Cette synthèse biographique doit beaucoup à Messieurs Gabriel Banat, Pierre Bardin, Emil Smidak, Claude Ribbe, sans oublier les archivistes de la Guadeloupe, qui eux ont tous fait de longues et patientes recherches avant de découvrir des documents inédits.
Un grand merci à Daniel MARCIANO pour ce travail de fourmi.
Un authentique conte de fées
En suivant l’itinéraire de Joseph Bologne, dit le chevalier de Saint-Georges ou Saint-Georges tout court, le vers fameux de Nicolas Boileau-Despréaux, « Le vrai peutquelquefois n’être pas vraisemblable » – pris hors de son contexte – peut venir à l’esprit, si tant est que la vie de Saint-Georges ressemble fort à un conte de fées.
Joseph Bologne, né à La Guadeloupe le jour de Noël de l’an 1745 – cette date de naissance fut-elle un heureux présage ? – est le fruit des amours d’une esclave africaine appelée Anne, Nanon ou bien encore « La Belle Nanon » – Noémie dans notre récit – créole née sur l’île en 1723 à l’habitation dite du Grand Cul de Sac, et d’un nobliau français, Georges de Bologne Saint-Georges, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, propriétaire de plantations prospères sur les îles à sucre.
Cet enfant n’aurait vraisemblablement eu aucun avenir s’il était resté sur son île natale du temps des lois scélérates du « Code Noir » instituant l’esclavage sur les îles à sucre du Royaume de France et des décrets de 1777 et de 1778, « interdisant l’entrée en France aux nègres, mulâtres et gens de couleur libres ainsi que les mariages interraciaux. »
Toutefois, « les bonnes fées » s’étant penchées sur son berceau, si le Chevalier fut certes parfois maltraité, il eut une vie enviable, faite de hauts faits d’armes au sens étendu de l’expression.
Presque deux années après sa naissance, en décembre 1747, Georges de Bologne Saint-Georges doit quitter Basse-Terre précipitamment. En consultant les minutes d’un jugement, conservé aux « Archives Départementales de la Guadeloupe », nous apprenons qu’au cours d’une visite à son oncle, Samuel de Bologne – un « sucrier » qui possède une plantation près de la sienne – sise à la Montagne Saint-Robert au Baillif – Georges de Bologne et son cousin Hugues Bologne qui ont fait ample consommation de « ponche », en viennent à se quereller verbalement après le souper. Pierre-Julien Le Vanier de Saint-Robert – l’époux d’une cousine de Georges de Bologne – qui participe aux agapes, interfère dans la discussion et provoque Georges en duel.
L’un des témoins affirme que « Saint-Georges a porté au Sieur de Saint Robert un coup d’épée qui a atteint le nez et son nègre un coup de bâton qui l’ont fait tomber à la renverse sur des rochers ».
Les blessures ne semblent pas graves mais rapidement l’état de Saint-Vanier empire.
Georges de Bologne lui rend visite et ils se réconcilient. Saint-Robert lui dit alors « qu’il se sent un mal extraordinaire au col qui l’empêche de pouvoir se remuer, ny se lever, et effectivement cette douleur est si vive qu’il faut un temps considérable pour luy se remuer et changer de place ».
Trois jours plus tard, pris de convulsions, Saint-Vanier meurt. Il laisse une veuve et sept enfants. Lors de l’exhumation du corps, sur ordre du procureur du Roi, le médecin légiste fait état « d’une tumeur considérable qui occupe toute l’étendue des vertèbres du col ».
Les convulsions sont-elles dues à une lésion de la moelle épinière consécutive au coup de bâton qu’il a reçu ou bien à sa chute ? Est-ce la blessure provoquée par le coup d’épée qui a entraîné le « tintanos » comme le rapport le mentionne? Il est difficile de préciser avec certitude les causes du décès, les témoignages étant imprécis, contradictoires et souvent partiaux.
Georges de Bologne sait qu’il va être accusé d’homicide et qu’il risque la confiscation de ses biens. Craignant que sa chère Nanon et son fils ne soient vendus avec tous les esclaves de la plantation – considérés comme des « biens meubles » – il décide de quitter l’île et de prendre un navire en partance pour le port de Bordeaux.
Chose surprenante, Elisabeth, l’épouse de Georges, quitte l’île avec Nanon, son fils et un esclave nommé François en déclarant, titres à l’appui, que ce sont ses serviteurs.
C’est là un premier « miracle ». Le père de Joseph qui n’est qu’un suppôt de l’esclavage puisqu’il doit ses richesses à la sueur et aux souffrances de captifs africains, brave les préjugés de son époque, n’abandonne pas Joseph et la mère de son enfant, pratique fréquente dans les colonies où les propriétaires de plantations ont des concubines parmi leurs esclaves africaines.
Georges a été bien avisé de quitter l’île car il est condamné à mort par contumace, à la confiscation de tous ses biens et pendu en effigie sur la place de Basse-Terre en mai 1748.
Deux années plus tard, Pierre de Bologne, Conseiller du Roi, plaide la cause de son frère auprès du Souverain et obtient des lettres de rémission. Georges de Bologne peut alors retourner à la Guadeloupe et recouvrer ses biens après un séjour de deux années chez Pierre à Angoulême.
