Je sens dedans mon âme une guerre civile
D’un parti ma raison, mes sens d’autre parti,
Dont le brûlant discord ne peut être amorti
Tant chacun son tranchant l’un contre l’autre affile.
Mais mes sens sont armés d’un verre si fragile
Que si le cœur bientôt ne s’en est départi
Tout l’heur vers ma raison se verra converti,
Comme au parti plus fort, plus juste et plus utile.
Mes sens veulent ployer sous ce pesant fardeau
Des ardeurs que me donne un éloigné flambeau,
Au rebours la raison me renforce au martyre.
Faisons comme dans Rome à ce peuple mutin
De mes sens inconstants arrachons-les enfin
Et que notre raison y plante son Empire.
Je sens dedans mon âme…, Jean de Sponde Les Amours (1598). Edition posthume. Illustration, Shinji Himeno.





En Terre d’Argent sont personnes fort civiles
Qui toujours du bon sens adoptent le parti ;
En Terre d’Azur sont des esprits amortis
Qui devant le labeur chaque jour se défilent.
De Gueules la Terre a des messieurs bien fragiles
Et, qui plus est, ce sont de parfaits abrutis.
En Terre d’Or ils sont du vice repentis :
Cette démarche, en soi, me semble fort utile.
En Terre de Sinople on charrie des fardeaux
Même pendant la nuit, quand brûlent les flambeaux ;
Gens de Terre d’Hermine, on ne peut faire pire,
Traitent tous les débats à coups de calembours.
S’il est un endroit qui convient à mes vieux jours,
C’est la Terre de Sable, un agréable empire.
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