La grande nef de la cathédrale ; au fond l’Autel en marbre de Carrare, la magnifique allée centrale avec son carrelage blanc à bouchons noirs, les piliers métalliques goujonnés surmontés de feuilles d’acanthe et d’arcades métalliques finement ajourées. Le très beau plafond en staff a été détruit par les cyclones successifs; les vitraux sont dans des caisses au presbytère de Pointe-à-Pitre, les chemin de croix, la table de communion et la chaire ont été les victimes de Vatican II…
Grand-Eglise (prononcez grantéglise) était bondée… les autorités invitantes sauf le Chef d’édilité empêché et les mélomanes « pointois » accompagnés de quelques touristes avaient fait le déplacement pour venus découvrir le CHANT DES ORGUES DE LA CATHEDRALE SAINT-PIERRE ET SAINT-PAUL. Dans les coulisses on note la présence de nombreux journalistes dont le grand Gérard CESAR venus « couvrir » l’évènement.
Carole et Jean-Michel : derniers échanges avant le concert
Jean-Michel LESDEL nous met tout de suite dans l’ambiance avec la Fugue sur le carillon des heures de la Cathédrale de Soissons op. 12 (1962), de Maurice DURUFLE dédiée à Henri Doyen, titulaire de l’orgue de Soisson. La grande voute, magnifique vaisseau vibre et renvoi les sons distillés par les Orgues que nous devons au révérend Père Gillot et à l’ASEP du temps des PENTIERS pères et Fils.
http://halleyjc.blog.lemonde.fr/2009/08/15/grand-eglise-sous-la-sauvegarde-de-lasep/
Carole fait alors son entrée, salue d’un petit geste de la tête son cher public et lève les yeux vers l’orgue comme pour le défié. Sa voix s’élève faiblement et je ressens une certaine inquiétude de l’ampleur trop envahissante de l’orgue. C’est l’AVE VERUM CORPUS de Mozart. On ne peut mieux débuter un concert.
Salut! Salut! Véritable corps né
De la Vierge Marie!
(Toi!) qui a réellement souffert dans ton immolation
Sur la croix en faveur de l’être humain!
C’est son côté transpercé
Qui a laissé s’écouler de l’eau mêlé de sang!
Sois désormais pour nous, l’avant goût (de Toi)
Dans l’épreuve de la mort!
Mais la petite voix et l’inquiétude s’envolent lorsque Carole fait état de toute sa force et relève brillamment le défi.
Le mot « Ave » est comme vous le savez intraduisible. Il signifie, ici, une attitude respectueuse qui salue avec adoration le mystère eucharistique. Le public ne s’y trompe pas et lance un formidable AVE admiratif aux deux artistes par des applaudissements nourris.
Pie Iesu signifie littéralement Pieux Jésus, mais est souvent interprété comme voulant dire Doux Jésus ou Dévoué Jésus.
C’est par ce chant, cette prière que Carole et Jean-Michel séduisent définitivement le public connaisseur de Pointe-à-Pitre. Les paroles s’harmonisent avec la divine musique de Gabriel FAURE
Pie Iesu, Domine, dona eis requiem. Dona eis requiem sempiternam.
Pieux Jésus, Seigneur, donne-leur le repos. Donne-leur le repos éternel
L’AVE MARIA de Schubert fut émouvant au possible ! Carole est merveilleuse dans une robe longue et blanche ; les cheveux tirés et une longue tresse qui vient se mêlée à un châle noir négligemment posé sur les bras de la cantatrice. Les gestes sont sobres et élégant, ses doigts sont quelques fois croisés comme pour une prière et d’autre fois ce sont ces mains qui s’ouvrent comme pour une offrande. Le sourire permanant de notre Soprane est éclatant dans cette louange à la vierge.
La Toccata et Fugue en Ré mineur de Jean-Sébastien Bach offre à l’organiste l’occasion de faire vibrer les colonnes du bel édifice et de sonder nos âmes émues par ces notes du Grand maître d’Eisenach.
Carole est de retour devant le splendide maître autel divinement fleuri comme à l’habitude, et qui sauvé de la destruction par je ne sais plus quel miracle. Carole est dorénavant chez elle devant son public ; sa Voix ouvre nos Cœurs dans ce somptueux air de Camille SAINT-SAENS lorsque Dalila tente de séduire Samson.
Le violon de de Xavier MILLOT et le violoncelle de Lucile MAUCHOFFE entre alors dans concert pour annoncer le Panis Angelicus de César FRANCK :
Le pain des anges
Devient le pain des hommes.
Le pain du ciel met
Un terme aux symboles.
Ô chose admirable!
Il mange son Seigneur
Le pauvre, le serviteur, le petit.
Dieu Trinité
En Un, nous te le demandons,
Daigne par ta visite
Répondre à nos hommages.