En 1753, un autre miracle d’importance se produit. Georges de Bologne décide d’éduquer son fils en France et dix-huit mois plus tard, bravant les préjugés et les conventions sociales de son rang, il ira chercher Nanon qui vivra sous son toit à Paris, au vu et au su de tout le monde.
Quand Joseph a treize ans, Georges de Bologne, avant de repartir pour La Guadeloupe, le met en pension chez Texier de La Boëssière, homme de lettres et excellent maître d’armes qui deviendra le père spirituel de Joseph. Il lui fait donner une éducation de jeune aristocrate et bien vite, l’adolescent éblouit ses maîtres par sa facilité et sa soif d’apprendre.
Me La Boëssière en fait un fleurettiste d’exception et dès l’âge de quinze ans, il domine les plus forts tireurs. C’est incontestablement la plus fine lame de son temps, peut-être « l’homme le plus prodigieux qu’on ait vu dans les armes », si l’on en croit « les friands de la lame » – c’est ainsi que l’on nomme parfois les duellistes – à une époque où les notions de point d’honneur sont encore vivaces et où le duel demeure une funeste institution. Toutefois, disputer courtoisement un assaut de fleuret dans un salon face à l’un de ses pairs, est une façon parmi d’autres de briller en société et de faire montre de subtilité. Qu’on en juge ! Dans une préface qui précède un poème élégiaque de sa composition, La Mort Généreuse du Prince Léopold de Brunswick, maître Texier de La Boëssière, déçu que ses talents de poète n’aient pas été couronnés par l’Académie, se drape dans son dépit pour proclamer :
« Racine a fait Phèdre et moi j’ai fait Saint-Georges », auto-satisfecit ou parallèle qui élève son disciple au rang de chef d’oeuvre humain.
Pierre Bardin, auteur d’une biographie, intitulée, Joseph de Saint-George, le Chevalier Noir – éditions Guénégaud, Paris 2006 – nous apprend que le 10 mai 1763, Georges achète pour son fils « l’Office d’Ecuyer, Conseiller du Roy, contrôleur ordinaire des guerres » et le 8 juin en la Grande Chancellerie de France, les magistrats donnent officiellement leur agrément à cette vente. Joseph est alors âgé de dix-sept ans et quatre mois alors que l’âge légal pour exercer cet office est de 25 ans. Une dispense lui a donc été octroyée. Pierre Bardin présume que son père a fait jouer à plein l’article 59 du Code Noir selon lequel « les affranchis ont les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres ». Saint-Georges occupera cet office durant onze années. Cela peut expliquer pourquoi, lorsque l’on décrétera « la Patrie danger », le Ministère de la Guerre confiera à Saint-Georges le commandement d’un régiment de cavalerie légère.En outre, l’écuyer Joseph de Saint-Georges, demeurant rue Saint-André des Arts, sera inscrit sur les registres des gendarmes de la garde du Roi le 1
er juillet 1764.
Mais avant toute chose, Saint-Georges est un musicien. Violoniste virtuose, chef d’orchestre, compositeur de sonates, de symphonies concertantes pour quatuor d’archets, de concertos et de comédies, mêlées d’ariettes.
Certains musicologues affirment que le divin Wolfgang Amadeus Mozart a été influencé par le non moins divin Saint-Georges, son aîné de onze ans, les accents musicaux de ces deux compositeurs ayant parfois des sonorités proches. Si Saint-Georges n’a peut-être pas eu le génie musical de Mozart, il fut incontestablement en son temps, un musicien et compositeur bien plus charismatique que lui, la musique de Saint-Georges étant jouée dans toutes les cours d’Europe.
Plusieurs biographes et producteurs de films documentaires musicaux ont appelé Saint-Georges « Le Mozart Noir », appellation que récuse Dominique-René de Lerma, musicien, spécialiste des oeuvres de Joseph Bologne et professeur au département de musique de Lawrence University, dans le Wisconsin.
Pourquoi ne pas faire totale abstraction de ces considérations de couleur de peau, dit-il ? Si l’on ne peut s’affranchir de tels préjugés, puisque Saint-Georges a influencé l’écriture musicale de Mozart, que n’a-t-on appelé Mozart Le Saint-Georges Blanc ?
C. Ribbe, auteur d’une biographie publiée aux Editions Perrin en août 2004, intitulé Le chevalier de Saint-George, exprime cette même désapprobation en d’autres termes : « Dumas n’était pas blanc de peau. Donc il était nègre. Si l’on n’est pas tout blanc, on est forcément tout noir. » Il fait aussi remarquer que « pas une fois Me Texie de La Boëssière – son maître d’armes et père spirituel chez qui il a vécu durant six années – et pas une seule fois Angelo – autre maître d’armes et compagnon du héros – ne jugeront utile de faire allusion à la couleur de peau de Joseph. Son corps impressionne assez profondément pour qu’il ne soit pas nécessaire de s’attarder à la surface.»
En 1776, Saint-Georges qui a fait du « Concert des Amateurs » le meilleur orchestre d’Europe, est pressenti par un groupe de nouveaux investisseurs qui comprennent des notables de premier plan – notamment le fermier général, le Baron Rigoley d’Ogny, et le financier Jacques Necker – pour diriger L’Académie Royale de Musique. Il en est toutefois écarté.
