Pour en finir avec la repentance coloniale lu par André Larané

Livrelefeuvrerepentance Voilà plusieurs mois que monte en France un débat autour du passé colonial avec une question très actuelle : les jeunes Français issus des anciennes colonies (Antilles, Afrique du nord, Afrique noire) doivent-ils se considérer comme des victimes de ce passé ?

Daniel Lefeuvre y répond avec un essai court mais solidement argumenté : Pour en finir avec la repentance coloniale.

Spécialiste de l’Algérie coloniale, professeur à l’Université Paris-8 (Saint-Denis), il démonte avec les bons vieux outils de l’historien (analyse critique des sources et des chiffres, contexte, comparaisons historiques,…), les contrevérités, les trucages et les billevesées des anticolonialistes de salon qu’il appelle les «Repentants».

Le résultat a de quoi surprendre :
– La conquête de l’Algérie et des autres colonies ? Des guerres ni plus ni moins cruelles que les guerres européennes,
– Le bilan économique de la colonisation ? Une perte nette pour la métropole et un transfert de richesses au profit des colonies très supérieur à l’actuelle aide au développement,
– Les immigrants des anciennes colonies dans la société française ? Une intégration beaucoup plus aisée que ne le fut celle des immigrants d’origine européenne (Italiens, Polonais,…) !

La démonstration de Daniel Lefeuvre nous invite à réfléchir sur notre passé et sur… les motivations plus ou moins conscientes des «Repentants» dans leur volonté de victimiser les enfants de l’immigration.

Anachronisme

Le premier péché des Repentants, selon l’historien, est l’anachronisme : il consiste à juger les événements du passé selon notre propre grille de valeurs, indépendamment du contexte. «Comment ne pas s’inquiéter des dangers dont cette conception de l’Histoire est porteuse ?» note Daniel Lefeuvre.

«Falsifier l’histoire, c’est tromper les citoyens, c’est fausser leur jugement», dit-il en prenant pour exemple la conquête de l’Algérie, dans laquelle certains, dont le président algérien Bouteflika, voient rien moins que le prélude des chambres à gaz !

Daniel Lefeuvre rappelle la triviale réalité : après la prise d’Alger en 1830, les Français se cantonnent sur le littoral et concluent des traités avec les chefs de l’intérieur. Mais la guerre sainte lancée par Abd el-Kader en 1839 les entraîne dans une longue et difficile conquête.

L’historien en évoque les aspects sombres. Il rappelle ce que furent très précisément les «enfumades». Il réévalue aussi les pertes des deux côtés en écornant au passage certaines évaluations fantaisistes.

Plus important encore, il rappelle, preuves à l’appui, que les horreurs de la guerre d’Algérie (comme des autres guerres coloniales) n’avaient hélas rien d’exceptionnel et que le mépris de l’ennemi était au moins aussi grand chez les troupes républicaines qui combattaient les Vendéens en 1793… Les guerres coloniales n’anticipent en rien la Shoah. Elles reflètent les moeurs de leur époque et c’est déjà bien assez.

Exploitation

Je ne m’attarderai pas sur les chapitres que Daniel Lefeuvre consacre à l’économie coloniale.

Malgré la propagande distillée par les partis colonistes de la fin du XIXe siècle à l’Exposition coloniale de 1931, les colonies se révèlent un gouffre économique, commercial et financier et il n’y a guère que quelques affairistes liés aux lobbies coloniaux pour en tirer profit.

Retenons le mot d’un économiste belge du XIXe siècle, Gustave de Molinari : «De toutes les entreprises de l’État, la colonisation est celle qui coûte le plus cher et qui rapporte le moins».

Stigmatisation

Daniel Lefeuvre réévalue la perception des indigènes par les colons. Que n’a-t-on écrit là-dessus ces dernières années, en redécouvrant les «zoos humains» d’il y a 100 ans, ces cirques où l’on venait se repaître de la vue des «sauvages» !

