Les secours doivent faire vite, les gens sont en train de mourir en ce moment même : Jacques De Cauna !

Sud-Ouest : Quelle est la situation économique d’Haïti ?

Jacques De Cauna : Haïti est un pays qui était déjà dans une situation tout à fait anormale, déplorable et catastrophique à tous les points de vue. Ce n’est pas nouveau, cela fait environ un quart de siècle que le pays n’arrive pas à se relever car il a touché le fond. L’État n’existe quasiment plus, le gouvernement est dans l’incapacité de faire quoi que ce soit.

Il faut imaginer que l’on est dans un pays qui ne conserve que quelques apparences de la gestion d’état. Il faut se représenter une métropole complètement désorganisée depuis qu’une grande partie de la population a glissé des campagnes vers la ville de Port-au-Prince, qui compte aujourd’hui environ 2 millions d’habitants, entassés dans des bidonvilles au nord et au sud du centre historique, à peu près urbanisé en dur.

Quelles sont les conséquences d’une telle catastrophe sur un pays aussi pauvre ?

Si on laisse ce pays comme ça, il ne s’en relèvera pas. Il va y avoir des milliers de morts, parce qu’il n’y a pas que Port-au-Prince qui a été touchée. S’il n’y a pas une aide d’urgence en Haïti, le pays va s’enfoncer dans des drames que l’on n’imagine pas : la criminalité, les pillages, les épidémies.

Toutes les maladies du monde vont se développer en Haïti à présent. C’est insoluble. S’il y a trop de pluie, cela va nettoyer mais les gens vont énormément souffrir. Il va rester des mares, il y aura des moustiques et la malaria. S’il y a trop de soleil, il va faire trop sec et les gens vont mourir.

Ce qui va dégénérer très vite, et qui a déjà commencé, ce sont les pillages. Les gens ont déjà faim tous les jours et maintenant que les supermarchés sont éventrés, ils vont se servir… Et l’armée va tirer dessus si elle n’est pas encadrée.

Se pose aussi le problème de la criminalité, en particulier les trafiquants de drogue, dont le budget représente trois fois le budget de l’État. Ils risquent d’en profiter pour prendre la main.

C’est un pays qui a déjà essuyé des catastrophes naturelles par le passé ?

Comme toutes les Antilles, c’est un pays sujet aux catastrophes naturelles, mais là c’est encore plus grave. L’histoire nous apprend qu’il y a déjà eu, pendant tout le 18ème siècle, des tremblements de terre en Haïti, et à Port-au-Prince en particulier, qui est bâtie sur un fossé d’effondrement. Il va y avoir à présent des répliques pendant au moins un mois. C’est-à-dire des secousses plus ou moins fortes qui vont achever de mettre par terre tout ce qui tient encore un peu.

Cela peut durer un mois comme cela peut durer un an. Si c’est en liaison avec la plaque tectonique d’Hispaniola, au nord d’Haïti, ce qui n’est pas certain, il peut même y avoir des dangers de réplique pendant plusieurs années.

De 1750 à 1803, il y a déjà eu une série quasiment ininterrompue de tremblements de terre en Haïti. Il faut savoir qu’il y a une situation de fond à régler sur la ville de Port-au-Prince elle-même, qui est située dans une zone géographique extrêmement dangereuse pour les séismes.

Quels moyens doivent être mis en place pour venir en aide aux victimes du séisme ?

Il faut envoyer des gens qui connaissent le pays, qui sachent parler créole. La France doit très rapidement envoyer des Antillais. Christiane Codognet-Hippolyte, l’épouse du Consul Honoraire d’Haïti à Bordeaux, qui part demain pour Port-au-Prince, va faire un travail admirable à Haïti. Je me félicite que des gens comme elle aient le courage d’aller là-bas.

Si l’on veut mettre une aide en place, il faut aller vite, mais il faut dans un deuxième temps une aide plus réfléchie, plus approfondie, à étayer par des connaissances historiques et géographiques du pays.

J’espère que l’on va mettre en place une coopération de proximité avec nos départements antillais, car il est nécessaire de parler créole pour être compris de la population haïtienne. Il va falloir encadrer les forces armées, qui risquent de paniquer et de tirer sur la foule quand ils vont voir des masses de gens se jeter sur les magasins à piller. Il faut faire vite, les gens sont en train de mourir en ce moment même.

De votre côté, avez-vous pu prendre contact avec des amis ou des proches qui étaient sur place au moment du séisme ?

J’ai reçu un email de mon meilleur ami qui vit là-bas, vers 4h30 du matin, juste avant le séisme. C’est un Français d’origine. A 5 heures, je sais qu’il était encore dans son garage, là où cela a cogné le plus. J’ai peur pour lui car je n’ai pas de nouvelles depuis. J’ai également peur pour la marraine de ma fille, qui est assez âgée. J’espère que sa maison ne s’est pas effondrée. J’ai peur que les gens soient morts.

Et encore, ils ont des moyens financiers, ils peuvent se permettre de venir en France ou d’aller à Miami en attendant que les épidémies se tassent, mais ce n’est pas le cas des gens pauvres. Que vont-ils devenir tous ces gens ? Ils n’ont pas Internet, ils n’ont rien. Je ne sais pas s’ils sont morts, s’ils sont malades ou blessés.

http://www.sudouest.com/accueil/actualite/international/article/833646/mil.html

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