Le baron Von Grimm dans sa « Correspondance philosophique et littéraire », rapporte que dès que Sophie Arnould et Rosalie Levasseur, deux chanteuses, et Marie-Madeleine Guimard, première danseuse de l’Opéra, eurent été informées de la candidature de Saint-Georges à la direction de l’Opéra, elles présentèrent un « placet » (une pétition) à la Reine pour lui faire savoir que «leur honneur et la délicatesse de leur conscience ne leur permettraient jamais d’être soumises aux ordres d’un mulâtre… » Et Grimm ajoute non sans ironie : «Une si importante considération a fait toute l’impression qu’elle devait faire. »
Ce fut là assurément un acte de racisme caractérisé. Toutefois, Gabriel Banat, dans sa biographie intitulée « The Chevalier de Saint-Georges, Virtuoso of the Sword and the Bow» (Le Chevalier de Saint-Georges, Virtuose de l’Epée et de l’Archet), s’est demandé si les préjugés de ces dames furent la cause majeure du rejet de Saint-Georges à la direction de cette institution. Les divas auraient agi de la sorte pour sauvegarder leurs intérêts et leur désir de contrôler cette prestigieuse maison. Saint-Georges se proposait de réorganiser l’Opéra et les réformes qu’il n’aurait probablement pas manqué d’apporter auraient fait craindre à ces dames d’être supplantées par de nouvelles recrues.
Marie-Antoinette ne fut pas en mesure de prendre la défense de Saint-Georges ajoute Gabriel Banat, Madeleine Guimard tout comme Sophie Arnould lui ayant maintes fois apporté leurs concours gracieux lors de fêtes organisées à Versailles. La Reine avait donc des obligations à leur égard. En outre, ces dames avaient usé de leur influence afin que Christoph Gluck, l’ancien maître de musique de la Reine, puisse présenter ses opéras, se produire en concert à Paris et connaître le succès.
Puisque l’on récusait Saint-Georges – à ses yeux le candidat le plus valeureux – Louis XVI, mis au fait de cette cabale, lui rendit hommage en ne nommant personne. Il prit la décision de faire administrer L’Académie Royale de Musique par Papillon de la Ferté, l’un des intendants et trésoriers de ses menus plaisirs. Or, il se trouvait que le dit Papillon de la Ferté n’était rien d’autre que « l’amant de coeur » de Madeleine Guimard.
En vérité, explique Gabriel Banat, chaque membre de cette cabale allait tirer profit de cette intrigue. Les cantatrices furent assurées que le statut quo serait maintenu. De plus, « La Guimard », par l’intermédiaire de son amant, aurait virtuellement les pleins pouvoirs à l’Opéra. Le placet en question mit un terme aux aspirations de Saint-Georges d’obtenir le plus prestigieux poste de France dans le domaine de la musique. Ce fut probablement pour lui une déconvenue majeure présume G. Banat.
Heureuse compensation, Madame de Montesson, l’épouse du duc d’Orléans lui confie la direction de son théâtre privé et lui demande d’être le maître de cérémonie de son salon.
Esprit brillant, homme charmant, généreux à l’excès, le chevalier de Saint-Georges va devenir la « coqueluche» du Tout-Paris », dirait-on de nos jours. C’est l’une des personnalités adulées des salles de concerts, des salons des nobles et des princes, avides de divertissements et de fêtes galantes. Cette société frivole n’a toutefois pas encore conscience que le navire royal sur lequel voguent nobles et aristocrates, fait déjà eau de toutes parts.
Jusqu’à ces dernières années, biographes et romanciers se sont notamment opposés sur sa filiation et sur sa date de naissance.
Lionel de la Laurencie, le premier à avoir écrit une biographie très documenté sur Saint-Georges dans L’Ecole Française de Lully à Viotti, encyclopédie musicale publiée à Paris en 1923, a toutefois fait une faute de filiation qui a été reprise par d’autres auteurs. Il avance que le père de Saint-Georges s’appelait Jean-Nicolas de Boulogne et que c’était l’un des intendants des finances royales. De plus, en recoupant des documents contradictoires mentionnant l’âge du Chevalier, il en a conclu que Saint-Georges est probablement né en 1739 plutôt qu’en 1745. Il est un fait que l’acte de décès du Chevalier qui porte la signature du capitaine Duhamel – qui a servi autrefois sous les ordres du colonel Saint-Georges – précise que le défunt était âgé de 60 ans. Joseph Bologne serait alors effectivement né en 1739.
On sait désormais que Jean-Nicolas de Boulogne, comte de Nogent, n’a jamais quitté la France. En revanche, il aurait été l’homme influent du clan des Bologne ou Boulogne dont la famille, dès le XVIIe siècle, comptait plusieurs membres, propriétaires de plantations à la Guadeloupe.Claude Ribbe a retracé avec précision l’arbre généalogique des Bologne de la Guadeloupe qui
« commence le 28 février 1654 quand paraît dans la rade de Basse-Terre un grand vaisseau battant pavillon de la République de Hollande qui transporte les habitants de l’île de Tamarica et leurs esclaves… » Ils ont fui la colonie hollandaise du Brésil après l’invasion portugaise.