«Sauvages ?» Parlons-en. Ce qualificatif revient fréquemment au XIXe siècle dans la bouche et sous la plume des bourgeois qui évoquent les paysans de notre douce France. Les poncifs que l’on appliquait à l’époque coloniale aux habitants des colonies s’appliquaient aussi aux plus pauvres des Français.

Daniel Lefeuvre cite à ce propos l’oeuvre magistrale d’Eugen Weber : La fin des terroirs (1976). On peut y lire : «Un spécialiste de folklore musical, parcourant le pays de l’ouest de la Vendée jusqu’aux Pyrénées, compare la population locale à des enfants et des sauvages qui, heureusement, comme tous les peuples primitifs, montrent un goût prononcé du rythme»… Après cette lecture, il ne reste plus aux Vendéens et aux Pyrénéens (dont votre serviteur) qu’à rallier le clan des «indigènes de la République» !

A ceux qui aujourd’hui stigmatisent le comportement discriminatoire de la République à l’égard des immigrés et enfants d’immigrés, Daniel Lefeuvre offre un aperçu de l’accueil reçu en d’autres temps par les immigrants européens (Belges, Polonais, Italiens).

En août 1893, à Aigues-Mortes, la population fait la chasse aux immigrants italiens aux cris de : «Mort aux Christos !» (Mort aux chrétiens !). Les malheureux sont roués de coups. On relève huit morts. La chronique rapporte ça et là d’autres incidents violents et souvent mortels…

Si l’on s’attarde sur les immigrants européens qui, au tournant du XXe siècle, se sont magnifiquement intégrés à la société française, on ne voit pas, et pour cause, ceux, en nombre équivalent, qui n’y ont pas réussi par le simple fait que, découragés par l’hostilité ambiante, ils sont rentrés au bercail.

Félicitons-nous que la situation actuelle n’ait rien de comparable à celle-là. A rebours des idées convenues, Daniel Lefeuvre considère que les immigrés originaires des anciennes colonies sont somme toute mieux accueillis et mieux intégrés que ne le furent les immigrés européens, prétendûment si proches des «Français de souche».

L’historien craint en conclusion qu’à trop minimiser le processus d’intégration des Français originaires des anciennes colonies, on ne «persuade ces populations que la République s’est définitivement fermée à elles et qu’il leur faut donc chercher ailleurs les voies de leur réussite».

La repentance ne risque-t-elle pas en définitive de réussir là où les colonistes et les racistes d’antan ont échoué, en enfermant dans un statut de victimes les Français originaires des Antilles, d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire et en les convaincant qu’il leur est impossible d’en sortir par leur effort personnel ?

André Larané 

Et nous vous conseillons le très beau site sur l’Histoire avec une Grande H

http://www.herodote.net/outils/abo_lettre.htm#lettre

4 commentaires sur “Pour en finir avec la repentance coloniale lu par André Larané

  1. Pour la première fois depuis notre départ d’Algerie ,je viens de resentir l’intense consolation de prendre connaissance des arguments de Daniel Lefeuvre qui pleins de bon sens et d’exactitude disent enfin, ce que nous savons nous depuis toujours,avec l’immense frustration de crier ces vérités dans le désert.

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  2. Bonjour,
    Comment entrer en contact avec André Larané?
    Qui est la personne au milieu de photo, où Mitterrand reçoit la Francisque de Pétain?
    Cordialement,
    Charles Destrée,
    (1926) historien,
    ancien résistant combattant et ancien volontaire de guerre.

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  3. Bonjour,

    Je vous signale des erreurs de liens sur votre page :

    La référence finale est :
    https://www.herodote.net/Le_passe_colonial_revisite-article-169.php

    Par ailleurs, voici le lien pour Daniel Lefeuvre :
    https://www.herodote.net/Deux_historiens_face_a_la_memoire_et_a_l_ideologie-article-62.php

    Et le lien pour enfumades :
    https://www.herodote.net/16_mai_1843-evenement-18430516.php#guerre

    Merci de bien vouloir faire les corrections,
    Cordialement,
    André Larané

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