
« Les amis de Jean d’Ormesson » ont distingué L’espace d’un cillement de Jacques-Stephen Alexis, paru en 1996 dans la collection « L’imaginaire » de Gallimard.
Né en 1922, le médecin écrivain Jacques-Stephen Alexis a été remarqué pour ses prises de position politiques, notamment contre la dictature de François Duvalier. Son premier roman, Compère Général Soleil fut publié en 1955 chez Gallimard. Il est mort en avril 1962.
Outre l’ouvrage de Jacques-Stephen Alexis, quatre autres romans avaient été sélectionnés: Djamilia de Tchinguiz Aïtmatov (Denoël et Folio), Trilogie de Corfou, volume 1. Ma famille et autres animaux de Gerald Durrell (La Table ronde), Danube de Claudio Magris (Folio) et Madame Solario de Gladys Huntington (Les Belles Lettres).
Ces livres représentent « un bouquet de classiques à redécouvrir. (…) Des contreforts de l’Himalaya à la baie de Port-au-Prince, de Corfou au lac de Côme, non sans un détour par le delta du Danube, tous offrent ces moments d’émerveillement et d’élévation propres aux livres qui étaient chers à mon père », selon la fille de l’académicien et éditrice, Héloïse d’Ormesson.
Présidé par Françoise d’Ormesson, veuve de Jean d’Ormesson, le jury réunit Dominique Bona, Marie-Sarah Carcassonne, Gilles Cohen-Solal, Teresa Cremisi, Marc Fumaroli, Dany Laferrière, Héloise d’Ormesson, Erik Orsenna, Malcy Ozannat, Jean-Marie Rouart et François Sureau.
Cette récompense littéraire a été créée à la suite du décès, le 5 décembre 2017, de l’académicien Jean d’Ormesson.
Premier volet d’une tétralogie qu’Alexis ne pourra, faute de temps et confronté à d’autres urgences, terminer, L’Espace d’un cillement fut écrit en France en 1956-57, comme le Romancero aux Etoiles. Cette époque – qui fut aussi celle de la première remise en question de la révolution en U.R.S.S. – fut particulièrement féconde pour Alexis, qui expose en septembre 1956 le résultat de ses réflexions dans les célèbres Prolégomènes à un Manifeste du Réalisme Merveilleux des Haïtiens. Il s’y propose comme objectif d' »avoir une claire conscience des problèmes précis (à) et des drames que confrontent le peuple ».
L’histoire est racontée depuis les points de vue alternés des deux protagonistes, El Caucho et la Nina.
I LA VUE. En Haïti, sous la présidence d’Estimé (1946-1950), alors qu’une escadre américaine est au mouillage, le matin du premier dimanche de la Semaine sainte, deux êtres se regardent dans la rue : la Nina Estrellita, prostituée travaillant au Sensation Bar et El Caucho, un ouvrier mécanicien. Tous deux sont nés à Cuba. Ils s’observent longuement, avant que la Nina ne monte avec des clients. De retour le soir même, El Caucho la retrouve.
II L’ODORAT. Le lundi matin, La Nina médite sur son histoire, sur l’oubli de son enfance. De son côté, El Caucho arrive en retard au travail. Il vient d’apprendre l’assassinat à Cuba de son père spirituel, le syndicaliste Jésus Ménendez. Il se rend à midi et le soir au Sensation bar. La Nina et lui se sentent attirés l’un vers l’autre. Elle reconnaît sur El Caucho l’odeur des cigares cubains, tandis qu’il accueille en lui un souvenir d’enfance,, une prairie de soucis.
III L’OUIE. Mardi. El Caucho sauve devant le bar un enfant qui s’est blessé. Pendant la soirée, la Nina a la confirmation de l’origine cubaine d’El Caucho, par son accent. Une bagarre éclate dans le bar, un marine ayant égaré sa bague (volée en fait par la Nina). El Caucho défend le patron et se bat victorieusement contre plusieurs soldats.
IV. LE GOUT. L’escadre américaine s’en va le mercredi. Les prostituées sont au repos. El Caucho leur rend visite alors qu’elles jouent au loto. La Nina gagne. Restés seuls, ils s’embrassent mais El Caucho la quitte violemment à la suite d’un malentendu. Dans la méditation qui suit, il compare la société caribéenne à un vaste bordel. La Nina fume une cigarette de marie-jeanne, en songeant au goût salé de la lèvre d’El Caucho. Assailli par des bribes de souvenirs, ce dernier ne parvient pas à dormir. Il cherche une photo.
V. LE TOUCHER. Vers midi, le Jeudi-saint, El Caucho médite sur la situation d’Haïti par rapport aux Etats-Unis. Dans la cathédrale la Nina demande l’aide de la Vierge. Ils se retrouvent au bar. Ils dansent. Dans la chambre de La Nina, ils essaient de trouver le souvenir qui les réunit. Ils se rejoignent, s’endorment. Au milieu de la nuit, El Caucho la réveille, l’appelle par son nom, Eglantina. Elle reconnait alors Rafaël, son premier amour. Ils trouvent dans les affaires d’Eglantina la photo recherchée.
VI. LE SIXIEME SENS. Ils restent enfermés deux jours dans la chambre, préparant un nouvel avenir. Eglantina craint de décevoir Rafaël. Il part, et reviendra la chercher en fin de matinée.
CODA, L’ESPACE D’UN CILLEMENT. Eglantina range ses affaires et se prépare à partir. Quand El Caucho revient la chercher au bar, Eglantina a disparu. Elle a laissé une lettre dans laquellle elle annonce qu’elle va travailler afin d’oublier la Nina.