Lionel de La Laurencie, après le romancier Roger de Beauvoir, donne une tout autre explication sur le patronyme Saint-George/s. C’était le nom d’un splendide vaisseau que Nanon avait admiré dans le port de Basse-Terre. Elle aurait fait donner ce nom à son fils le jour de son baptême, version fantaisiste mais si séduisante que nous n’avons pas voulu tout à fait passer sous silence dans notre récit!
Odet Denys, natif de la Guadeloupe, avocat parisien puis magistrat, a publié en 1972 une biographie romancée, intitulée Qui était le chevalier de Saint-George? Il est le premier à affirmer, sans toutefois citer des documents à l’appui, que le père de Joseph est Georges de Bologne Saint-Georges, propriétaire d’une plantation dans la région de Baillif.
Emil F. Smidak, autre biographe du Chevalier, auteur de Joseph Boulogne nommé Chevalier de Saint-Georges, publié en 1996 par la Fondation Avenira à Lucerne, s’est livré à de sérieuses recherches sur la filiation de notre escrimeur musicien. Il est le premier à démontrer que le père du chevalier de Saint-Georges est sans conteste Georges de Bologne Saint-Georges, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi et riche planteur à Basse-Terre.
Entre autres documents, il fait état de la page de garde d’une partition de musique parue en 1770, sur laquelle Carl Philip Stamitz, musicien tchèque de l’Ecole de Mannheim, dédie ses «Six Quatuors Op. N° 1 » au père de Joseph Bologne. Sa dédicace est ainsi libellée :
« A M. de Bologne de Saint-George qui unit au bonheur d’aimer les arts, le plaisir de les connaître et qui a fait aux artistes un présent estimable dans la personne de Monsieur son Fils. »
En outre, Emil Smidak reproduit dans son ouvrage un fac-similé d’une lettre que Pierre de Bologne, le frère aîné de Georges de Bologne Saint-Georges adresse fin 1769 ou début 1770 au Duc de Praslin, Ministre de la Marine et des Colonies, pour solliciter l’enregistrement d’un acte de notoriété prouvant sa descendance.
Le professeur Luc Nemeth a clos ces débats ayant trait à la date de naissance et à la filiation de Joseph Bologne en faisant une communication dans les « Annales historiques de la Révolution Française – 2005 – N° 1 [79 à 97], intitulée Un Etat-Civil Chargé d’Enjeux : Saint-George, 1745-1799. Luc Nemeth avance un document des Archives de l’Amirauté de Guyanne permettant d’affirmer avec certitude, d’une part que George de Bologne de Saint-George (graphie mentionnée sur ce manifeste de navire et conforme à la signature de la personne concernée) est bien le père de Joseph, et que d’autre part Joseph, en l’absence à ce jour d’un acte officiel de naissance, est très probablement né en 1745.
Le document en question en date du 1er août 1749, est tout à la fois une attestation d’embarquement qu’un certificat d’identité et de catholicité. Il nous apprend que George de Bologne, son épouse, Elizabeth Merican, leur fille Elisabeth-Bénédictine, Nanon et Joseph, alors âgé de 4 ans ont embarqué sur un navire à destination de La Martinique. Georges de Bologne a déclaré qu’il s’y rendait pour affaires avant de se retirer à Bordeaux.Cela confirme que les dates mentionnées par Antoine La Boëssière dans sa
Notice Historique sur Saint-Georges qui vient en préambule de son traité d’armes, intitulé L’Art des Armes, paru en 1818, sont fiables. Il mentionne que son ami avec qui il a vécu pendant six années, est né le 25 décembre 1745 et qu’il est mort le 12 juin 1799.
Dans ses Reminiscences et Angelo’s Pic-nic or Table Talk, Henry Angelo, maître d’armes italien installé à Londres, a parlé avec enthousiasme de Saint-Georges qu’il a accueilli plusieurs fois. Cependant, Angelo emporté parfois par son désir de plaire, ne se soucie pas outre mesure de l’authenticité des faits, des dates ou de la graphie des noms propres. Cela n’a pas empêché plusieurs biographes de reprendre aveuglément ses écrits.Ainsi, il affirme que
« M. de Boulogne ne survécut pas longtemps après le triomphe de son fils sur Me Picard en 1766 ». Or, on sait que Georges de Bologne mourut huit années plus tard. De plus, selon Angelo, Saint-Georges serait mort « aux environs de 1810 ou 1811 », c’est-à-dire près de onze ou douze années plus tard…
Faisant le récit de l’assaut d’armes qui opposa Gian Faldoni, véloce escrimeur de Livourne, au chevalier de Saint-Georges, Angelo rapporte que l’Italien prit le meilleur sur son rival par quatre touches à deux, compte rendu que les biographes du Chevalier ont tous repris. Il se trouve que dans la préface de son traité d’armes, intitulé La Théorie de l’Escrime, maître A.J.J. Posselier donne une version tout autre de l’assaut Faldoni-Saint-Georges. Il affirme que si l’Italien prit les deux premières touches, « il fut bel et bien battu ensuite ».
Rapportant la mort tragique de Gian Faldoni et de sa compagne qui se suicidèrent quelques années plus tard, Angelo multiplie les inexactitudes quant aux noms des amants ou du lieu du drame.