Par tes voies, conduis-nous
Au but où nous tendons,
À la lumière où tu demeures.
Ainsi soit-il.
Après ce très beau chant de communion chaudement applaudi voici de nouveau le divin MOZART dans le très fameux Laudate Dominum. Louez Dieu dit le psaume 117 (116), connu comme étant le plus court de la bible.
Les paroles ont inspirées le musicien de Salzbourg dans ce cinquième mouvement des Vesperae solennes de confessore, K.339
Laudate Dominum omnes gentes
Laudate eum, omnes populi
Quoniam confirmata est
Super nos misericordia eius,
Et veritas Domini manet in aeternum.
Carole Jean-Michel Lucile et Xavier n’ont pas été en reste et ont tous mérité les louanges de la foule conquise et sous le charme.
Difficile de programmer un concert d’orgue sans placer la voix de Johannes BRAHMS. Il èvoque dans sa musique la dernière cène et le moment fatidique ou le Christ rompit le pain.
Jésus, avant sa mort,
Sachant sa fin prochaine,
Prit du pain, dit alors :
« Mangez mon corps, qu’on brise,
Buvez, car c’est mon sang !
Vos fautes sont remises,
Ainsi, pour tous les temps
Le solo de Jean-Michel LESDEL fut remarquable.
Un autre AVE MARIA pourquoi pas ; pour le plaisir en tous cas ! Et Carole a choisi celui de CACCINI GIULIO dit GIULIO ROMANO. Il se termine par une très belle et logue note aigue que la Cantatrice brava sans détours soutenue par l’orgue le violon et le violoncelle.
Le concert se poursuivait avec l’Agnus Dei attribué à tort à Alexandre-César-Léopold Bizet dit Georges Bizet ; il s’agit en fait the Intermezzo de l’Arlésienne Suite No. 2, sur lequel son ami Ernest Guirard ajouta les paroles de cette si belle prière :
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi
miserere nobis,
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi
dona nobis pacem,
Et voici la tonitruante Toccata du Lyonnais Charles-Marie WIDOR mouvement final de sa 5e Symphonie pour orgue qui fut à l’honneur lors du mariage d’Elisabeth II, reine d’Angleterre 1947.
Carole revient une fois de plus pour chanter cette aria de Félix MENDELSSHON et cet appel triste et résigné à Jérusalem.
O Jérusalem, Jérusalem, toi qui tuent les prophètes et lapide ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je eu envie de réunir tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, mais vous n’étiez pas prêts
Et le concert se termine par le Laudamus Te extrait du Gloria de VIVALDI, le prêtre roux.
Laudamus Te,
Benedicimus Te,
Adoramus Te,
Glorificamus Te
Laudamus Te,
Benedicimus Te,
Adoramus Te,
Glorificamus, glorificamus Te
Adoramus, adoramus Te,
Glorificamus Te,
Laudamus Te,
Benedicimus Te,
Adoramus Te,
Glorificamus Te,
Adoramus Te, adoramus Te,
Glorificamus Te, glorificamus Te.
Bravo à Carole et ses trois complices pour ce très beau spectacle musical. Sa voix de Soprane soutenue par le violon et le violoncelle, tous trois placés au cœur de l’église ont su dialoguer avec les orgues perchées dans les combles qui sont maintenant interdites au public pour raison de sécurité. Ma Maman évoquait souvent les messes de minuit de sa jeunesse et l’émotion des paroissiens lorsqu’un ténor dont j’oublie le nom entonnait le Minuit Chrétien.
Merci à Carole pour ce petit message de paix lancé à la fin du Concert. Des mots simples et directs pour nous souhaiter un bonheur possible malgré les turpitudes de la vie.
Message spécial à mes lecteurs et lectrices : il était totalement utopique de vous faire partager les émotions et le plaisir de ce concert. Il eut fallu être un poète, et je ne suis qu’un mélophilète. Alors je vous ai simplement proposé mes notes de concert agrémentées par quelques recherches « after game » : on ne dit plus « Doctus cum libro », mais dorénavant « Doctus cum Google » ! je pense d’ailleurs très simplement que ces œuvres écoutées ce soir auraient mérité une petite présentation. le public Pointois est averti, mais accepterait un peu plus que la simple énumération des œuvres dans un programme d’ailleurs fort bien fait.
Au plein milieu d’une messe le prêtre se tourne vers le peuple de dieu et lui demande de donner à son voisin un signe de paix. Ce moment fort je l’ai aussi vécu à la fin de ce concert : j’ai vu un public désireux de communiquer aux autres un sourire de satisfaction.
Prochain concert avec Carole VENUTOLO-LEGRIX le 6 décembre 2013 à Robert LOYSON au MOULE le DrépanOpéra pour l’amour de la belle musique et contre la terrible maladie qui fait souffrir et le corps et l’âme de tant de nos compatriotes.


