Lettre ouverte à Monsieur Le Président de la République, Anne-Claude MAYA-HALLEY

Lettre ouverte à Monsieur Le Président de la République

Monsieur Le Président,

« Travailler plus pour gagner plus », voilà un slogan qui m’a plu et

pour lequel j’étais vraiment enthousiaste, j’étais, Monsieur Le

Président, car maintenant, grâce au travail de brillants technocrates, je

vais « travailler moins pour gagner beaucoup moins ».

J’habite un charmant petit bout de France, éloigné de vous et des

grands décideurs, mais, même à 8 000 km nous sommes en France, une

France à part entière mais entièrement à part. Cette autre France vous

appelle au secours, nous avons besoin de vous, Monsieur Le Président,

nous, Femmes d’Outre-Mer.

Pour travailler, ce qui est devenu essentiel à la survie de nos foyers, nos

enfants doivent être gardés. La mise en place de la PSU dans notre

département est une aberration technocratique. Nous avons nos

spécificités dans de nombreux domaines et la petite enfance n’échappe

pas à cette règle.

En Guadeloupe, 85% des structures d’accueil (crèches, garderies …)

sont gérées par des associations. Ces associations sont financées

essentiellement par les parents, or la PSU revoit à la baisse leur

participation, ce qui entraîne un manque à gagner pour les structures

d’environ 34 %.

Si en Métropole cet écart est pris en charge par les collectivités, les

structures étant à majorité publiques, chez nous ce n’est pas le cas.

Le GAPEG (groupement d’associations pour la petite enfance de

Guadeloupe) qui suit ce dossier depuis l’origine, a frappé à toutes les

portes sans succès :

! Conseil régional : ce n’est pas de notre compétence. Dont acte

! Conseil général : ce n’est pas de notre compétence, nous gérons

la protection maternelle et infantile, pas la petite enfance (!!!)

dont acte.

! Les municipalités : simple constat 90 % des mairies de

Guadeloupe sont sous tutelle, les caisses sont vides, aucune

possibilité d’aide de ce côté. Dont acte.

Résultat des courses, lundi 21 janvier 2008, toutes les structures

vont fermer, 3000 enfants sans mode de garde c’est aussi 3 000

mères de famille qui ne pourront pas aller travailler, l’économie de

la Guadeloupe peut-elle se le permettre ?

De mon côté le constat est simple, trois enfants à charge dont deux

inscrits en crèche, vous me direz que j’aurais pu choisir la facilité et

rester chez moi en percevant diverses aides de l’Etat, mais j’ai

préféré me battre pour construire l’avenir de mes bambins et j’ai

choisi de travailler en montant ma propre structure. Je ne vous ferai

pas l’injure de vous donner le pourcentage de jeunes entreprises qui

n’arrivent pas à démarrer et qui sont liquidées dans les deux ans, ce

sont des chiffres que vous maîtrisez bien mieux que moi. Mon

entreprise a 18 mois et si le 21 je reste chez moi pour garder mes

enfants, le 31 je mets la clé sous la porte et malheureusement je

viendrai grossir les chiffres du chômage déjà fort élevé dans notre

petit département. La mise en place de la PSU menace non

seulement l’emploi des Mamans mais également ceux de tous les

salariés de ces structures soit près de 1 200 personnes.

L’autre solution serait de chercher quelqu’un qui s’occuperait de

mes enfants au noir mais je m’y refuse pour de simples et évidentes

questions de sécurité.

Vous comprendrez, Monsieur Le Président, que ce texte, surement

très efficace dans une application métropolitaine, ne peut pas être

mis en place chez nous. Je vous demande donc de revoir votre copie

sur ce point, la petite enfance en Guadeloupe a besoin du secteur

privé et ce, tant qu’aucune collectivité ne sera en mesure de le faire

dans de bonnes conditions.

Dans l’attente d’une solution à ce problème, je vous prie d’agréer,

Monsieur Le Président, l’expression de mes respectueuses

salutations.

Petit-Bourg le 16 janvier 2008

Anne-Claude MAYA-HALLEY

Ampliation à

! Monsieur Le Préfet

! Monsieur Le Président du Conseil Régional

! Monsieur Le Président du Conseil Général

! Monsieur Le Président de l’Association des

Maires de Guadeloupe

! Monsieur Le Directeur de la CAF

Un commentaire sur “Lettre ouverte à Monsieur Le Président de la République, Anne-Claude MAYA-HALLEY

  1. j’ai beaucoup aprécié votre lettre et j’ai le sentiment de retourner 10 ans en arrière. Je suis de l’autre coté de la barrière: je suis éducatrice de jeunes enfants et il y a 10 ans je me suis installée en guadeloupe avecmon mari antillais. mais pas de boulot pour moi parce que « je coûte trop cher ». j’aimerai pouvoir retourner en guadeloupe mais il y a peu de postes et apparement ce n’est pas une priorité pour les instance locales.
    y a til des documents sur l’état des modes de garde actuels en guadeloupe?

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