Toutefois, Posselier n’est probablement pas plus crédible qu’Angelo. En effet, de même qu’Angelo est enclin à encenser l’école italienne d’escrime dont il est un éminent représentant, Posselier semble tout aussi partial. Ainsi, en dédiant son traité au Comte de Bondy, il n’hésite pas à comparer celui-ci au chevalier de Saint-Georges. Comme par hasard, le Comte de Bondy est un élève de Me Jean-Pierre Gomard, contemporain de Saint-Georges et père adoptif de Posselier. De plus, il mentionne que le plus fort tireur à s’être présenté devant Saint-Georges ne fut pas Faldoni mais le comte de Codrosi, autre redoutable escrimeur formé par Gomard Père !
La véracité historique est tout autant sujette à caution dans les Mémoires d’Alexandre Dumas, l’auteur des Trois Mousquetaires. Ainsi, pour mieux encenser son père, Alexandre Dumas met en doute la valeur militaire et la probité du colonel Saint-Georges sous les ordres duquel son père a servi. Emil Smidak en conclut peutêtre hâtivement « qu’il semble que Dumas, le second chef d’escadron de Saint-Georges, n’ait pas été tout à fait étranger à la dénonciation qui valut à son rival une incarcération de dix-huit mois ».
Tout comme Joseph Bologne, le père de l’écrivain, est originaire des Antilles. Né à Jérémie, il est le fils de Marie-Césette Dumas, une esclave africaine, et d’Alexandre- Antoine Davy de la Pailleterie, officier du Royal-Artillerie, noble français déchu, propriétaire d’une fort modeste plantation de canne à sucre à la pointe ouest de l’île de Saint-Domingue. Claude Ribbe dans son livre Alexandre Dumas, le dragon de la reine, retrace les hauts faits d’armes de celui qui gravira rapidement tous les échelons de la hiérarchie militaire pour devenir général d’empire avant de tomber injustement en disgrâce.Certes, ses états de services militaires sont infiniment plus remarquables que ceux du colonel Saint-Georges. Cependant, n’en déplaise à Dumas Fils qui juge peut-être souhaitable de dénigrer Saint-Georges pour glorifier son père, le général Dumas n’atteindra pas la notoriété de Joseph Bologne. L’auteur des Trois Mousquetaires est manifestement juge et partie en l’occurrence et prend ses désirs pour des réalités. Il parle de l’inimitié entre son père et le Colonel Saint-Georges alors qu’il n’a que quatre ans lorsque meurt le général Dumas.
Le séjour de Saint-Georges à Saint-Domingue après son incarcération est une autre source d’incertitude.
Louise Fusil, partenaire artistique de Saint-Georges, écrit dans ses Souvenirs d’une actrice, ouvrage publié en 1841, que « Saint-Georges et (son ami) Lamothe étaient partis pour Saint-Domingue qui était en pleine révolution ; on répandit même le bruit qu’ils avaient été pendus dans une émeute. » Et elle ajoute : « Depuis assez longtemps je les croyais morts et je leur avais donné tous mes regrets… » Aussi laisse-telle éclater sa joie en les retrouvant dans les jardins du Palais Royal. Il n’y a nulle raison de douter de ce témoignage. Toutefois, on n’a trouvé nulle trace de Saint-Georges dans la presse de l’époque ou dans les archives des manifestes de navires en partance des ports français pour Saint-Domingue ou effectuant des traversées de retour en France.
Pierre Bardin en vient même à penser qu’il ne s’est peut-être pas rendu à Saint-Domingue en définitive et qu’après son éviction des armées de la Révolution, il n’a pas quitté la France.
En tout cas, il semble très peu probable qu’il ait fait partie de la délégation officielle des commissaires civils envoyés à Saint-Domingue avec, à leur tête, Léger-Félicité Sonthonax, l’ami de Brissot, le fondateur de La Société des Amis des Noirs.
Dans notre récit, nous avons voulu y voir en premier lieu le désir de Saint-Georges de se rendre à Saint-Domingue pour y retrouver son cousin Zao. C’est là un emprunt à Roger de Beauvoir. Joseph a fait la promesse à sa mère de s’enquérir des nouvelles de ceux qu’ils ont dû laisser à leur sort en quittant l’île. C’est aussi un prétexte pour peindre une fresque sur la révolte des esclaves.
En outre, parmi les nombreux personnages que Roger de Beauvoir met en scène, nous avons gardé Platon, le régisseur de la plantation, et décidé que c’est lui qui initie Joseph au violon. D’autres ont présumé que c’est Georges de Bologne, mélomane et violoniste, qui a donné ses premières leçons à son fils.
Pierre Bardin a trouvé trace d’un certain Thomas Platon qui décède à Basse-Terre le 7 septembre 1758. Par ailleurs, il cite « trois autres Platon qui s’embarquent à cette époque pour la Guadeloupe ou Saint-Domingue ». Nul ne peut toutefois affirmer que l’un de ces dénommés Platon soit le bon ! Qu’importe si le régisseur de la plantation se nommait autrement !
