon jalouse, du dramaturge Jacques Autreau, inspiré des Béotiques, IXe livre, chapitre III, de la Description de la Grèce, du géographe-historien grec Pausanias.
Jean-Philippe Rameau avait acheté les droits de cet ouvrage, et demanda à l’homme de lettres Adrien-Joseph le Valois d’Orville et à Ballot de Sauvot d’en renforcer l’aspect comique, notamment par l’ajout du personnage de la Folie (porte-parole du compositeur lui-même) et d’une quantité désopilante de rimes en « oi » qui nous rappellent sans cesse que nous sommes au royaume des grenouilles.
