Gisèle Pineau, Mes quatre femmes, par Yves CHEMLA

 « Non, il ne faut pas croire toutes les histoires… »

Le très beau texte de Yves Chemla est à lire sur AFRICULTURE

http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=4708

En voici le tout début…

L’adjectif possessif ne dit pas seulement l’appropriation. Par un retournement un peu bizarre, il peut signifier l’appartenance du locuteur à ce qui est l’objet même de la détermination : « Mon île, ma famille », doivent s’entendre ainsi. Ce sentiment d’appartenance mérite encore un patient questionnement. En revanche, tel mari, imbu de sa position, dira : « Ma femme ». On sait ce que cette parole recèle d’imposture : la propriété tient lieu de relation, à défaut d’un amour qui va s’effilochant au fil des naissances et des transformations des corps, dans le huis-clos domestique. « Ma femme », dit l’un, comme l’autre, pas si lointain affirmait : « Mes esclaves ». Il faut récuser sans cesse l’infection de la parole. Ce sinistre théâtre hante la littérature : parents et enfants, époux et épouse, mère et fille, le Pater et les autres, constituent autant d’acteurs de ces histoires et de ces contes qui hantent l’enfance de rapports mal fichus, et d’incommunication. L’écrire, c’est ouvrir la scène et dévoiler l’imposture. Ceux qui la découvrent voient alors la réalité se dissoudre dans son ombre : derrière l’évidence, il y a une autre évidence. Derrière le morne, il y d’autres mornes, disent les Haïtiens. Toute la difficulté est alors de parvenir à retrouver trace des points de départ, à s’en emparer pour que vraiment, alors, l’histoire racontée devienne sa propre histoire. Aux Antilles, on le sait, la trace ancienne est celle de l’arrachement.

Celà donne envie de continuer la découverte de notre très grande Gisèle.

Gisèle Pineau, Mes quatre femmes, Paris, éd. Philippe Rey, 2007. 17€

2 commentaires sur “Gisèle Pineau, Mes quatre femmes, par Yves CHEMLA

  1. Bonjour monsieur Halley,
    juste un petit mot, pour vous remercier de votre appréciation élogieuse. Je suis la carrière littéraire de Gisèle depuis la Drive des esprits, et son oeuvre me paraît réellement marquante
    Cordialement

    YC

    J’aime

  2. Comme vous avez raison ! La grande Drive des Esprit reste pour moi une borne blanche dans cette découverte de la literrature antillaise. L’oeuvre de Madame Gisèle PINEAU est effectivement marquante. En tous cas elle m’aura marquée. J’ai eu l’occasion de m’entretenir quelques brefs instants avec Madame Gisèle PINEAU venue en Guadeloupe pour participer au Jury d’un Prix littéraire… et ce très bref moment m’a aussi marqué.
    Jean-Claude HALLEY

    J’aime

Laisser un commentaire