Alain Guédé, auteur d’une biographie sur Saint-Georges, impute à Bonaparte la conspiration de l’oubli et du silence dont a été victime le « Mozart noir », premier colonel de couleur des armées de la République, celui que le marquis Jean Benjamin de La Borde dans son Essai sur la musique ancienne et moderne considère comme « l’homme qui parmi tous les hommes est né avec le plus de talents différents… et le mérite peu commun d’une grande modestie ».
Certes Bonaparte a commis le péché capital de rétablir l’esclavage sur les îles à sucre. Bien plus qu’un péché, c’est une souillure indélébile à sa réputation. Peut-on toutefois penser qu’il se soit préoccupé ensuite d’occulter les mérites de Saint-Georges, de détruire ses partitions ou de mettre sa musique à l’index?
N’avait-il pas bien d’autres choses à faire ? En tout cas, aucun document officiel n’atteste que conspiration il y eut.
Pierre Bardin mentionne qu’un concerto de clarinette, composé par Saint-Georges – concerto malheureusement perdu – est joué avec grand succès pour la première fois au Concert Spirituel le 25 mars 1782 et « fait assez exceptionnel pour l’époque où une oeuvre était souvent jouée une seule fois, ce concerto fur inscrit au répertoire du Spirituel et joué quatre fois entre mars et avril puis repris le 2 février et le 15 avril 1783. »
Dès lors les partitions n’étaient pas toutes gravées ce qui expliquerait que plusieurs oeuvres du Chevalier ainsi que celles d’autres compositeurs ne nous soient pas parvenues.
On peut déplorer que la musique du Chevalier ne soit guère jouée au siècle suivant.
Il serait toutefois facile de citer un grand nombre d’écrivains, fussent-ils académiciens ou prix Nobel de littérature, de musiciens ou d’artistes, célèbres et adulés de leur temps, totalement tombés eux aussi dans l’oubli et désormais connus que de quelques spécialistes.
Dans son Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, mentionne plaisamment le caractère si souvent éphémère de la gloire des auteurs et des artistes. Au début de la pièce, Rostand fait dire à un bourgeois – venu avec son fils à l’Hôtel de Bourgogne pour y assister à une représentation de La Clorisse, « pièce de Monsieur Balthazar Baro », s’exclame avec exaltation en reconnaissant des « Immortels de l’Académie » parmi les spectateurs :
Mais… j’en vois plus d’un membre!
Voici Boudu, Boissat et Cureau de la Chambre, Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon, Arbaud…
Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c’est beau !
Laure Tressens et Vincent Podevin-Bauduin, auteurs d’une monographie, intitulée Le Fleuret et l’Archet, publiée lors d’une exposition à La Guadeloupe pour célébrer le 200e anniversaire de la mort de Saint-Georges, sont plutôt d’avis que « Saint-Georges fut avant tout un musicien de son époque… La musique des années 1770-1790 se caractérisait par sa légèreté et son charme et le romantisme qui devait triompher par la suite préférait, aux concerts galants, les grands développements des symphonies…»
Pierre Bardin est d’accord pour penser que « sa musique subit le même relatif oubli que celles écrites par Vivaldi, Bach, Mozart, Rameau ou J.M. Leclair (ce dernier véritablement oublié), supplantées dans le goût du public, et c’était normal par Beethoven, Schubert, Liszt, Chopin ou Berlioz.»
De plus, il est faux de clamer que Saint-Georges a été oublié au XXe siècle car son souvenir perdure bien après sa mort. Son nom et ses exploits paraissent dans plusieurs romans d’Honoré de Balzac et d’Alexandre Dumas.
En 1840, Roger de Bully, dit Roger de Beauvoir publie un roman de fiction historique à succès, intitulé Le Chevalier de Saint-Georges, qui fera l’objet de plusieurs réimpressions au cours du siècle. La même année, ce même Roger de Beauvoir fait jouer au « Théâtre des Variétés » une pièce avec Saint-Georges pour personnage central, texte de théâtre, cosigné par Anne-Honoré-Joseph Duveyrier dit Mélesville.Plusieurs biographes du Chevalier fustigent « ad nauseam » cet ouvrage de fiction, source d’errements, selon eux, dans la mesure où des éléments de ce récit ont été hâtivement jugés authentiques et repris par des lecteurs ou des auteurs qui n’ont pas vérifié leurs sources.
Si tel est le cas, pourquoi diantre ne peuvent-ils comprendre qu’il convient de mettre ces chercheurs défaillants en cause et non monsieur de Beauvoir ? N’a-t-il pas fort bien fait son travail de conteur ?
N’en déplaise à ces critiques, le roman de Roger de Beauvoir se lit bien et se situe dans la veine des oeuvres d’Alexandre Dumas dont de Beauvoir était un ami proche. C’est ce que pense Pierre Bardin qui estime que « si cet ouvrage comporte des personnages et des éléments historiques incontestables, il faut le prendre pour ce qu’il est, un excellent roman dans lequel on peut se laisser entraîner avec plaisir, sans pour autant le prendre au pied de la lettre et surtout le faire servir de références à des historiens ».
En tout cas, ce récit a eu le grand mérite de célébrer cet éclatant et talentueux Chevalier et de prouver que plus de quarante ans après sa mort, Saint-Georges n’avait pas été oublié.
Pour venir un peu plus au secours de Roger de Beauvoir… qui ne peut plus assurer sa défense, nous pourrions faire remarquer aux biographes de Saint-Georges qu’ils ont presque tous tendance, peu ou prou, à se livrer eux aussi à des conjectures et à des hypothèses pour meubler des « blancs ». Parfois, ils font part de leurs états d’âme à partir de documents plus ou moins fiables qu’ils citent. Des rumeurs peuvent aussi devenir des quasi-certitudes même si elles ont été rapportées par des échotiers de l’époque, avides de scandales.
Ainsi, Pierre Lefébure de Beauvray, un échotier de l’époque, auteur d’un ouvrage intitulé Journal d’un bourgeois de Popincourt, (BnF ms. 10364) attribue à Saint-Georges une liaison amoureuse avec la marquise Marie-Joséphine de Montalembert, jeune épouse d’un vieux général.
Cette affirmation qui n’est corroborée par aucun document fiable, a été pourtant
reprise par plusieurs biographes. La rumeur colporte même que de ces amours illicites serait né un enfant. Le mari bafoué aurait même ordonné que le nouveau-né soit laissé sans soins et sans nourriture afin qu’il ne survive pas. Le commanditaire de l’agression serait donc le Baron de Montalembert, désireux de venger son honneur et de punir le séducteur en montant une opération nocturne.
Il est intéressant de découvrir que cette agression est rapportée différemment par plusieurs mémorialistes de l’époque et ultérieurement par les biographes du Chevalier, exemples parmi bien d’autres de la fragilité des témoignages des contemporains.
Cette agression fait l’objet de trois versions différentes. Le 22 avril 1779, vers minuit, Saint-Georges est agressé dans les rues de Paris. Il rentre chez lui en compagnie de l’un de ses amis, après un concert ou peut-être après une soirée chez madame la marquise de Montesson, l’épouse du duc d’Orléans, dont il est le directeur de son théâtre privé.
Autre exemple d’incertitudes parmi bien d’autres, le 22 avril 1779, vers minuit, Saint-Georges est agressé dans les rues de Paris. Il rentre chez lui en compagnie de l’un de ses amis, après un concert ou peut-être après une soirée chez madame la marquise de Montesson, l’épouse du duc d’Orléans, dont il est le directeur de son théâtre privé.
Il est intéressant de découvrir que cette agression est rapportée différemment par plusieurs mémorialistes de l’époque et ultérieurement par les biographes du Chevalier, exemples parmi bien d’autres de la fragilité des témoignages des contemporains.
Une autre version de ce guet-apens est cité par Touchard-Lafosse dans ses Chroniques de l’oeil-de-boeuf (Paris. G. Barba, 1864). Celui-ci rapporte des rumeurs selon lesquelles, le Roi et la cour n’auraient pu supporter que Marie-Antoinette « fasse de la musique » avec ce séduisant Américain des îles d’où cette expédition punitive décidée par les services secrets du monarque.
Le présentateur ou maître de cérémonie du spectacle équestre de Bartabas à Versailles en 2004, intitulé Le chevalier de Saint-Georges, un Africain à la cour, a repris cette expression « faire de la musique avec la Reine » en y ajoutant ce sousentendu « vous voyez ce que je veux dire », touche lourde d’ambiguïté.Les créateurs d’
El Mozart Negro, ballet cubain de la Compagnie Prodanza, produit à La Havane en 2006, sur des extraits d’oeuvres du chevalier de Saint-Georges, ont retenu cette version des faits. Quoi qu’il en soit, l’agression a inspiré une superbe chorégraphie duelliste entre Saint-Georges et les gardes du Roi.
Nous devons à Pierre Bardin une version plus précise et circonstanciée, corroborée par des documents inédits, exhumés des archives du commissaire au Châtelet. C’est là une version qui devrait faire autorité, à moins que le sieur Des Brugnières, policier soupçonné d’être le commanditaire de l’agression, ait falsifié les faits ! Il précise que l’agression a eu lieu dans la nuit du 22 avril 1779, à minuit et demi. Il cite le rapport du commissaire Louis Michel Roch Delaporte qui tout d’abord enregistre la plainte de « Joseph Boulogne Saint-George, Ecuyer, Capitaine des chasses de son altesse Monseigneur duc d’Orléans, ayant sa demeure à la Chaussée d’Antin… »
Alors qu’il est sur le boulevard du Temple en compagnie du baron de Gillier, comte de Saint-Julien, Saint-George déclare avoir été attaqué par « huit ou dix individus obéissant aux ordres du Sieur Des Brugnières… »
L’un des agresseurs s’en prend à Saint-George et lui porte un violent coup de bâton sur le bras gauche. Saint-George sort alors son épée de son fourreau, « fait sauter le bâton de l’agresseur et le prend au collet. Une bagarre générale s’ensuit ».
A ce moment, Saint-George reçoit l’aide d’un ami, Louis de Lespinasse Langeac, officier de cavalerie et gouverneur de Carcassonne qui habite non loin du lieu de l’agression et qui sort, providentiellement ou comme par enchantement, de sa demeure, peut-être pour y prendre un peu l’air… En même temps apparaît un homme en uniforme d’exempt de maréchaussée de la gendarmerie de France. Tout cela semble très insolite, écrit P. Bardin. « A l’évidence, il s’agit d’un coup monté.
Tous ces gens ont agi ensemble et ne se trouvaient pas sur le boulevard du Temple par coïncidence ».
On peut comprendre que cet incident d’une extrême confusion ait été classé sans suite. P. Bardin pense tenir l’explication de ce guet-apens nocturne.
Le commanditaire de cette agression serait un acteur célèbre, nommé Gourgaud dit Dugazon, l’époux de Louise Rosalie Lefebvre, cantatrice talentueuse, connue sous le nom de « La Dugazon », qui avait fait ses débuts à Paris dans « Ernestine », opéra de Saint-Georges. Gourgaud, convaincu que son épouse était la maîtresse de Saint-Georges aurait voulu venger son honneur sans oser affronter son rival en un duel loyal et pour cause.
P. Bardin affirme qu’il y eut en l’occurrence « erreur sur la personne » car selon toute probabilité, c’est Lespinasse-Langeac qui était l’heureux rival de Gourgaud et non Saint-Georges comme la rumeur l’affirmait. Qui plus est, Lespinasse Langeac serait le père d’Alexandre Louis Gustave, auquel La Dugazon donna naissance et qui fut baptisé en décembre 1780. Preuve ou forte probabilité en est que Lespinasse Langeac prendra soin de constituer une rente viagère annuelle à la dame Dugazon et son fils.
Quoi qu’il en soit, au chapitre XVII de mon roman, intitulé Le dernier des Horace, nous avons reconstitué ce guet-apens en nous fondant sur le récit extrait de l’un des trente-six volumes des Mémoires secrets de Louis Petit de Bachaumont qui rapporte que dans la nuit du 1er mai 1779 « Saint-Georges a été assailli par six hommes; il était avec un de ses amis; ils se sont défendus de leur mieux contre des bâtons dont les quidams voulaient les assommer; on parle même d’un coup de pistolet qui a été entendu. Le guet est survenu et a prévenu les suites de cet assassinat, de sorte que M. de Saint-Georges en est quitte pour des contusions et blessures légères…»
Chose intéressante, de même que nous devons à Antoine La Boëssière et à Henry Angelo, deux professionnels de l’escrime, quelques pages sur la personnalité de Saint-Georges et surtout son habileté exceptionnelle comme fleurettiste, Joseph Bologne est cité par presque tous les maîtres d’armes des XIXe et XXe siècles, auteurs de traités ou de livres sur l’histoire de l’escrime.
Les plus grands noms de la maîtrise de l’escrime française Augustin Grisier ou J.J. Posselier dit Gomard, les érudits de l’histoire de l’escrime, Arsène Vigeant, Gabriel Letainturier-Fradin ou plus près de nous Pierre Lacaze, Président d’Honneur de l’Académie d’Armes de France, William M Gaugler, universitaire américain, archéologue et diplômé maître d’armes, auteur de The History of Fencing, Laureate Press, 1998, Pascal Brioist, Hervé Drévillon et Pierre Serna, auteurs de Croiser le Fer, publié par les éditions Champ Vallon, 2002 ou Richard Cohen dans By the Sword, Random House, 2002, pour ne citer que quelques uns des auteurs et de leurs publications, aucun n’omet de mentionner la virtuosité de ce Chevalier hors du commun qui a l’aura d’un escrimeur de légende.
En janvier 2009, après la publication de sa biographie, P. Bardin a fait une communication inédite après avoir découvert dans les archives de la police de Paris un rapport qui atteste l’admiration que les professionnels des armes vouaient au Chevalier de Saint-Georges. Ce document démontre aussi que Saint-Georges n’est pas mort abandonné de tous et oublié, comme on a trop tendance à le dire. Cette découverte permet aussi de connaître le lieu où Saint George fut inhumé, « Le Temple de la Liberté et de l’Egalité » étant L’Eglise Sainte Marguerite, débaptisée comme nombre d’églises sous la Révolution.
Bref, nous apprenons que le 10 juin 1700 à huit heures du soir, le commissaire de police de la Section de Montreuil voit entrer quatre personnages à la mise soignée : deux professeurs en fait d’armes, Jean-Pierre Gomard et Philibert Menissier fils, le chef d’escadron Charles François Talmet, et le citoyen Pierre Nicolas Beaugrand, ancien chef de bureau à l’Assemblée Nationale. Ils viennent tous quatre déposer une requête après le décès du citoyen Joseph Bologne dit Saint George, chef de brigade du treizième régiment de chasseurs à cheval, dont le corps a été porté en ce jour dans une bière au Temple de la Liberté et de l’Egalité du huitième arrondissement.
« Comme les déclarants ont connu parfaitement le défunt, qu’ils étaient étroitement liés d’amitié avec lui, désirent exhumer le corps du dit défunt pour le mettre dans un cercueil de plomb. Ils se sont donc présentés devant nous à l’effet de pouvoir parvenir à remplir l’exécution de leurs sentiments, si toutefois rien n’est contraire au principe des lois, affirmant le tout pour être sincère et véritable et ont signé avec nous après lecture faite. »
Une coquille à signaler : « le 10 juin 1700 » au lieu de 1799 ?
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